samedi, septembre 26, 2015

Petit tour en ville, et circumnavigation assise


Suis partie sous ciel bleu et nuages bonhommes, dans la chute du vent, en quête de moutarde au pastis et de cigares.
Suis redescendue vers l'antre, longeant boutiques familières où ne rentrerai jamais,
Celle de Cotelac était barrée et surmontée d'un échafaudage, elle a refusé l'image d'un manteau (étais distraite, hésitais) n'a gardé qu'une porte de la rue et un mur fatigué, je suis entrée, et suis sortie – dernière sottise, ne pourrais plus guère du moins je pense, avant le coeur de l'hiver – avec une jupe et un chandail de laine, et puis en face à coté ce fut un cardigan en gros tricot, si grand que peux l'enrouler deux fois ou presque autour de moi, bras serrés autour du buste, pour les longues soirées devant l'écran.
Chez Ducastel ai saisi, vite, en passant, les trahissant, des hommes du désert (P.Lionnet) et un groupe dansant ou s’accueillant de bronze sombre (Healy)
Et puis me suis installée à côté d'une tasse de thé (froid quand me suis souvenue qu'elle était là), mon attention alternant entre la suite de la journée consacrée aux migrations sur France Culture (de beaux et intéressants moments), et une anthologie des poètes de la Méditerranée qui m'est recours familier... tournant de pays en pays à la recherche du vent (mais n'en est pas trouvé partout, du moins dans ces pages, et j'en étais parfois navrée, par contre ai gardé l'atlantique Portugal qui est régulièrement associé à cette communauté querelleuse) – alors, pardon, trop long.. avec un seul poète par pays – en partant de la France avec
souviens toi de cette île où l'on bâtit le feu
De tout olivier vif au flanc des crêtes,
Et c'est pour que la nuit soit plus haute et qu'à l'aube
Il n'y ait plus de vent que de stérilité.
Yves Bonnefoy
C'est chose certaine que la Ligurie s'effondrera dans la mer, et ses
hautes frontières au vent des sapins et des houx, les
anciennes collines étagées, les pins...
Italie - Giuseppe Conte
traduction Jean-Baptiste Para
Clin du phare, refrain du vent,
le bateau fait mugir sa corne,
proue et poupe en proie aux vagues...
Slovénie – Erika Vouk
traduction Barbara Poganik, Ludovic Janvier
Là-haut, tout est silencieux,
le vent fait rage sous les eaux ;
il projette les coquillages qui planent tels des oiseaux
et des algues qui demeurent suspendues aux pampres des nuages..
Serbie – Miodrag Pavlovic
traduction Mireille Robin

Ce n'est plus dans la vieille chanson mais dans la réalité
Que le vent s'est levé
Et que le sable marin t'a ensevelie.
Albanie – Ismaïl Kadaré
traduction Claude Durand, Mira Mexi, Edmond Tupja
Montages moisies. Nuages tournés à l'aigre.
Lacs velus. Vents qui molissent.
Araignées aux brillantes couleurs. Papillons décolorés.
Macédoine – Vlada Urosévic
traduction Jeanne Angélowski, Jacques Gaucheron
La lumière est aux aguets partout
Cachée dans les veines du vent.
Au fond des yeux de l'aube l'ancienne prisonnière
Dans les sentiers rudes et obscurs de la mer
Grèce – Stratis Pascalis
traduction Michel Volkovitch
Solitaire je tombe avec la rosée
je me lève solitaire avec le vent
et ne s'achèvera jamais la lune de mon repos.
Liban – Ounsi al-Haje
traduction Nadia Tuéni
un vent vient balayer
l'oeil, la poussière,

révélant ce qui se cache
au-dedans du visible
Israël – Israël Eliraz
traduction Laurent Schuman
Nous lui parlerons des champs de chardons
Des fruits de coloquinte
Des crimes des vents
Des griffes de la dispersion
Palestine – Taha Mohammed Ali
traduction Antoine Jockey
Le vent a chatouillé mes flancs sans me faire rire
Agita bois et guenilles
Ô toi qui m'as levé les bras vers le ciel
Secoue moi
Egypte – Abderrahman al-Abnoudi
traduction Vénus Khoury-Ghata
Pouvait-il retenir le soleil de se coucher
Effacer la trace du vent
Lavant
Son visage
Couvert par la nuit depuis longtemps
Tunisie – Tahar Bekri
Là-bas, le temps nous traverse avec pudeur
il nous moule comme une terre précieuse.
Parfois le vent nous bouscule
le sable nous aveugle
et les pierres s'accumulent sur nos corps
Maroc – Tahar Ben Jelloun
Tu avais le goût de la terre sombre et de l'amère
écorce d'un arbre. J'ai découvert ton visage
sali travaillé par le vent
et les marées noires...
Portugal – Antonio Ramos Rosa
traduction Michel Chandeigne
Le vent ne brûle plus. Dans ses pas, l'eau
arrose lentement l'alentour, les seringas
s'offrent en choeur....
Espagne – Francisco Brines
traduction François-Michel Durazzo


7 commentaires:

Gérard a dit…

moutarde au pastis et cigares...? et comme plat principal ?

brigitte celerier a dit…

morue et patates bien entendu

Dominique Hasselmann a dit…

belle anthologie (au travers d'un nuage de fumée parfumée)...

Marie-Hélène Fauveau a dit…

et du vent en florilège
merci pour le bouquet

Arlette Arnaud a dit…

Belle lecture en mots comme le vent dans les pages ..
Ai cherché des poètes hier sur les présentations de tant de livres ( fête du livre à Toulon ) denrée rare
Merci pour tes choix

brigitte celerier a dit…

Dominique merci (et oui nuage de fumée, ce qui n'est pas bien)
Arlette, oui, la poésie est passablement confidentielle

jeandler a dit…

Il n'y a pas que sur les quais de Loire que l'on déambule... la main dans la main.