jeudi, juillet 09, 2015

Avignon – jour 5 – intendance, temps de folie et les idiots


Un besoin de lever le pied, un besoin aussi de tomates, un sac de linge sale, m'en suis allée tout doux dans une belle journée où il redevenait possible de marcher au soleil, dans petit vent, et il commençait à y avoir un peu plus de gens sur mon chemin, et même un cheval
avec mes deux sacs et ma maladresse en ai rapporté
un hortensia si curieux que sa grosse tête se flétrissait un peu
les touaregs habituels, qui jouent cette année avec les couleurs,
des porteurs de réclame, des groupes,
les porteurs d'échelle qu'on rencontre si souvent que je finis par ne pas être certaine qu'ils la posent parfois contre un mur (enfin je crois que si)
un charmeur qui n'a peut-être pas décidé les jeunes femmes à venir voir son spectacle mais leur laissera l'agréable souvenir d'un badinage souriant…
déjeuner, commencer un tas de bidules à repasser, siester, m'intéresser avec une distance appliquée à ce qui se disait sur la Grèce à l'assemblée, regarder le tas préparé, en buvant un thé, 
et le laisser là pour m'en aller vers le Centre Européen de poésie,
où tourner un peu en rond en regardant les oeuvres de France Dumas (surtout les gravures sur zinc, très fouillées, petits mondes grouillants, qui se refusaient à toutes photos, protégées derrière leurs vitres et des reflets, échanger quelques mots, attendre un peu
pour assister, en trop petite compagnie, à Temps de folie spectacle de la compagnie Il Palinsesto (Stefana Colombo et Samir Suez) http://www.palinsesto.org
À minuit entre le 4 et le 15 octobre 1582, dans un instant qui se prolonge sur dix jours (décision de Grégoire XIII, dit GI 13 au moins ici dans ce spectacle, pour remettre d'aplomb le calendrier), une Folie amoureuse et prisonnière récite une formule pour appeler son bien-aimé, mais... elle se trompe, quelque chose ne marche pas -ou peut-être que oui-.
L’homme qui arrive dans le reflet n’est pas l’aimé, mais un musicien, un joueur de luth que la Folie cherchera à convaincre de sauver la vérité. Elle cherchera à lui expliquer le présent d’hier et d’aujourd’hui, pour la libérer de la cage de l’ignorance. Entre méfiances et confiances, le musicien connaîtra la folie amoureuse et les folies du monde réel. Il connaîtra aussi l’histoire du paladin, le plus fou depuis toujours, Roland, et l’histoire du fou, le plus sage depuis toujours, Galilée.
Des histoires qui semblent n’avoir rien à partager, encore que..
avec comme invités d'honneur sur le rayon de lune le Roland furieux... grâce à ses paroles et à sa murique, Gallilée en direct du Dôme de Pise, GI 13 depuis Trente, homme mystérieux venu dire comment il faut faire pour voler ce qu'on n'aperçoit pas, Erasmus de Rotterdam … n'a pu être présent, mais notre Folie est la fille de la sienne, le public du XXIème siècle invisible pour le ménestrel mais pas pour la Folie, la musique, Déesse humaine aux mille paroles...(fragment du dossier)
aimé le plaisir de comprendre presque tout ce qui se disait en italien (alternance italien/français) sans recourir à l'affichage, aimé que les poèmes s'affichent en italien, plutôt aimé l'ensemble, sauf que : 1) j'avais oublié la clim installée provisoirement pendant le festival, d'où migraine, attention fluctuante – 2) le spectacle aurait vraiment eu besoin d'une salle plus peuplée et réactive... c'était un peu triste.
Retour avec jambes lourdes dans la ville qui s'anime de plus en plus,
Une rafale en haut de la place de l'horloge, renversant étals, faisant voler des bijoux de pacotille, et terrassant deux vélos nous a annoncé l'arrivée de sire Mistral
du moins c'est ce que je pensais en redescendant vers l'antre, décidant de prévoir un couvre épaules à toutes fins utiles pour repartir, un peu avant neuf heures et demie vers la cour du Lycée Saint Joseph et les idiots

