mercredi, septembre 23, 2015

L'été s'en va, et m'en suis allée à Utopia

ciel blanc, bleu emplumé, opale, blanc traversé de lumière
soleil mort, chaleur égarée en chemin
une carte mémoire pour réveiller le vieil appareil, et une razzia au rayon garçonnet (12 ans) de Monoprix pour l'hiver
écouter Jankélévitch parler avec Serres de l'enseignement de la philosophie, ses élèves et lui penser la mort et la philosophie morale...
ranger photos
et m'en aller, à la tombée de la nuit, vers Utopia, pour assister à la projection, organisée par un groupe d'associations, des Chebabs de Yarmouk (chebabs = en gros mecs) d'Axel Salvatori-Sinz, film entrant dans la catégorie projetable pour marquer sa semaine mondiale pour la paix en Palestine-Israël, bien entendu, mais surtout très bon film par la qualité des images (Axel Salvatori-Sinz semble avoir fort bien profité de ses études entre son premier séjour en 2006 et le tournage en 2009) et par la façon dont il nous rend la chaleur, l'enfermement, l'amitié du groupe, les personnalités de chacun.. et leurs espoirs, problèmes, de jeunes hommes tentant de trouver leur avenir, tâche un rien plus compliquée dans leur cas
donc ce serait un jeune anthropologue faisant un petit circuit pour rencontrer la vie dans les camps de réfugiés, et rencontrant à Damas, ou plutôt à Yarmouk, dans la banlieue de Damas, un des plus anciens et le plus grand camp, au moins de Syrie, dans un centre culturel un groupe de jeunes palestiniens (la troisième génération des réfugiés de ce camp) à peine plus jeunes que lui, et la proximité qui est née de ce qu'ils avaient en commun : âges comparables, et ce moment où les projets sont plein de forces et où on tâtonne pour leur réalisation.
Ce serait trois ans plus tard, en 2009, Axel Salvatori-Sinz muni de son master en cinéma documentaire (en gros, je ne sais quels sont les termes exacts) revenant pour faire son premier film, centré sur six personnages, filles et garçons.
Ce serait leur beauté (ah Samir et ses boucles de pâtre grec), des échanges, en groupe ou en duo, sur les toits, devant le jeu de cubes posés sur cubes en parpaings jointoyés à grand renfort de ciment débordant, (mais en rive du quartier ce qui était une chance puisqu'il est interdit de filmer sans avoir demandé une autorisation ce qu'il ne voulait pas faire) dans des pièces plus ou moins exigües pleines de livres, de tapis, de Macs, ou autour de tables familiales, échanges abordant sujets graves, profonds, sous le couvert des rires, ce seraient les problèmes avec les administrations syriennes et palestiniennes (pour se marier, pour voyager, pour tout, les garçons doivent avoir fait leur service militaire dans l'armée de libération de la Palestine qui ne libère rien ce qu'ils retardent tant qu'ils le peuvent sauf Hassan, celui qui est le plus attaché au camp, qui veut y vivre avec son amie, le seul qui ne veut pas partir, celui qui restera même pendant la révolution, filmant des petites vidéos pour YouTube, arrêté et tué sans que son corps soit rendu), ce seraient les amours libres, et dans deux des cas avec des palestiniens de l'extérieur, qu'il s'agit de rejoindre, ce seraient les passeports, ce seraient des textes rédigés pour Axel et des poèmes, ce seraient leur désir de théâtre pour certains, de cinéma pour d'autres, ce serait la force de leur groupe qui fait que l'une des filles qui a, par son père qui a obtenu la nationalité allemande, un passeport et dont l'ami vit en Sicile, la difficulté à s'arracher et ses retours, ce serait la délicatesse de leurs rapports, ce seraient leurs rêves, ce serait les mères massives au visage tendre et à l'humour salubre, ce serait un père disant à son fils, dans la nuit d'une terrasse que sa génération a de la chance, libérée qu'elle est du poids du désir enthousiaste de révolution de sa jeunesse, dans les années 70 etc...
C'est en conclusion un très bref et beau court-métrage, hommage/adieu du cinéaste à Hassan.
Parce qu'après la fin du film, qui a coïncidé avec le début de la révolution syrienne, après une période pendant laquelle le camp a été préservé, les palestiniens se tenant, au moins en tant que tels et dans le camp, à l'écart, le régime syrien a organisé blocus, d'où famine, après avoir laissé une bonne partie des occupants s'enfuir, et bombardement (http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Crises-et-conflits-armes/Actualites/Syrie-le-camp-de-Yarmouk-assiege lien que je viens de trouver), c'est le moment où Hassan est mort, et il ne resterait plus que moins de 20.000 habitants sur les 500.000 personnes qui y vivaient en 2011
Pour le débat qui devait suivre en fait,  heureusement qu'en réponse à une question, Axel Salvatori-Sinz a parlé assez longuement, parce que la majorité des questions quand elles sont venues étaient stupéfiantes et navrantes de stupidité, s'étonnant du peu de place de la religion (hé oui ils sont athées), de la modernité de leur apparence, du manque de discussion politique (choix délibéré, le sujet était un groupe de jeunes, il ne fallait pas les mettre en danger) alors qu'en fait elle est là, la politique, pas comme sur des tréteaux, ou dans des débats ayant pour but de persuader, mais sous-jacente à une bonne part des discussions, comme entre des amis qui sont soumis à des contraintes qu'ils n'ont pas à expliciter, les connaissant par trop.
Retour dans la nuit, entortillée dans l'étole de La Haye.

7 commentaires:

Arlette Arnaud a dit…

Alors, tout était au fond en ombre chinoise.....comme l'avant dernière photo!

brigitte celerier a dit…

en fait en très gros plans de visages éclairés

Dominique Hasselmann a dit…

Tant qu'il restera des Utopia...

brigitte celerier a dit…

je crains que l'existence des réfugiés palestiniens dure plus longtemps

Gérard a dit…

J'aime beaucoup ton avant dernière photo, très mystérieuse.

brigitte celerier a dit…

arbres du jardin dans la nuit devant une tour du palais éclairée

Anonyme a dit…

Chic, you're back !!!