samedi, octobre 17, 2015

au dernier étage du cloître

J'étais donc restée au second étage, devant les visages nous regardant depuis le mur s'ouvrant sur la grande salle.

Sur le mur lui faisant face, entre les fenêtres ouvrant sur les beaux platanes du cloître, se succèdent les grandes photos, végétales, parfois mystérieuses au premier abord, d'André Pharel.
André a passé son enfance au bord de la Sorgue, fasciné par sa mouvance et sa limpidité. Cette attirance en est devenue une aspiration au sens vertigineux du terme : lorsqu’on regarde cette rivière, ses trous d’eau, la vision périphérique est oubliée, une vision de la profondeur surgit et l’on perd pied. C’est une vision de la concentration, celle où le monde se condense, disparaît pour mieux participer, car d’une manière plus intime, à ce nouvel univers.

Les réflexions dans un jardin sont certainement nées de cette mémoire. André y cherche un reflet – ou peut-être une transparence- qui sera comme un trou d’eau – fragment d'un texte d'Anne Pharel, elle-même photographe, sur leur site commun http://www.anne-andre-pharel.com
série le point bascule - Habité par les eaux de la Sorgue, il est depuis toujours fasciné par la limpidité ; parce que "voir à travers" permet l'intrication d'un monde dans un autre et l'avènement d'un paysage poétique.
série autres bosquets Il a appris à s'accorder au temps pour lui obéir volontiers. Attendre une lumière pour comprendre intensément une couleur ou jouer de son absence pour révéler le rayonnement qui émane d'un lieu, ordonner le chaos par le simple regard...S'effacer
Et en bonus, si vous avez le temps (et vous préviens j'ai gardé trop de photos) pour voir la beauté du Vaucluse, et notamment de l'Isle sur Sorgue et de ses environs, un film d'Augustin Pharel (leur fils?) où André Pharel parle de son travail
Les arcades ouvrent sur un espace butant sur de grands panneaux de couleurs brouillées, alignés sur le mur d'en face, entre les fenêtres, espace peuplé de hauts assemblages de bois, métal, fils métalliques, cordes…
entre les arcades donnant sur le couloir, se succèdent des interprétations en bleu, comme des tampons encrés sur fond blanc, d'oeuvres célèbres, exposées par Fan Cheng (Nîmes) http://dessinfancheng.blogspot.fr
La contradiction culturelle est toujours un axe d’expression dans sa création. Plutôt que de jouer avec les codes culturels, Cheng mène ce jeu jusqu’au point où il se dissout dans l’absurde. Pour lui, les contradictions culturelles sont moins une question idéologique ou un ancrage originaire qu’un matériau artistique à emporter plus loin, vers cette zone de dés-identification où le vide n’appartient pas plus à telle tradition qu’à telle autre, où les sensations se détachent de leur fardeau référentiel…
début du texte figurant sur le programme, repris de la présentation d'une exposition à Paris en 2014 http://www.actuart.org/2014/09/expo-solo-show-cheng-fan-poetique-extraterrestre.html 
Fan Cheng que l'on retrouve sur le mur du fond avec quatre panneaux sur lesquels l'envahissement par de petites vagues bleues est scindé en deux parties dont la largeur différente de l'un à l'autre crée une ondulation, une petite musique.
En m'approchant du premier des totems de Kech Vartan (dit le programme, j'avoue que j'ignore lequel de ces assemblages de lettres est le prénom), après avoir goûté le jeu des couleurs des bois, l'équilibre dynamique, il y a eu un moment d'amusement perplexe en lisant sur une petite plaque fixée sur la base le fardeau de la boîte qui pense – ai interrogé mon crâne, il n'était pas concerné…
Vartan Kech est un géant. Il soulève, il taille, il contraint ou il accompagne de grandes masses de bois pour en faire des sculptures. Elles se dressent bien au dessus de nous telles ces peupliers qui nous regardent du ciel.. dit Natasha Caillot sur http://www.21eme.com/Vartan-Kech (le site de l'artiste est en construction) et je m'escrimais pour les photos – du coup j'en ai pris trop – leur hauteur parfois frêle sortant des limites d'une photo si je voulais que soit lisible un détail (comme ici le contraste entre la poutre verticale et les formes adoucies, les cornes en bois suspendues, le tourbillon métallique), alors que le regard, après une saisie rapide de l'ensemble, circule de plaque en forme, en fil, pendant que l'on tourne autour pour voir l'aspect de l'oeuvre se métamorphoser.
