mercredi, juillet 08, 2015

Avignon – jour 4 – Novarina et Bach – Richard III climatisé – les estoniens à Aubanel


ciel que dans la brume de mes yeux mal éveillés j'avais cru blanc, qui étais d'un beau bleu – endosser la plus large des chemises et m'en aller sur les trottoirs à l'ombre (la chaleur a diminué mais définitivement suis dans une mauvaise année carcasse, qui réagit en évacuant kilos et ne supportant plus le moindre passage de zone chaude en zone refroidie) sur les trottoirs à l'ombre, le long de la rue Joseph Vernet, à l'écart, surtout le matin, de l'effervescence encore très très modérée de la ville, cherchant à sentir la caresse fraîche d'une petite risée qui ne se manifestait que par la danse de quelques affiches,  m'en aller, donc, vers le plaisir d'une petite assemblée dans les murs fatigués de la chapelle Saint Louis, sobriété d'une architecture classique aux belles proportions - 
attendre en piapiatant allègrement avec une amie/Facebook qui était lundi soir aux Carmes et une femme aimable (qui semblait avoir une forte et tranquille culture, ne sais si ce n'était pas son métier de plus ou moins loin)
pour retrouver un peu de Valère Novarina (qui était d'ailleurs dans l'assistance et que le récitant, Pascal Omhovère, est allé cherché pour que le saluions à la fin)
alternance parfaite, sans blanc ni précipitation, entre des passages de lumières du corps et de petites versions de chorals pour orgue de la Dritter Thell der Clavierübung de Bach jouées par Luc Antonini
et malgré, comme c'est le cas depuis hier, quelques amorces de chute de paupières, fulgurance, souvent sourire, des phrases, comme (ce ne sont sans doute pas celles qui m'ont le plus frappée, mais celles qui me laissaient la distance suffisante pour noter..
vivier des noms, panique de la matière.
Le langage est anthropogène et rebondit sur les murs
l'acteur n'est pas quelqu'un qui s'exprime, mais un dédoublé, un séparé, un qui assiste à lui, un spectateur de son corps
théâtre le lieu d'un lyrisme sans moi. Le je y est un assemblage
l'esprit évide le réel
misérable tentative brigetounienne, le mieux est de lire le texte, que voulais chercher à la bibliothèque du cloître Saint Louis, à côté, mais je me suis arrêtée d'abord un long moment pour une quête d'un billet pour le vivier des noms vendredi ou samedi, quête infructueuse, et je n'y ai plus pensé…
retour en passant à Carrefour (même cette clim m'était méchante, mais ce ne fut pas trop long) pour acheter des crevettes sous plastique parce que j'avais oublié de désaler de la morue
Grande assiette de pâtes très garnie ingurgitée avec application, sieste, réveil en petite forme et partir pleine d'appréhension 
vers l'opéra et sa clim redoutable (avec l'idée de négocier un changement de place si la mienne était trop à gauche donc proche de la bouche glacée..)
ce que j'ai fait, troquant ma place numérotée au balcon côté clim (qui semble moins redoutable cette année) contre une place haut perchée, donc en placement libre, presque au dessus de la scène, à côte d'une mère et d'une fille charmantes (l'attente a été longue pendant que la salle se remplissait)..  j'étais dans de très bonnes conditions pour voir, et – zut suis consensuelle, mais ma foi je n'ai été déçu qu'une fois, il y a longtemps, par un spectacle, ne sais plus lequel, d'Ostermeier – pour apprécier donc, ou aimer, le Richard III pour lequel tout le monde cherche à avoir une place
Ostermeier dit qu'il a monté Richard parce qu'il pensait que c'était le moment, pour son acteur fétiche, Lars Eldinger, d'aborder ce rôle (et il est formidable de puissance dans son corps torturé, de cautèle, d'ironie, de charme sentimental auquel nous comprenons presque que Anne et Elizabeth se laisse prendre, d'humanité – spéciale mais humanité -, de cruauté etc...), accompagné, épaulé par une troupe d'excellents acteurs dont certains multiplient les rôles (ah Robert Beyer en reine Margueritte !)
Il dit aussi, dans un entretien donné à La Terrasse que Richard n'est pas un monstre
Il vit dans une époque où tout le monde est devenu roi avec violence, il vient en un temps qui conclut cent ans de guerre des Deux-Roses : il est seulement le reflet de sa société. Dans la pièce, d’ailleurs, il n’assassine personne directement et ne tue pas personnellement. A la fin de la pièce, sur le champ de bataille, il a du sang sur les mains, mais ses propres mains sont restées propres jusqu’à la dernière bataille : ce sont les autres qui sont des assassins. S’il est un monstre, c’est par son art consommé de la stratégie et de la tactique, par son intelligence rhétorique et sa maîtrise du langage. (à vrai dire il me semble qu'un tyran a rarement du sang sur ses mains, mais se sert de celles des autres)

