vendredi, mai 29, 2015

Flamenco première

Matin bleu et doux, vent qui n'est même plus une idée
croiser des groupes de touristes non cornaqués et se retourner sur des langues inconnues (comme quasi toutes) et des rires
m'en allais, soigneusement à jeun depuis 6 heures, me faire pomper un peu de sang pour un examen, et tomber sur une tête de mule qui voulait, contrairement aux autres fois, une ordonnance du laboratoire (ai téléphoné à la clinique, ils la leur faxent)
m'en suis retournée, un rien furax, et trébuchant d'une faim nerveuse, vers l'antre et mon déjeuner
cour, soleil dardé sur visage, chasser pucerons des rosiers (effet de la crise, dérisoire bien entendu, mais un peu triste, nous n'aurons pas cette année l'exposition de rosiers embaumant le petit cloître du palais), et cochenille noire de l'olivier, contempler la peau de crocodile mouchetée de brun de mes bras, siester
et partir en fin d'après-midi vers le Centre Européen de poésie pour voir enfin, après deux renoncements aux lectures qui s'y donnaient, Fl'âme, l'exposition qui a succédée à celle des élèves de l'Ecole d'art, exposition de photos de Vanessa Gilles : cantaores et danseuses, en liaison avec les nuits flamencas qui se déroulent actuellement (et que, par paresse ou autres raisons, j'ai négligées jusqu'à maintenant),
(j'ai volé, en cachette, quand j'étais certaine de n'être pas vue, sans pouvoir choisir, et avec gros sentiment de culpabilité, quelques images en attendant, puisque une fois de plus j'étais en avance..)
Je venais surtout écouter la lecture, alternée, en français par Aurelia Lisoie (du moins je le suppose - je choisis entre les deux noms celui-ci qui me semble lui aller), voix de soleil-melon, et en espagnol par Theodora Carla, voix de soleil orange à peau rugueuse de r, accompagnées à la guitare par Antonio Negro (expansif/sympatico), de jeu et théorie du Duende de Garcia Lorca 
J'ai fait acte de présence au petit pot, plaisanté un moment, accepté un verre de jus de fruit qui s'est révélé antipathique à carcasse, me suis éclipsée et j'ai repris en rentrant le petit livre édité par Allia pour retrouver un peu du long passage (traduction de Line Amselem)que j'aime et qu'elles avaient coupé pour tenir dans le temps imparti
.. hay una barandilla de flores de salitre donde se asoma un pueblo de contempladores... -
il y a une balustrade de fleurs de salpêtre à laquelle se penche un peuple de contemplateurs de la mort ; un verset de Jérémie du côté le plus rêche, ou élégant cyprès du côté le plus lyrique, mais un pays où la chose la plus importante de toutes a une ultime valeur métallique de mort.
La casula y la rueda del carro y la navaja y las barbas pinchosas de los pastores y la luna pelada y la mosca...
La chasuble, la roue de la charrette, la canif, la barbe piquante des bergers, la lune chauve, la mouche, les placards humides, les décombres, les saints couverts de dentelle, la chaux et la ligne blessante d'auvents et de miradors, sont parsemés en Espagne de toutes petites herbes de mort, des allusions et des cris perceptibles pour un esprit alerte, qui remplissent notre mémoire de l'air timide de notre propre trépas – que nos llena la memoria con el aire yerto de nuestro propio transito – Tout l'art espagnol lié à notre terre pleine de chardons et de pierres dures...

Et comme j'ai manqué Luis de la Carrasca, le cantaor, au Balcon, mercredi, un peu de son spectacle de l'année dernière que j'ai vu et surtout écouté au théâtre de l'Oulle, à côté de chez moi

5 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

vive le retour des couleurs Avignon...

Dominique Hasselmann a dit…

On peut espérer que dans les restrictions budgétaires de cette année, Olivier Py ne s'est pas oublié lui-même !

brigitte celerier a dit…

deux ou trois spectacles et d'abord la cour d'honneur avec un Lear pour l'ouverture et tout plein de représentations
(vais tâcher d'oublier deux Lear que j'ai aimé er faire taire ma petite hostilité de toujours..)
ceci dit c'est un retour aux origines, puisqu'au tout début c'était Vilar et sa troupe (pas si mal !) uniquement

Gérard a dit…

tout était bien....à part le jus de fruits

brigitte celerier a dit…

le pauvre était parfait, c'est moi qui ne l'était pas… pas grave