mardi, juillet 07, 2015

Avignon jour 3 – matin calme et peur #1, mitan jour Mistral et soudain la nuit, mais pas de vivier des noms

suis pleutre, ou suis cueilleuse de plaisirs sans peine grande, ai regardé mon sac de linge à trimbaler ce matin, ai regardé ma balance, ai pensé à certains moments hier, à la petite somnolence lasse contre laquelle je dois parfois lutter et aux litres d'eau rejetés,
suis sortie au plus tout à fait petit matin, ai salué les promesses virtuelles de mon olivier, ai décidé que le linge attendrai bien sagement jeudi matin, ai vaqué tout doucement, en écoutant Monteverdi (de coeur avec les grecs, mais refuse de m'énerver dans l'antre en écoutant nos maîtres à penser autoproclamés)
et pour saluer ma trop grande prudence ou paresse, je reprends, comme d'autres l'ont fait, ma contribution (pensais ne pas pouvoir, ça m'a pris pendant la cuisson des pâtes hier...) à l'atelier d'été de François Bon... me voici engagée à poursuivre - passez lire sur http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4188 (il y avait ce mardi matin 16 belles et différentes contributions et suis très fière du voisinage)
Les peurs des autres, oui je les prenais, surtout si elles étaient un peu insolites, déjouant par là même toute tentative de rationalisation, mais je les prenais un peu comme on joue, du moins je le prétendais, seulement elles ouvraient un trou dans le monde solide, et l'attrait de ce trou jouait en moi, tentant, si tentant que, grimaçant de ma faiblesse j'y risquais un orteil, puis plus. Comme pour mes peurs qui étaient restées légendaires dans la famille, dont je riais encore pendant des années - cela s'est malheureusement estompé, tout le monde l'a oublié maintenant que sommes vieux - chaque fois qu'on les évoquait devant moi, avec une ironie assez peu tendre - nous nous aimons, sommes liés à travers des séparations parfois très longues, mais ne sommes jamais tendres, ou ne l'étions avant notre grand âge qui s’accompagne d'un peu d'égoïsme. Mes peurs donc, qui étaient comiques, entraînaient des comportements ridicules, que je surjouais, mais qui étaient bien là, présentes sous le ricanement, et la plus tenace malgré la disparition des chasses d'eau à longue chaîne, peur de ce qui était là, que je n'essayais pas de déterminer – un peu comme quand je nageais en surface dans la paix de PortMan, ce qui m'incitais à plonger – dans ce monde qui effleurait par la surface d'eau dans la cuvette, peur qui se réveillait quand me levais, et je tirais la chasse depuis le pas de la porte, au grand dam du mécanisme. Peur d'un bronze représentant je ne sais quel guerrier, sans doute Vercingétorix, sur la cheminée de la salle à manger d'une de mes tantes, pièce heureusement pourvue de deux portes ce qui me permettait de circuler en prenant garde à ne jamais lui tourner le dos... et la plaisanterie cruelle qui faisait qu'on m'attribuait une place juste sous lui, transformant le repas en enfer, surtout s'il comportait une viande. Peur d'une robe de chambre rouge comme le sang, qui me faisait penser à la mort de ma mère. N'y avait que les rochers un peu escarpés, les arbres, le feu, la circulation dont je ne tenais pas compte quand voulais traverser ou marcher sur la chaleur du macadam, qui ne suscitaient en moi aucune appréhension..
et m'en suis allée aux heures chaudes, avec une aimée chemise trop grande pour moi mais on s'en moque, coton léger, air circulant, un peu paysan égyptien, vers le lycée Mistral, 
l'attente, à l'ombre après le soleil brûlant des trottoirs ensoleillés de la rue Joseph Vernet
et les bienvenus platanes pendant quelques centaines de mètres boulevard Raspail pour assister à soudain la nuit, texte d'Olivier Saccomano, mise en scène de Nathalie Garraud.
J'emprunte au site de leur compagnie cette photo (qui ne montre absolument pas ce que j'ai vu, mais elle est belle) et ce fragment d'un poème de Saccomano
Le ciel est un à-plat,

Sous nos pieds une dalle.

Je voudrais n’avoir plus aucune idée de l’homme,

Mais je n’y arrive pas.

Quel soulagement ce serait, imagine, si nous en avions perdu l’idée,

Plus d’idée de l’homme, du monde.