Il dit également Il est handicapé, laid et n’est pas aimé des autres : c’est une partie importante de sa biographie. En cela, il est aussi un paria de la société, et les critiques qui ont déjà vu la pièce considèrent que nous en avons fait un naïf presque vierge. Tout le monde manque de quelque chose. Manquent le bonheur, le succès, l’amour : aucun être humain n’est complet, le seul fait d’être humain, c’est-à-dire mortel, nous fait manquants : il n’y a rien d’extraordinaire au fait qu’existe cette part manquante chez Richard. Mais il y a chez lui une humiliation fondamentale : avant que la pièce ne commence, il a été le plus grand guerrier de toutes les batailles menées pour son clan et on n’a pas reconnu ses mérites : il veut le pouvoir pour ne plus avoir à subir cette humiliation..
cette photo, comme la précédente, est d'Arno Declair
Le plateau est nu, borné par une construction assez élaborée avec des portes situées en partie haute, des barres lisses que certains empruntent (et cela semble normal, emporté dans l'élan du spectacle) pour descendre, mais aussi un escalier et sur cette construction se projettent parfois des gros plans des visages des acteurs, mais de telle façon qu'on peut l'ignorer, le plateau est nu donc, et en pente comme pour pénétrer dans le public je ne fais pas du théâtre d'images (euh il en crée pourtant de très belles) je n'ai pas besoin d'une distance pour que le public perçoive la composition de ma mise en scène. Je souhaite que le public se sente avec les acteurs, parmi les acteurs et les personnages... En plus, je déteste la déclamation, la profération des textes.. et quand, souvent, les acteurs arrivent, jouant, en traversant le parterre cela, qui est un truc fréquent, ne sent pas l'artifice chez lui.
Pour la traduction (ce que nous pouvons en saisir à travers la re-traduction en français qui s'affiche est très beau) par Marius von Mayenburg, ils ont opté pour la prose, parce que la langue allemande a plus de syllabes que les mots anglais, et que la prose permet d'être au plus près de la complexité des personnages. Ils n'ont cette fois par ajouté de texte à l'original, ils ont même pratiqué de fortes coupes pour garder les moments dont il dit qu'ils sont si importants, si fulgurants qu'ils ne peuvent être écartés.
Et le texte qui nous parvient est à la fois poétique et d'une rare violence, surtout dans la bouche de Richard, même et surtout quand il s'essaie au charme, comme l'action qui, toute en énergie, à travers la violence des gestes parfois, des sentiments, des affrontements, est toujours superbement élégante...
bon il y aurait tant à dire – l'évolution insensible de Richard qui à mesure de son approche du pouvoir laisse apparaître un peu de vulgarité, d'une grossièreté qui jusque là était feutrée, son corset presque féminin de la fin et le beau maquillage de kaolin ou je ne sais quoi, blanc, qu'il s'applique, accédant à une certaine beauté tragique etc...
Mais je me suis contentée, grossière, d'une seule série d'applaudissements et me suis éclipsée, la première,
parce qu'une fois encore la durée prévue était dépassée et que je n'avais pas mon billet pour la suite,
juste eu le temps d'allumer sous les patates, d'enregistrer trois photos, d'arroser, de m'asperger, d'éteindre sous les patates, de prendre le billet et de m'en aller, dans les rues encore presque désertes sauf près des théâtres
vers Aubanel, sa clim qui a cette heure a perdu son côté néfaste, et une pièce qui éveillait mon désir de découverte, parce que montée par un couple et une troupe, qui semble-t-il tourne beaucoup,  avec succès, mais jamais ou presque jamais, je ne sais, en France, couple d'estoniens, Ene-Liis Semper, scénographe et artiste vidéo et Tiit Ojasoo, metteur en scène, qui montent généralement des spectacles plus ou moins politiques, mais aussi comme pour ce N051 Ma femme m'a fait une scène et a effacé toutes nos photos de vacances, plus intime
photo trouvée sur le site du lieu unique à Nantes
et parce que le programme m'intriguait
Dans NO51 Ma femme m'a fait une scène et a effacé toutes nos photos de vacances, Ene-Liis Semper et Tiit Ojasoo, artistes estoniens, mettent en scène un homme qui se retrouve seul avec lui-même, une fois femme et enfants partis. À l'issue d'une dispute, l'épouse a détruit les clichés de leurs vacances sur une île paradisiaque. Avec l'aide de personnes qu'il a réunies, le mari se lance dans l'entreprise curieuse et désespérée de recréer ses souvenirs et de reconstituer les photos effacées. Il remplace les lieux et les personnages mais tente par tous les moyens de garder cadrage, composition et sens.
Le spectateur assiste à la drôle d'opération de contraction de l'espace et du temps dans une chambre d'hôtel transformée en studio photo géant. Une manière d'arrêter la course du monde, d'affirmer l'existence et de témoigner de l'importance du vécu.
seulement, comme le craignais, c'était le spectacle de trop, n'était pas prête, j'ai ri, souvent, j'ai mis un peu de temps à m'adapter à leur jeu entre improvisation antérieure et construction (du moins c'est ce qui m'a semblé), d'un réalisme outré pour être expressif, presque jusqu'à l'hystérie en ce qui concerne le mari-metteur-en-scène-des-images – j'ai aimé le résultat surprenant des clichés résultant de leurs bricolages, j'ai vu les interprètes gênés au début, entrer peu à peu, avec des différences de vitesse selon leur tempérament, dans le jeu, jusqu'à en exclure quasiment leur commanditaire, mais au bout d'une heure sur les une heure quarante du spectacle, j'ai bien dû constater que j'étais incapable de sentir ce qu'il y avait de plus que ce constat, incapable d'entrer dans ce spectacle et qu'il était inutile de prolonger l'expérience,
et suis revenue à travers la petite animation de la place des Carmes et de ses resturants, et de la place de l'Horloge avec les caricaturistes, le hip hop, et une petite fille qui aurait bien aimé faire un dernier tour de manège

