samedi, avril 25, 2015

Jour à côté, donc pédagogies de l'échec

jour un peu étrange, projets, démarrer quasi vivement, avant que surviennent sous la douche vertiges,
se tenir aux murs, enfiler vieux trucs, s'allonger, somnoler
émerger vers treize heures, voir que le soleil atteint maintenant aux meilleures heures le sol de la cour – s'appuyer contre paillasse, confectionner gros, gros déjeuner
dormir

à l'heure du thé, faire petit tour internet, encourager le roseau qui semble vraiment décidé à survivre..  et puis revenir sur la soirée de jeudi,
quand m'en suis allée au Théâtre des Halles, voir, dans belle affluence, attente dans une ambiance agréable de m'installer au premier rang et d'assister à la première de Pédagogies de l'échec, une pièce de Pierre Notte, mise en scène par Alain Timàr, jouée par Olivia Côte et Salim Kechiouche.
Présentation de l'auteur sur le site du théâtre
Au septième étage, dans des bureaux dont il ne reste rien, ni cloisons ni fenêtres, deux individus se plient aux lois de la hiérarchie. Tout autour d’eux est tombé, un tremblement de terre, une catastrophe ou un conflit mondial, peu importe. Un monde en ruines et dépeuplé. Mais ils sont là, ils poursuivent, ils continuent le travail, tentent de produire du travail dans le vide et entourés de trous. Ils se soumettent aux rôles professionnels, le pouvoir et l’immunité du (de la) supérieur(e), et la servilité et l’irresponsabilité du (de la) subalterne. Avec mauvaises fois, rancoeurs, jeux d’humiliations, mises à l’épreuve, jalousies, désirs, aspirations. En bas, on monte des échafaudages, dont le coût de la location a précipité dans la faillite la boîte qui les a loués pour une reconstruction hypothétique. C’est dans cette boîte précisément que travaillent les deux individus, mais à présent désoeuvrés, sans objectif, ni projet, si ce n’est celui de « continuer toujours à travailler. »
... c’est une comédie féroce de la vanité de l’action et des rôles imposés, de la théâtralité des catégories socio-professionnelles, qui veulent tenir le coup, encore et malgré tout, dans un univers aveugle quant à sa propre érosion, sa pathétique dégringolade.
On rit beaucoup, avec un petit arrière goût d'apréhension, ou de souvenirs amers.
Répliques courtes, causticité, le calcul qui se cache, conscient ou inconscient, derrière des phrases qui semblent innocentes, presque amicales, la hiérarchie sous-jacente, toujours.
photo iFou pour le pôle média
Et voilà que ce soir, je trouve sur internet
  • un billet du pôle de diffusion auquel s'est associé Alain Timàr et son Théâtre des Halles http://www.lepolediffusion.com/spectacle/pedagogies-de-l-echec avec une revue de presse (ma foi ne dirais pas mieux)
  • une émission sur France Culture http://ouvertauxpublics.fr/pedagogies-de-lechec-pierre-notte/ pour écouter le petit texte introductif qu'Olivia Côte et Salim Kechiouche ont dit devant la scène, suivi de passages différents de la pièce proprement dite, mais l'acteur, Hervé Furic, joue le rôle d'Olivia Côte (la cadre) et l'actrice, Manon Leroy, celui de Salim Kechiouche (le collaborateur) et je réalise ce que ce changement de sexe ajoute, dans la mise en scène de Timàr dans les moments où les rapports hiérarchiques se parent d'un discours des corps
    photo iFou pour le pôle média
    Ces corps qui sont marqués par leur place au début, elle mince, droite, aigüe, avec ce qu'il faut de charme pour être efficace, mais aussi netteté dans l'apparence, dans le verbe, lui qui se laisse un peu aller comme le dit sa chef (son chef dans la version radio) mais pas tant, sans dépasser limite, qui a de petites révoltes, qui est porte-voix aussi des regards des employés de base sur la directice du personnelle, les dirigeants, son interlocutrice, mais sans prendre cela à son compte, et qui sait gommer les vexations, les intérioriser, relancer sur le travail, ce travail qu'ils tentent de considérer toujours comme crédible.
    Ces corps qui lachent quand, empêché par le sadisme sans doute pas totalement inconscient de sa supérieure – jouissance de petit chef – de se soulager il se souille, quand lui la blesse en lui plantant le seul stylo dont ils disposent dans la cuisse, ces corps qui ont faim, soif et que Timàr soumet à rude épreuve (me demande quel est le dispositif qui leur permet de réaliser cela et de continuer à jouer) en faisant que le petit tréteau qui représente cet espace de bureau subsistant, entouré du vide, les autres bureaux, les toilettes, la petite cuisine étant devenus trous par la disparition de cinq des étages qui sont sous eux, disparition des escaliers aussi et même des fenêtres remplacés par le vide, en faisant donc que ce petit plateau bascule très lentement (on ne réalise pas tout de suite) jusqu'à être presque vertical, les acteurs étant cramponés l'un à l'autre, pendus à l'une ou l'autre des mains accrochée au bord supérieur.
    Fragilisant tous leurs efforts plus ou moins sincères pour construire quelque chose, un avenir, une solidarité, un désir de ne pas lâcher, abandonner.
    Et puis peu à peu l'échafaudage qui est la seule chose qui reste vivante - enfin sans doute sont vivants ceux qui le mettent en place mais ils ne sont pas évoqués, on ne parle que de cet échafaudage – qui monte le long de l'immeuble disparu dans la ville tombée arrive vers leur étage, et il part vers son week-end, et ils se donnent rendez-vous au lundi suivant..

    Applaudissements pour la pièce, pour la mise en scène, pour les deux acteurs, leur jeu et leur performance. 
    Timàr était là, discret, attentif et semble-t-il satisfait de l'accueil.

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Pourtant, même les échafaudages disparaissent un jour...

brigitte celerier a dit…

peut être pas ceux pour réparer le vide dans le vide

annajouy a dit…

le petit chef...ce pisseux qui ne cesse de marquer son territoire! ;-)

arlettart a dit…

J'aurais aimé...