vendredi, mai 22, 2015

Vent et désertion


sortir sous un ciel que le vent bouleverse, dans la lumière, l'ombre des maisons et passagèrement celle des nuages en fuite, hésiter au milieu de la rue Joseph Vernet à tourner bride, rentrer, s'allonger, parce que carcasse, toute fière d'avoir impressionné les toubibs de ces derniers jours par sa forme extraordinaire, a décidé brusquement de faire assaut de méchancetés diverses, continuer souriant aux hauts de coeur et aux petits vertiges, les attribuer au temps.. 
et tenir fermement le bord des étals en attendant mon tour (il y avait une affluence très moyenne et beaucoup de bénévolence)
sortir face à une rafale qui me repousse dans les halles, protester que, non, je n'ai rien oublié, profiter de son relachement pour sortir, tournoyer entre les quelques étals de brocanteurs, plus rares que d'ordinaire,
et ramener, à contre vent, rudement farceur et bien fresquou, des pommes de terre nouvelles Béa pour le nom, un Saint Félicien, un bloc de morue, un bout de dos de cabillaud, un bulbe de fenouil, quatre pommes grises, six tomates vertes, les dernières asperges, un poivron jaune, deux poires dont j'ai oublié le nom, six abricots, un céleri boulle, un concombre court, des champignons de Paris, deux courgettes rondes, dans la lumière des saisons de Juliet et aveux et anathèmes de Cioran.
Ruminer mon désintérêt relatif pour internet, grandissant pour paumée (découragée, stupidement, par la chute inexorable des visites, et furieuse contre moi d'y voir le signe de sa contamination par ma stupidité, ma pesanteur, ma sénilité grandissante..)
Mais, honte à moi, en fin d'après midi, au moment de m'armer de résolution, ouvrir un vieux tube de rouge à lèvres, peindre soigneusement ma bouche, enlever non moins soigneusement, garder un soupçon d'une idée de maquillage, sourire avec détermination, et m'en aller parce que l'avais promis et en avais envie, assez pour me lancer dans le jour au réveil, fortifiée par cette idée, vers une exposition qui commence et un spectacle qui me tentait, le désir que j'en avais s'en était allé, et misérablement suis restée dans l'antre.. entre Ran de Kurosawa et plongée dans Howard Zinn et son Histoire populaire des Etats Unis

14 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Il est des jours où le vent ébouriffe les bonnes intentions, mais une bonne lecture et six abricots gorgés de soleil suffiront à restaurer les envies de découvertes et de partages.

Hue Lanlan a dit…

un peu de vent, de ciel, de légumes et de livres pour la journée. J'en emporte un peu pour la journée

brigitte celerier a dit…

merci de vos passages
mais je crois qu'il est temps (je pensais durer jusqu'à mi juin) de déserter le virtuel

Dominique Hasselmann a dit…

Pour un blog, les découragements sont passagers, ils suivent peut-être la course des nuages et la météo...

A demain !

jeandler a dit…

Jolie l'image prise sur la terrasse avec les ombres chinoises.
Pas de chinoiserie : reste avec nous. Ton regard sur le monde nous manquerait.

brigitte celerier a dit…

Dominique, Pierre merci à vous
oui ceci n'est pas sérieux, variable comme le temps..

arlettart a dit…

HOE HOE du bateau menace de gros temps ?
Je trouve que tu es très dégourdie pour écrire tous les jours , je ne peux et même désire parfois publier une fois au lieu de deux par semaine me trouvant aussi ...
un peu légère et sans intérêt
Pensée fleurie de la campagne drômoise pour petite semaine

Denis Couet a dit…

Juste un mot pour vous dire que pour moi c'est l'inverse : intérêt grandissant pour paumée — ses ciels, ses légumes, ses concerts, ses citations, ses choses de la vie... Visite quotidienne depuis quelques semaines.

Anonyme a dit…

"sortir sous un ciel que le vent bouleverse"...ce début de phrase à lui seul est bouleversant et va accompagner ma journée...je vous lis chaque jour, vos balades en écritures accompagnent mon "petit quotidien" et je regretterais beaucoup de ne pouvoir continuer à vous lire. belle journée à vous, au plaisir de vous retrouver chaque jour. M-A

brigitte celerier a dit…

merci à vous
surtout : grand intérêt pour livres à côté de moi en ce moment

Gérard a dit…

Tu dois ta forme aux légumes et aux poissons...non fumés ..si j'ose dire.

tanette2 a dit…

Malgré tes petits vertiges, tu as réussi à ramener tous ces achats chez toi ?

Anonyme a dit…


Je lis presque quotidiennement vos billets, et me rattrape lorsque je n'ai pas pu le faire
ça fait un nombre d'années à présent. Ne nous abandonnez pas :-) fidèles lecteurs et lectrices.
Merci pour la qualité de vos partages culturels :-)

Flore

brigitte celerier a dit…

merci à vous
(ce que j'ai déserté surtout c'est ma soirée)