12 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Et vous tenez le coup sans aucun adjuvant ? Quelle santé (j'aime bien certaines de vos photos, la fille en noir de dos)...

brigitte celerier a dit…

et son couple avec la petite vieille - merci pour le certaines photos, c'était vraiment pas mon jour, mettais tout dans ma lutte victorieuse contre peur faiblesse (perdu deux kilos depuis le début, je m'applique à les regagner - mais lessivée ce matin)

arlettart a dit…

Tes " flous " sont artistiques

jeandler a dit…

Ne vaut-il pas mieux un Richard III climatisé qu'aseptisé ?

brigitte celerier a dit…

Arlette, ils sont surtout vécus
Pierre, sans aucun doute, et gentiment climatisé en plus finalement
n'empêche que regrette un peu les programmations d'avant Py.. enfin il est un peu tôt mais suis trop esthète pour lui je pense

pascale a dit…

Aime beaucoup (photo 5) la "glycine" sèche avec le nain goguenard derrière les entrelacs...

brigitte celerier a dit…

merci
un balcon que j'aime - un beau contraste entre une façade presque paysanne et une ampleur baroque

jeandler a dit…

On dit, on donne (cf le Monde du jour), Richard III comme le Roi d'Avignon.

Gérard a dit…

Magnifique ta photo des personnages flous (la 5 en partant du bas)on dirais un tableau de maitre.

brigitte celerier a dit…

merci Gérard, cadeau de l'appareil malade, l'ai récupérée dans la corbeille où l'avais expédiée

Lavande a dit…

Je vous ai aperçue en bas, hier à Aubanel, toute souriante et de blanc vêtue
Je suis restée jusqu'au bout (et la fin est surprenante) mais je suis d'accord avec vous: l'idée de projeter les photos qu'ils viennent de prendre (ou sont censés avoir prises car je pense que le montage de photos est déjà fait) est une trouvaille intéressante; mais trop d'hystérie du mari.
Vous a été épargnée une scène de musique techno hurlante et de débauche de danse et de flashs lumineux assez pénible.
Hélas toujours aucun espoir pour Richard III: au cloître un panneau de demandes pour Richard III et un panneaux de propositions de vente pour le roi lear.

brigitte celerier a dit…

c'tat du bleu très pale en fait
Je sors des idiots, moins en refus que vous, mai s très partagée (et me suis un peu ennuyée)