mardi, août 25, 2015

Patrice Chéreau – un musée imaginaire – 2


la pluie attendue est venue dans la nuit, me suis rencognée devant la cour humide... avant un brusque et violent orage – et pendant que j'épongeais la toute petite langue d'eau qui pénétrait dans la cuisine, faute d'évacuation assez rapide de la brusque masse tombée du ciel, coup de sonnette et engueulade, sans vouloir écouter réponse, de l'antiquaire que je surplombe, qui a été inondé, ne sais à quel point mais cela semble grave et j'en suis malade pour lui... sauf que, même s'il a parlé d'un bouchon dans la canalisation qui aurait cédé, j'en doute... je suis obnubilée par le risque et veille (changement de la protection selon le temps, curage une fois par semaine de la petite rigole) – ne serait-ce que pour moi - à ce que rien, sauf le diamètre de l'évacuation, à ce que rien n'entrave l'écoulement... ai prévenu assurance, et pense que les relations avec cet homme charmant seront désormais tendues. Un vague et agaçant sentiment de culpabilité, pénible, qui m'a accompagnée pendant une bonne partie du jour.
Tourné en rond, et finalement ai repris les photos de Lambert, et, suivant la lumière sur le sol, suis passée aux salles suivantes,
avec le début de la collaboration avec Richard Peduzzi, depuis Sartrouville (il y a de beaux dessins, répartis dans toute l'exposition, certains un peu évanescents, que je n'ai pas réussi à photographier correctement – pourtant ce dessin du décor de Quai ouest est, lui, net et coloré -, incapable même de respecter une des maquettes les plus simples comme celle du décor de Wozzeck),
Les sols et les plafonds des cages de scène vides me donnent toujours la même impression de silence : la sensation d'avoir laissé tout ce que je connaissais à l'entrée d'un désert, l'urgence de rebâtir pour inventer, à chaque fois, un nouvel horizon. Patrice Chéreau s'emparait des univers que je lui proposais comme s'ils lui appartenaient, il les recomposait... Il remettait sans cesse tout en question. Nous cherchions toujours ensemble le plus beau dessin, celui que nous n'avions pas encore fait. On ne pouvait pas se trahir... (Là-bas, c'est dehors – livre de et sur Richard Peduzzi sous la direction de Claire David chez Acte-Sud)
et l'évocation des spectacles montés après Sartrouville comme ce dessin préparatoire de Chéreau pour Massacre à Paris à Villeurbanne
Le premier contact avec l'opéra, pour l'Italienne à Alger en 1969 à Spolète (euh je suis
 restée en arrêt devant une lettre de spectateur un peu décoiffé)
avant Bayreuth et le Ring, avec des lettres, bien entendu, des photos d'Antoine Wagner (souvenirs d'Eva Wagner Pasquier dans le catalogue), des dessins de Peduzzi, un dessin de Balke, les filles du Rhin et Asche fur Paul Celan d'Anselm Kiefer – pour mon plaisir, enfin je n'en suis pas certaine – des notes de Chéreau, etc…
Retour au théâtre avec des dessins de décors de Richard Petuzzi pour Peer Gynt à Villeurbanne.
Dans la salle intérieure, avant la galerie ouverte sur la cour, c'est la création, avec Catherine Tasca, des Amandiers de Nanterre, et le combat de nègre et de chiens de Koltès (un dessin de Basquiat, son portrait par Louis Jammes, un dessin de Géricault… )
les paravents de Genet (tant pis, j'ose), la fausse suivante de Marivaux(photo Pénélope Chauvelot), quartet de Muller (pas d'image mais c'est le seul de ces spectacles que j'ai vu à Nanterre à l'époque – petit budget et peu de théâtre - avant de devenir une habituée après 1990, au temps de Vincent), 
quai ouest et dans la solitude des champs de coton de Koltès (études de maquillage par Moidele Bickel, dessin de Giacometti, photo de Mapplethorpe, texte annoté et le beau double portrait par Richard Avedon)
trois photos de Duane Michals A Dream of Flowers dans le passage vers la salle ouverte sur la cour, où avance l'homme de Giacometti, près de deux Barcelo (ici le cri paisible) 
et puis, sans que je sache très bien où cela se situe et à quoi cela se rattache, quelques oeuvres grappillées, un dessin de Gros pour les pestiférés de Jaffa, un Géricault
un dessin d'Artaud, un Cy Towbly
et peut-être est-ce avec le beau Bacon (peintre aimé par Chéreau), une poupée de Bellmer, le dessin le monde paisible de Brauner, entre autres, pour évoquer l'intérêt constant pour les corps, entre autres oeuvres, que se trouvait une série de photos de couples par Nan Goldin
Au fond, Patrice Chéreau fait une ruade anti-platonicienne : il ne veut pas que le beau soit distinct de la vérité. La violence veut faire avouer la beauté. Le mouvement passionnel, la frénésie des corps,l'impatience nerveuse sont au service d'une conviction selon laquelle une vérité peut advenir dans le comble de la beauté. (Jean-Louis Rivière dans le catalogue)
avant, dans la salle carrée, qui a gardé la fresque de Sol Lewitt, les mises en scène de Shakespeare avec le décor pour l'Hamlet dans la cour d'honneur en 88, un dessin de Chéreau pour le Richard II dernier spectacle de Sartrouville.
Arrivée dans la grande salle du premier étage, dont je ne garderai, pour aujourd'hui que quelques images de la première partie en rapport avec De la maison des morts de Janacek en 2007 à Aix en Provence, opéra pour lequel lui et Boulez se retrouvaient,
opéra pour lequel il avait réuni une assez importante documentation
et puis, avant l'espace consacré à la Reine Margot, l'atroce beauté des dessins, d'un tableau de Music
et (même si je ne suis plus très sûre de leurs emplacements) un portrait d'Hitler par Grosz 
le combat de Penthésilée de Raoul Ubac
et trois nus de Géricault, Delacroix, Pierre Larrieu (mais sans doute se rattachent-ils plutôt à la Reine).
désolée pour la qualité navrante des photos

7 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Désolée que vous soyez une des victimes de la violence de ces orages, et merci de nous avoir emmenés au musée malgré tout cela, et un autre merci pour l'homme qui marche !

Dominique Hasselmann a dit…

Très belles photos et article... arrêtez de vous dénigrer !

brigitte celerier a dit…

vous êtes indulgent
et moi je fonctionne avec fort sentiment de culpabilité là (moral atteint par les ennuis de l'antiquaire)

Arlette Arnaud a dit…

Belles et riches images , le plaisir de retrouver des oeuvres ( la barque de Kiefer)et découvertes d'autres facettes de Chéreau assombries
par les contingences matérielles de ces orages qui ont tout cassé ici aussi

brigitte celerier a dit…

l'aime la barque de Kiefer
me sens toujours coupable là (me demande si mes plantes ne nuisent pas)

jeandler a dit…

Un nuage est passé. Plus facile de s'en prendre à sa voisine du dessus que du ciel.

brigitte celerier a dit…

il n'a pas tort tout de même, inondation parce que canalisation d'évacuation ne suffisait pas, il pensait bouchée, je maintiens que c'est ma terreur et que je fais ce que je peux pour l'éviter (pas toujours possible : si suis absente à un moment de fort vent ne peux empêcher les lambeaux de feuilles ou les granulats de passer, mais que le diamètre n'est pas suffisant en cas de pluie brusque et violente