La lumière tend à baisser, les jours raccourcissent,

Il flotte dans l’air comme une odeur de mort, aigre-douce,

Mais elle ne vient pas des corps, non,

Elle vient des esprits
s'asseoir dans la climatisation brutale du gymnase et se faire eau ruisselante, y perdre une grande partie de sa force,
s'habituer, apprécier le spectacle efficace, intelligent, le travail de la troupe, (Nathalie Garraud dit notre mode de travail ressemble à celui des dialogues socratiques : une idée est mise en commun, puis elle est discutée, travaillée, tordue, contredite, dépliée par les différents interlocuteurs. Nous travaillons parfois en improvisation, parfois à partir de propositions très construites (en fait le résultat prend par moment un air de pamphlet, d'agit pop, mais dans lequel se glisserait la complexité des sentiments individuels, donnant chair à la thèse)
sur le programme
Cette pièce met en scène la figure de l'étranger, apparemment scindée en deux rôles : celui d'un médecin arabe, le docteur Chahine, qui dirige le service médical d'un aéroport européen, et celui d'un jeune homme, un Arabe dont la mort soudaine et inexpliquée alimente les fantasmes sanitaires et sécuritaires d'un continent sur la défensive. L'aéroport, lieu de passage et de circulation, lieu d'échange et de séparation, devient pour une nuit le théâtre d'une attente, d'une suspension.
Les contradictions et les fantômes de chacun, passagers et personnel soignant, sont contagieux.
Une série de chaises, comme dans une salle d'attente, deux corps impassibles, un homme, une femme, en blouse blanche... et face à eux, contre le mur du fond un qui semble appartenir au groupe de ceux qui portent tous leurs biens sur eux, un rien défait, qui se révèlera être le docteur Chahine
arrivent deux hommes et trois femmes qui se dépouillent de leurs tenues (vêtements et ce qu'ils disent de leur position sociale) se retrouvent assis, nus, avant de subir des questionnaires et d'endosser une tenue (pas exactement la même pour chacun mais qui marquent leur entrée dans la quarantaine) et tout s'enchaîne
Parole administrative, discours personnel, sentiment, stéréotypes et craintes de notre société, cruauté tranquille, humilité bienfaisante de Marie l'infirmière, politique et bribes de poèmes… 
seulement je n'avais pas pris conscience de ma faiblesse après cette suée/clim et je suis rentrée la peur au ventre, de station appuyée à un mur en station sourire ferme et brumisation…
malgré le petit vent qui se levait et jouait doucement avec les drapeaux au coin de ma rue.
Ai trouvé le programme de la saison d'hiver des Bouffes du Nord, comme un sourire et une invitation pour l'inauguration de Lambert/étendu vendredi (le silence, alors que l'ouverture était prévue le 3 juillet, m'étonnais et j'avais constaté en passant à côté à l'aller et au retour que les travaux n'étaient manifestement pas achevés)
douche, vieille robe de coton usé, thé, un bout de chocolat, sommeil... avec l'espoir d'un départ un peu après neuf heures (à cause de la queue) vers les Carmes et cela que tant désirais : le vivier des noms de Novarina, mais à aucun de mes réveils cotonneux je ne m'en suis jugée capable… restent vendredi et samedi, mais, selon le site du festival, il n'y a plus de place disponible.
Je mets ce qui me reste de force dans une petite colère contre ma lâcheté.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Les peurs sont-elles aussi présentes sur les planches ? Le "trac" est-il l'autre nom du tric-trac du jeu ?

brigitte celerier a dit…

on lutte contre le trac en se jetant dans l'action
(sais pas pour les acteurs bien sûr, juste l'expérience des assemblées de copropriétaires à mener ou des plaidoyers devant commissions loyers)
ce qui me fat penser que j'étais un peu au delà de la simple peur : ne pouvais presque pas agir physiquement

arlettart a dit…

Courage !! très intéressant , vais revenir te lire plus amplement
Merci

Lavande a dit…

Déçue par mon début de festival IN. hélas! un roi Lear gueulard et caricatural.
J'étais complètement en bas près de l'entrée et j'avais le mur de projecteurs de la gauche de la scène en plein dans la figure. Je n'ai strictement rien vu pendant la plus grande partie du spectacle: j'étais aveuglée et carrément obligée de détourner le regard parce que la lumière était insupportable (place cat.1 à 40 euros quand même) !

Hier au soir "les Idiots" : exaspérant et malsain. Des "normaux" qui jouent aux handicapés physiques et mentaux pour faire sortir leur "idiot intérieur" qui est la part la plus pure d'eux-même! avec quelques scènes de très mauvais goût, le tout dans un magma sans queue ni tête. Comparé à un excellent spectacle sur les ouvrières de Lejaby qu'on avait vu juste avant, c'était à pleurer.
En plus, de mauvais sièges qui penchaient vers l'avant: quand on est au sommet des gradins c'est bizarre comme effet.
Richard III, le seul qui surnage, est archi complet.

Aurez-vous un moment pour venir voir notre "La folie - Lacan" au théâtre du Chapeau rouge à 17h30 jusqu'au 15 ?

brigitte celerier a dit…

désolée mais je pense que non, me limite un peu, si vous avez lu vous savez que j'ai du mal à assumer
Je vais m'efforcer d'oublier votre avis sur les idiots avant dy aller
mais pour Lacan, essaierai, mais vois mal comment
de plus je fuis toutes les clims (sauf l'opéra ce soir et j'ai très peur de ne pouvoir tenir, les supporte très mal

Lavande a dit…

Au Chapeau Rouge peu de clim pour limiter son bruit perturbateur!

brigitte celerier a dit…

épuisée peine à voir ce que j'avais prévu et même à assurer la vie courante