lundi, juillet 06, 2015

Avignon jour 2 – s'économiser – les sujets à vif et retrouver les Cordeliers avec Andreas


journée de petites tâches maison, lavage cheveux, sol, détailler bloc de morue plein d'os (arrêtes si rudes que les vois ainsi) sous peau dure, repassage, déjeuner, petite sieste, petite forme, et m'en aller en crainte instinctive de chaleur (c'est surtout demain que problème il y aura) – échanger salut et quelques mots avec le potier qui a repris son emplacement habituel, constater que, dommage pour le festival, les compagnies, la ville, soulagement de carcasse agoraphobe, ce n'est pas la foule compacte.. espérer/redouter qu'elle vienne
et avancer en slalomant entre groupes, en suivant une parade, en longeant une toute petite queue devant le théâtre du Cabestan 
jusqu'au théâtre des Halles où j'achète des billets pour cinq spectacles (pas les deux, très bons, de Timar puisque les ai vus), me coincer, et tant pis s'il ne me reste guère de force, de temps, de sous pour d'autres spectacles du off, Timar abrite toujours de bons spectacles, les salles et moi nous nous sommes apprivoisées, l'équipe aussi, et j'aime les attentes dans le jardin…
et puis continuer par petites rues vides, hors circuit, vers le coin des teinturiers – belle affluence mais encore raisonnable, la saluer d'un coup de brumisateur,
respirer, prendre la rue des Lices
et attendre en compagnie de mes pensées et de Lovecraft (un des petits bouquins traduits par François Bon a pris place dans le panier pour meubler les queues et attentes, quitte à relire certains passages à cause de mon attention fluctuante), dans la fraîcheur presque excessive du hall du Lycée Saint Joseph,
qu'il soit l'heure de rentrer dans le petit jardin de la vierge, de noter la belle vigne vierge qui a envahi tout le mur latéral, de se sentir rafraichie, un peu, en regardant les infimes risées qui animaient les feuilles, de saluer l'arbre parasol, parfaitement immobile lui
de s'installer au premier rang, d'allonger mes petites jambes sans pitié pour ceux qui grimpaient pour remplir le gradin, et lorsque ce dernier a été complet, de regarder le programme B des sujets à vif (pas de place pour le A cette année) qui commençait par 
Rave duo associant, pour la première fois, Francisco Contreras Molina, alias Niño de Elche – chanteur, guitariste et compositeur - et Matej Kejžar – danseur et chorégraphe
corps proches sans se toucher – bouches presque jointes, séparées par l'espace du souffle – du corps lourd monte un cri qui entre dans le corps qui lui fait face, cri qui devient chant, monodique, quasi liturgique, et je frémis – bouche se colle à bouche, ceuille le son, le refoule – trompette bouchée , mélopée, liturgie autre
le corps chantant expulse son souffle, le corps dansant tente de l'imiter, ne le peux avec telle ampleur, danse sa frustration et ses tentatives etc.. vraiment pas joli, mais beau
une pause pour nettoyer le plateau, je tente de distinguer la vierge derrière l'arbuste qui a grandi et interpose une voilette pour qu'elle se recueille loin de nos jeux
et puis le second petit spectacle
est – texte dit/joué par son auteur Pauline Peyrade, dit par fragments et surtout dansé, danse heurté, souffrante (avec par moment l'utilisation d'un pal) pat Justine Berthillot
« S'offrir à la dépendance et s'y arracher. Saisir l'instant où le pied se brise, où la tête décroche. Parcourir le manque. L'éprouver. Le désosser. Oser la manipulation. Risquer le mécontentement. Dévoiler les corps. Voiler la Vierge. Crier. Danser. Chanter. Serrer les poings. Montrer les dents. Traverser la nuit. La douleur. L'espoir. Se battre. S'épuiser. S'effondrer. Détruire. Déchirer. Défoncer. Fracasser. Piétiner. Rire. Griffer. Mordre. Avaler tout. Digérer tout. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Rien que la terre qui nous porte et l'air qui nous maintient en vie.» 
sortie, corps en suspens au dessus de trous, de mini vertiges, cramponnée dans la réverbération du soleil, dans ce qui n'est toujours pas une foule, retour tant bien que mal, mais avec sourire pas totalement crispé
charger images, entamer billet, arroser, douche, mettre la très courte, tant pis, jupe tissée d'oiseaux bleu/verts et d'or sourd, pour le moral, des talons plus hauts qui me font marche plus ferme, prendre nouveau brumisateur, et partir
un peu après neuf heures
longer les terrasses du boulevard Jean Jaurès et les nombreux clients des humoristes
prendre petite rue tranquille