Et puis, parfois, après contemplation, jeu des yeux sur et autour de ce qui était là, ai cédé au plaisir du titre, ici, sobrement, d'un épanouissement…
quand les pensées s'envolent qui nargue le grand panneau d'Emilie Picard
et, très séduisante mais presque impossible à capter avec ces deux grandes planches verticales laissant un espace étroit où circulent les formes allusives, la veuve inconsolable.
Vartan Kech est un poète. Il caresse, il assemble, il compose avec du bois, du grillage, du métal, du tissu, des crânes, des photos, de la ficelle et des tas d’autres choses encore, de fortes et élégantes sculptures.. (Natasha Caillot)
Rupture 3 et son beau turban
le banquet de la Feria
et pour finir, contre le mur du fond, à qui profite la récompense.
Restaient les grands tableaux d'Emilie Picard (Marseille) qui a déjà participé, ne sais plus quelle année, au Parcours de l'art avec des tableaux fluides qui m'avaient laissée assez froide. Là, je l'avoue, avec cette série De barbarie, l'impression était même désagréable.. jusqu'à ce que, en me plantant devant eux, en laissant les yeux glisser sur les virgules de couleur j'ai ressenti la vibration de l'air de nos étés.
(détail)
Pour ne pas en rester à mon regard, avec sa subjectivité, pouvez trouver son oeuvre sur http://www.emiliepicard.com/DL/
Refusant la nostalgie nocturne l’artiste se fait sudiste chevillée à la passion de la vie. Même lorsque les visages semblent très pâles demeurent en eux l’ultime lueur de vie. Plus largement le regard retient avant tout la voracité des couleurs. Elles habitent l’épaisseur des paysages, elles créent la lumière : si bien qu’un poisson devient l’île du visible. Il n’a plus besoin de frémir : il est secoué de clarté et impose une évidence heureuse en participant à une splendeur du quotidien. A travers l’âme de la toile – comparable soudain à celle d’un violon – se transmet la pulsion du corps et ses émotions. La plasticienne est entièrement dans sa peinture. Elle y imprime jusqu’à ses contradictions. Partant de la couleur elle fait naître ses visions du corps et du « paysage ». Elle en tente peut-être l’unité en transcendant l’inquiétude qu’elle efface le plus possible de ses oeuvres. Une émotion indicible surgit par tout le « désordre » dont l’artiste anime ses constructions... passage de Carnations d'Emilie Picard, texte de Jean-Paul Gavard Perret.
Sur ce m'en suis allée, laissant le cloître et le jeu des ombres des platanes sur ses pierres.
Aujourd'hui cire, nettoyage des faïences et de l'argenterie, visite éclair du propriétaire annonçant un programme de travaux en forte diminution dans la cour, pour je ne sais quand, mettre jupe laine, manteau et bottes et monter à l'opéra pour le premier concert symphonique de la saison.

6 commentaires:

Gérard a dit…

çà vaut le coup de rester cloîtrée

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour toute cette richesse d'émotion jusqu'à la dernière photo !
Et aussi pour alléger quelques instants le "fardeau de ma boîte qui pense"... Avec vos partages !

Dominique Hasselmann a dit…

la galerie est belle et la Sorgue y déroule son cours sous le regard lointain de René Char...

brigitte celerier a dit…

il m'arrive, furtivement, de regretter de ne pas conduire et de n'avoir pas de voiture… et donc de ne pas profiter des beautés du coin

Françoise Dumon a dit…

Je connais, le fait de ne plus conduire est un vrai handicap, mais il faut bien assumer ses choix. Il faut reconnaître qu'Avignon offre de belles opportunités et notamment l'espace Saint Louis.

Arlette Arnaud a dit…

Un régal cette errance entre la fluidité des images et les assemblages improbables ,la pensée se fixe selon l'humeur du jour Merci d'être impartiale