avancer le long des murs auxquels le vent donnait une vie
attendre l'ouverture des portes, en m'appliquant à effacer de mon esprit le commentaire laissé l'autre jour sur Paumée par une internaute qui se nomme Lavande :... Hier au soir «les idiots» : exaspérant et malsain. Des «normaux» qui jouent aux handicapés physiques et mentaux pour faire sortir leur «idiot intérieur» qui est la part la plus pure d'eux-mêmes ! Avec quelques scènes de très mauvais goût, le tout dans un magma sans queue ni tête... parce que, vu ainsi, oui, je n'aimerais pas.. mais ma vision, même si suis, je crois, aussi sensible qu'elle au regard sur les hadicapés (mentaux dans mon cas), pouvait être différente…
et suis restée assez perplexe, raison pour laquelle je prends appui sur le programme figurant sur le site et sur le petit programme de salle
D'improvisations en extrapolations, Kirill Serebrennikov et ses acteurs du Gogol Center livrent une version moscovite et actualisée du film Les Idiots de Lars von Trier, duquel ils conservent l'économie de moyens et l'esthétique dépouillée. Dans la capitale russe d'aujourd'hui, un groupe de jeunes gens décident de bousculer les convenances environnantes et la pudeur qu'elles imposent en laissant s'exprimer l'imbécile qui est en eux. 
Si les personnages de Lars von Trier évoluent dans le calme et la tolérante société danoise, ceux de Kirill Serebrennikov vont, pour leur part, à la rencontre d'une population dont les normes sont beaucoup moins souples. S'attachant plus que le réalisateur danois à montrer ce contraste entre la convention très stricte et le refus des règles de bienséance, le metteur en scène russe confronte sur le plateau «idiots» et «non-idiots» pour interroger la véritable place de l'absurdité dans les rapports humains et sociaux, à Moscou essentiellement mais aussi partout ailleurs. Dans un contexte où la moindre défaillance comportementale suscite la colère et la violence, l'expérience amusante ou idéaliste proposée initialement par Lars von Trier prend un tour dangereux et une portée inévitablement subversive.
Une des deux photos d'Alex Yoku trouvées sur internet
Par rapport à mes craintes, j'avais été tranquillisée en pensant qu'il ne s'agissait pas de mimer des «idiots»au sens médical, si tant est que ce mot s'applique, a un sens médicalement, mais de se placer sur le plan politique et de feindre l'ignorance, l'incompréhension, pour démonter les règles édictées, en lisant En Russie, « faire l’idiot » est une situation très dangereuse parce que la société le reçoit comme une provocation. La création d’une pièce est un territoire artistique et les gens le comprennent plus ou moins. Dans notre pays, il est impossible d’être idiot sans croiser la ligne peu permissive qui délimite les tabous. Cette ligne est très proche de l’individu, de sa dignité et de son moi intérieur : il suffit de tendre le bras pour l’enfreindre. C’est pourquoi nos idiots sont si dissidents. Tout d’abord, ils veulent se préserver, se clôturer de la réalité qu’ils comprennent. Ils sont ambitieux et ils pensent qu’ils peuvent duper cette réalité, la feinter. Ils essaient de modifier le réel mais n’y parviennent pas. La réalité qui est la nôtre, en Russie, brise impitoyablement les gens tout autour de nous, sans même sourciller. C’est un luxe de faire quelque chose d’unique, d’écouter ses vibrations, d’être concentré sur un processus intérieur...
et, plus fortement, à propos de la fin Dès le départ, il devait y avoir une scène où les « faux » idiots en rencontrent de « vrais » – les acteurs trisomiques qui travaillent au Theatre of Open-Hearted, un de nos partenaires de longue date. Quand nous avons essayé d’interagir avec eux, nous avons compris que, comme dans le film, quand les personnages rencontrent les anges, il devient injustifié de continuer à jouer. Cela est arrivé ici aussi : j’ai compris que si nous l’utilisions comme un élément du spectacle, il deviendrait impossible de jouer. C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée de les impliquer dans le final, qui a pris ce tour si différent. 
Mais en fait, ils miment réellement des handicapés, et la scène d'assistance sexuelle et assez génante, parce qu'ils traitent cela en dérision, certains des membres, à cette occasion et à d'autres moments se désolidarisant ou tentant d'expliquer leur démarche – le côté réjouissant est qu'ils leur donnent une certaine capacité de cruauté dans la mesure où ils en ont les moyens, un autre est l'humanité de certains des personnages notament la touchante Karina jouée par Oksana Fandera – une facette désagréable est le sentiment donné que pour Elisey le seul but est la dérision, que l'idée de gagner de l'argent ainsi est assez facilement acceptée.
Il se trouve aussi qu'on a l'impression, due à la fatigue ? que cela «part un peu dans tous les sens» et devient un tantinet longuet bien avant la fin de ces deux heures 40.
Intéressée, agacée parfois, riant comme désiré assez souvent... il y avait aussi, même pour petite chose comme moi le peu de place pour mettre ses jambes, ce qui fait qu'en me levant je me suis superbement cassée la figure sur mes voisins, créant un début de pagaille
Retour, avec une démarche de femme soule, dans une forêt de cartons et papier martyrisée par les rafales de vent. Le mistral n'était pas encore bien fort mais il menait avec énergie joyeuse vie.

12 commentaires:

fbon a dit…

ah, le Bridgetoun spécial Avignon annuel c'est un must du web !

brigitte celerier a dit…

merci !
c'est même contagieux sur mon nom

Caroline Gérard a dit…

Retour aujourd'hui à Avignon, avec la chaleur et le mistral, la foule, les cartons... J'avoue que tes billets ne me donnent pas envie de rentrer... C'est tellement bien rapporté que je me dis que je suis mieux ici, dans ma campagne. Mais, je vais attaquer les répétitions de "À mon seul désir" pour la générale le 13. Que suis-je allée faire dans cette galère ?

Dominique Hasselmann a dit…

Un jour de plus dans la vie festivalière, déchaînée comme le mistral : il faudrait que quelqu'un (mais de la région...) le mette en scène sur les planches !

arlettart a dit…

De la tête de l'hortensia penchée , du pot tout bleu , des "idiots "
Seul le Vent Fou vient à bout de cette folle journée
Dame clown est superbe
Un must chère
"Brigetoun - du -Festival -d'Avignon" Label approuvé

jeandler a dit…

Festivalière non-stop.
Se tenir droit dans ses bottes
vaille que vaille
jour et nuit.

brigitte celerier a dit…

Caroline,me donner le plaisir de venir t'applaudir

brigitte celerier a dit…

Dominique, peur que cela fasse fuir

brigitte celerier a dit…

euh suis guère droite, manque de raideur
suis pas très botte (sauf en hiver)

ana nb a dit…


et magnifique photo finale

tanette2 a dit…

D'ici quelques jours je pourrais peut-être assouvir ton besoin de tomates, regret d'être trop loin d'Avignon...

Gérard a dit…

Retour, avec une démarche de femme soule...de fatigue, pas étonnant après ce parcours intense.