vendredi, mai 08, 2015

Hamlet pour mémoire

Ciel bleu voilé, air qui ne joue que la tiédeur, sur mon cheminement vers le teinturier (tourner la page de l'hiver)
ciel qui a joué des variations toute la journée, qui disait bleu dur quans le regardais par la fenêtre de ma chambre, qui se voilait pudiquement dès que je sortais dans la cour.. le chapeau de toile est resté accroché à l'espagnolette.
Je m'étais dit cette nuit en rentrant, que je devrais noter ce qu'ai pensé de cet opéra (Hamlet d'Ambroise Thomas donc, dans une mise en scène Vincent Boussard – décor de Vincent Lemaire, costumes de Katia Duflot - reprise de la production pour Marseille en 2010)
mais, ma foi, ce soir, en suçant un carré de chocolat qui s'accorde mal avec la tisane de mélisse.. (rien ne s'accorde avec cela, je ne sais ce qui m'a pris) la flemme se fait pesante, les idées, trop nombreuses hier, se sont raréfiées à l'extrême.

Alors, juste pour me tenir parole : 
reprenant ce que disais hier : oui, Shakespeare est un rien malmené :
(wikipedia) : Hamlet perd de son ironie glaçante, les deux couples de courtisans disparaissent, le rôle de Polonius n'existe pratiquement plus, Gertrude non seulement sait le crime, mais en est la complice — comme en atteste le duo des souverains à l'Acte II. De cette façon, le crime n'est plus potentiellement fantasmé, il devient réalité objective. Le drame se resserre sur la tension au cœur de l'amer personnage d'Hamlet, ses aspects fantasques sont gommés.
L'opéra a beaucoup fasciné pour sa scène de folie traditionnelle, qui occupe tout l'Acte IV : la chanson d'Ophélie... et bien sûr Rosencrantz et Guildenstern m'ont manqué....
oui, je n'ai pas grand goût – ignorance ? - pour la musique d'opéra de cette époque (la trouve généralement un peu lourde, dois être trop futifu), mais, justement, il y a eu cette surprise : la discrétion de la première partie de l'ouverture, parsemée de lumières (ai pensé un moment à une mer dans la nuit), il y a une musique qui ne donne jamais dans l'emphase même aux moments tragiques, où les éclats de violence sont d'autant plus forts qu'ils ne viennent que pour souligner (mêlés, comme dans l'esprit des personnages, à d'autres sentiments) les moments de tension maximale, une musique conventionnelle mais pas tant que, et une ligne mélodique qui ne se brise que rarement (avec cet inconvénient que le texte est toujours, ou presque, aisément compréhensible et que les faiblesses du livret - oh ces rimes en ère ! - ressortent un peu trop)
un décor un peu étrange, et en fait assez neutre, espace pour drame, angle d'une pièce, vue en biais, boiseries qui semblent sous célophane froissée, petite plinthe sombre comme du feuillage flétri, lattes de parquet salies – une mise en scène sobre qui se permet, tant elle est au service de l'action, quelques pas de côté qui prennent sens, quelques petites incongruités comme la baignoire où se noie Ophélie (et cela semble évident, en accord avec sa tendresse et son désaroi, la petite chanson qui exprime son égarement avant les accents de la folie), quelques stylisations comme le spectacle de la mort joué par Hamlet attaquant Claudius, action qui devient théâtre par son reflet dans un grand miroir..
un Hamlet (toujours un moment de recul quand il n'a pas la maigreur juvénile de mon premier Hamlet : Barrault vieillissant) à belle présence et forte et chaude voix de baryton, Jean-François Lapointe 
une Gertrude brune, décolletée, velours rouge, mezzo dramatique : Géraldine Chauvet, très mère déchirée, très amante aussi, sensuelle, avec Claudius
et une Ophélie en longue chemise ou robe blanche, dont un spectateur – on en parlait encore dans le couloir à l'entracte – avait critiqué à haute voix, dimanche, les aigus... alors que je lui ai trouvé voix ronde, musicale, presque naïve (avec tout le travail que cela représente) très jeune fille,.. Patrizia Ciofi, déclenchant l'enthousiasme dans sa scène de folie.. mais j'ai été plus touchée par la première partie de cette longue scène.
etc... une belle distribution (avec comme toujours un ténor un peu trop métallique)
et une Brigetoun qui ne fera pas de cet opéra son favori, mais qui était toute contente d'être détrompée, de ne pas s'être ennuyée, d'avoir été assez souvent dans le plaisir de l'écoute. (une partie du choeur et Claudius, Nicolas Testé)
et comme l'opéra est de plus en plus connecté ai trouvé les deux premières photos sur sa page Facebook et, sur le compte Youtube du «projecteur» (culture en Provence), une vidéo-bande-annonce
où, curieusement, Patrizia Ciofi n'a qu'une présence muette.


6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

L'opéra est parfois un genre hybride mais pas plus que le théâtre, maintenant, avec la vidéo quasiment obligée...

Le cinéma revient bien au piano (ce dimanche, au Louxor, des courts-métrages de Méliès accompagnés au piano)...

L'essentiel est de ne pas s'ennuyer !

brigitte celerier a dit…

et si possible d'être ravi (presque au sens littéral)
j'aime bien ce retour de la musique life (un film muet accompagné par l'orchestre au complet, ici, l'année dernière)

arlettart a dit…

Merci du partage savamment commenté

brigitte celerier a dit…

euh, savamment ?

Denis Couet a dit…

Oui savamment, manière impressionniste. Pourriez-vous juste me présenter votre "futifu" ?

brigitte celerier a dit…

je suis le futifu pas très grande et qui rapetisse, pas très grasse malgré kgs del'hiver