vendredi, juillet 24, 2015

Avignon – jour 20 – sans carte bleue, avec Mouloud Feraoun, à côté de Botho Strauss

M'en suis allée sous ciel redevenu clair, dans chaleur un tantinet moindre, avec petite brise vers le théâtre du Roi René.
On emportait l'estrade de l'orchestre de Casandre, les festivaliers et les touristes en famille comment à être remplacés par des groupes cornaqués, à contourner, les distributeurs de tracts se font rares, les parades ont disparu, restent les musiciens.
Et comme je n'avais que 30 euros sur moi ai voulu retirer de l'argent dans un distributeur au coin de la rue, sur le derrière des halles, lequel distributeur a suivi bien soigneusement, avec une certaine langueur, toute la procédure, et quand j'ai appuyé sur sans ticket est revenu à l'écran d'origine, gardant carte et billets – Suis entrée dans l'agence bancaire, ai eu droit à l'affirmation qu'on ne pouvait récupérer la carte avant le lendemain, et à un vous avez fait une fausse manoeuvre ou plutôt c'est certainement à cause de votre compte, accompagné d'un regard toisant.. Ai rendu regard toisant, assorti d'un sourire bouche fermée, appris qu'il fallait absolument que je passe demain matin, 
et m'en suis allée au théâtre, parce que j'avais vraiment envie de voir la pièce.
Il s'agissait du contraire de l'amour – reprise d'un spectacle créé en 2011, montage d'extraits par le metteur en scène Dominique Lurcel d'extraits du journal que Mouloud Feraoun (français et kabyle, instituteur, d'une belle honnêteté intellectuelle, ami de Camus et de Germaine Tillon, sachant qu'il était sur la liste des personnes à supprimer)a tenu, à l'instigation de son ami Emmanuel Roblès de 1955 à 1962, année de son assassinat par l'OAS. Une complexité (mais la certitude de l'évidence de la nécessité de la lutte pour l'indépendance). Une histoire qui me touche peut-être un peu plus personnellement que beaucoup de français.
Une interprétation sobre, une belle incarnation, par Samuel Churin, accompagné par Marc Laubas, au violoncelle (qui annonce les dates).
J'ai trouvé une vidéo d'une partie du spectacle, enregistrée en 2011 (seul change le théâtre)
suis partie très vite, après les trois saluts de rigueur, compensant par une force de frappe qui m'a fait mal aux mains,
mais comme il était midi et demie, ai trouvé la banque fermée. Suis rentrée, ai déjeuné, siesté, vérifié (me demandais si la carte n'avait pas été recrachée pendant que j'étais dans la banque puisqu'un ticket indiquant opération annulée est apparu juste au moment où je repassai devant l'appareil) que mon compte était ok et n'avait pas bougé.
Et suis partie vers quatre heures pour passer à ma banque avant sa fermeture (ont pas compris que je n'ai pu récupérer ma carte...) avant de continuer, avec un arrêt café,
vers Aubanel, plutôt en attente, parce qu'on dit grand bien de Benjamin Porée, le metteur en scène, parce que la pièce est de Botho Strauss, voir la trilogie du revoir, avec petite crainte aussi d'une critique un rien caricaturale (existe dans un couple de riches dentistes, qui se montrent d'une grossièreté dès qu'ils découvrent un rien d'impécuniosité chez leurs «amis» qui, dans sa brusquerie, devrait suffire à les déconsidérer dans toute société se voulant un rien civilisée)
Je cède encore à la facilité en reprenant, avec deux des photos de Christophe Raynaud de Lage, une partie du texte de présentation sur le site du festival
Le petit cercle des Amis des Arts se retrouve pour découvrir la nouvelle exposition de Moritz, directeur d'un musée perdu dans la nature. La confrontation avec les tableaux, mais surtout avec les autres, révèle bien vite la solitude et le désespoir des individus. Botho Strauss place au coeur de Trilogie du revoir la question de la représentation ; celle du réel qu'offrent la peinture, le théâtre, la photographie, la littérature, et celle que chacun se construit pour affronter ou attirer les regards. Cette réflexion sur les images et sur l'image de soi est l'occasion pour Benjamin Porée d'explorer à nouveau la crise intime d'êtres sans repères. Êtres qui ne sont « pas tout à fait personne et pas encore quelqu'un » et qui, même lorsqu'ils sont appelés à prendre parti face à la censure de l'exposition, ne parviennent pour la plupart qu'à la compromission. Parmi eux restent les voix du poète et du fervent amateur d'art, qui rappellent que revoir des oeuvres est une lutte contre l'oubli et les adieux.
Accentuant les effets photographiques qui structurent la pièce de Botho Strauss, Benjamin Porée donne au spectateur la sensation d'être en mouvement, comme un visiteur qui s'approcherait ou choisirait l'angle pour examiner un détail.

Alors que dire, que le décor est intelligent, que les acteurs sont pour la plupart très bons, qu'outre le thème de l'exposition et de la réception, plus ou moins réelle, personnelle, de l'art (et il y a quelques belles phrases, et d'évidents suivismes), la quête de l'image de soi passe surtout par des histoires de couples.., qu'il y a de jolis moments qui frôlent l'onirisme, des passages au noir et des musiques fortes pour indiquer un infléchissement, que j'ai été séduite par moment, intéressée de nombreuses fois, et que j'ai souvent décroché, que cela dure trois heures, qu'un certain nombre de sorties ont lieu un peu avant la seconde heure et puis par petits groupes dans la dernière partie (mais la fatigue peut avoir joué)
que les applaudissements ont été corrects mais très loin de l'ovation.
Que cela discutait ferme à la sortie.. que ne me suis pas attardée, parce que j'étais seule et que n'en avais guère envie, car le premier avis qui me venait à l'esprit, court et trivial (mais qui est peut être une petite critique en lui-même) était le besoin pressant de sortir que j'avais jugulé pendant la dernière heure.
Mais ne suis pas certaine du tout de ne pas avoir facheusement manqué de sensibilité et d'antenne frémissante.
Que m'en suis revenue jusqu'à l'antre, anesthésiée, par les petites rues qui ne conservent que quelques îlots d'animation.

6 commentaires:

brigitte celerier a dit…

brutale chute dans le vide silencieux
trois jours festival et fermer tout ?

Anonyme a dit…

Et mal réveillée j'oublie de signer. Inadmissible cette histoire de banque, je me félicite chaque jour un peu plus d'avoir quitté ce milieu.
Merci pour ce partage du festival.
Tout fermer ou petit repos bien mérité ?
Catimini

arlettart a dit…

Te voilà rattraper par les contingences matérielles et grande lassitude ... mais ne "ferme pas tout" Juste repos accordé
Je t'embrasse

jeandler a dit…

Un distributeur glouton, comme en Grèce.
Sensé donner, il avale, pompe et nourrit Crésus.

brigitte celerier a dit…

me consacrer uniquement à la petite pile (pas si petite d'ailleurs) de livre à côté de moi, le mac me fatigue ! au moins un temps (et en fait ne le ferai pas.. mais envie de lectures calmes

brigitte celerier a dit…

Pierre heureusement (viens de re-vérifier) il n'a pas nourri un Crésus extérieur - mais faut que je lui consacre ma matinée (et pas envie de revoir la bonne femme, pourtant c'est idiot de se laisser atteindre par la sottise)