et déboucher sur la place des Corps Saints, voir que la file d'attente n'est pas très importante, ne trouver personne à qui offrir mon second billet pour Andreas, spectacle monté par Jonathan Châtel, à partir de sa traduction et adaptation de la première partie du Chemin de Damas de Strindberg (la jeune femme qui a préparé ma commande ayant décidé que ce soir j'étais deux, ce qui, snif, n'était bien entendu par le cas) et constater avec une certaine appréhension que plusieurs personnes tentaient de revendre leurs billets – signe d'un mauvais bouche à oreille – me faire des amis provisoires mais spirituels d'un couple de jeunes quinquagénaires ce qui facilite l'attente
pénétrer sous les voûtes en m'étonnant encore de voir du théâtre investir ce lieu voué à la musique et la danse, aux spectacles recueillis... et constater avec regret qu'en effet, un grand panneau est installé, muni de portes, devant les conteforts qui saillent entre les arcades, nous privant du cloître, et ne laissant qu'un petit espace de jeu entre les merveilleux platanes
attendre que le gradin se remplisse, en regardant la nuit descendre sur les feuilles, qui cette nuit, en l'absence de tout vent, avaient oublié leur rôle de musique d'accompagnement, pour éviter d'entendre les plaisanteries, commentaires sur les résultats grecs lus sur un portable d'un groupe de médecins et chirurgiens, fort élégants-vacances établi au deuxième rang
Je reprends deux photos de Raynaud de Lage et la présentation qui est faite du spectacle sur le programme
Un homme sans nom, une dame qui erre, un coin de rue ; le cadre de départ d'Andreas, l'adaptation de la première partie du Chemin de Damas que livre Jonathan Châtel réunit les conditions d'un possible renouveau pour l'Inconnu inventé par Strindberg. Exilé en terre étrangère et défait de ses liens sociaux, il attend sans savoir. Une disparition ? Un retour à la vie ? La rencontre de la Dame ouvre l'espoir de retrouver l'enfance et donc un avenir, mais le passé et ses spectres peuvent l'emmener sur d'autres voies. ...
Jonathan Châtel accentue les effets de miroir entre les personnages qui entourent l'Inconnu. Déjà vu, rappelé sous une forme nouvelle, chacun provoque un trouble semblable au rêve où plusieurs figures portent un même visage. Ce jeu de rêve permet de lever le voile sur le nom oublié de l'Inconnu, Andreas, met en scène son face-à-face avec l'Absolu et interroge le combat d'un homme contre ses démons.
ce que nous avons vu n'évoque parfois qu'avec grande discrétion, d'assez loin, ce désir de retrouver l'enfance ou cette confrontation avec les démons, mais le trouble semblable au rêve est bien là – un spectacle un peu lent, ce qui n'est guère un reproche, très structuré, rigoureux, mais rendu par de bons acteurs, des personnages attachants, un plaisir un peu réticent comme souvent avec Strindberg, qui finit presque toujours par me sédure, au-delà d'un éventuel accord avec les thèses, par cette distance, cette étrangeté, de ce théâtre pour la latine un rien primitive..
Pas enthousiasmée, contente..
La place des Corps Saints a son animation festivalière mais le reste de la ville est encore très calme (peut-être à partir de lundi) y compris la rue de la République qui d'ordinaire à minuit est plus effervescente
mais une belle allégresse, un peu de hip-hop, un peu de variété maghrébine, un petit festival/soir d'été en fête de la rive sud, avec voiles plus ou moins élégants, adolescents frimeurs, parents, jeunes filles délurées sans excès et enfants de tous âges, très sympathique (un regret dans la programmation de cette année, l'absence du Maghreb et de l’Afrique)
Par contre il n'y avait plus que quelques consommateurs aux terrasse de la place Crillon à minuit et demie.

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Il n'y a pas à dire (ou seulement ces mots), on s'y croirait !

Quelle ténacité et quel don d'observation !

brigitte celerier a dit…

merci de m'encourager, parce que suis souvent loque

jeandler a dit…

Le théâtre hors du temps mais en place, investissant la journée, totalement.
le temps suspendu, étiré, comme chez O'Neill.

arlettart a dit…

Etre au centre ville , au coeur de l'action fait des envieux
Merci pour tes impressions plus que vivantes dans cet autre univers

Caroline Gérard a dit…

Je suis fatiguée rien qu'en lisant tes billets. J'appréhende le retour à Avignon.

L'employée aux écritures a dit…

Merci pour le ticket d'entrée permanente au festival que vous nous offrez chaque année, à nous qui en sommes un peu loin

pascale a dit…

Passionnant!(petite honte de vous suivre près d'un ventilateur)... merci à vous.

Gérard a dit…

que c'est fourni !!! au passage... vraiment pas joli, mais beau..c'est de toi !

brigitte celerier a dit…

oui, rien pour la vue mais beau regard et très beau chant