dimanche, octobre 18, 2015

journal

M'en suis donc allée vendredi soir, bien couverte, dans petit vent frais, vers l'opéra pour le premier concert symphonique de l'année, avec en soliste disait mon programme Alexandre Tharaud.
Lequel s'était finalement décommandé, mais, malgré notre regret, nous avons eu le plaisir d'entendre David Kadouch, qui à trente ans a déjà, non sans raison m'a-t-il semblé, une fort belle carrière.
En ouverture la belle découverte, pour moi du moins, de Pascal Zavaro avec le chatoiement, la couleur, digne d'Uccello, de la Bataille de San Romano.. musique dans la ligne des madrigaux, musique sans tohu bohu mais avec, dans sa partie centrale, un beau dynamisme, la joie des trompettes éclatantes brodant sur le tapis des altos et violoncelles, puis de l'orchestre. Encouragé par Beethoven et Uccello à la franchise du trait, je me suis senti, pour la première fois, conduit à quelques clichés militaires : timbales et trompettes, cavalcades diverses, assumant leur inévitable charge descriptive... mais avec une belle retenue, et la parfaite, coulée, succession des trois mouvements : lent, vif, lent.
Le beau temps des trompettes a eu une éclipse, l'orchestre s'est réduit, et ce fut donc le concerto n°9 (jeunehomme) de Mozart, dans une belle interprétation, de David Kadouch donc, dès l'allegro initial dont le thème est conduit par le piano, mais aussi de notre orchestre dirigé par Samuel Jean (du haut de mon goût, j'aime ses interprétations de Mozart. (en bis une valse de Scriabine)
Un entracte passé à contempler les ridicules petits angelots collés aux balcons, en écoutant les piapias autour de moi, en y participant un peu, puisque n'avais pas pris de cigare et que n'avais pas envie d'aller me geler sans raison..
et puis retour, accompagnées de tous leurs amis cuivre, des trompettes en gloire dans la symphonie n°8 de Dvorak.. la belle mélopée ouvrant le premier mouvement, la belle chaleur, le petit motif dansant des flûtes et du piccolo, le beau et mélancolique mouvement lent, mais est-ce ma fatigue, ai un peu décroché et me serait endormie si la musique n'avait été aussi tonitruante pour le dernier mouvement…
applaudissements... la salle était plus transportée que moi, saluts et re-saluts, fierté des trompettes..
et retour dans une nuit cristalline et presqu'hivernale.
En partant ce matin vers petites courses, en passant devant les vitrines de Ducastel, coup de coeur pour quelques dessins et découverte de Béatrice Lacombe, des fleurs et puis sur un petit chevalet posé au dessus quelques traits pour un corps assis, du bout des fesses, sur un escabeau absent (que je viens de retrouver, ou son parent, sur http://jeandesarts.blogspot.fr – le dernier à droite de la ligne du haut) et une envie de connaître l'oeuvre, et, mais c'est hors de question, d'acheter quelque chose pour la fermeté, la souplesse, le plaisir de ce trait
beauté du ciel, des feuilles qui s'entêtent à garder un reste de verdeur, mais froid qui me fait réaliser qu'alors que viens enfin de sortir vestons d'hiver et léger manteau de laine, il est temps de sortir les gros trucs où on s'enfonce et de couvrir mon petit crâne fragile.
En rentrant, avant de me mettre à la cuisine, petit tour internet et rencontre avec le travail de survie, la brisure du corps et le pouvoir de l'imagination pour agir sur et avec lui, ce corps, un texte superbe de Georges Didi-Huberman à propos de Simon Fieschi, survivant mais très grièvement cassé après l'attentat contre Charlie Hebdo, avec l'appui de Foucault et du corps utopique (le corps est le point zéro du monde) http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20151016.OBS7778/simon-survivant-de-charlie-hebdo-un-corps-qui-se-souleve.html
carcasse chourgnade, me suis complue en oisiveté un rien brumeuse
Penser que le 17 octobre est la journée mondiale de la fin, et, honte à moi, ne rien faire d'autre que de suivre, un moment, ce qui se faisait en divers points, surtout à Paris d'ailleurs, sur twitter avec le #JagisContreLaMisere.

3 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

J'aime bien cette photo juste après celle du chef d'orchestre et ses ouvriers : comme un prolongation en image musicale.

Quant à L'Obs : couverture racoleuse de son dernier numéro (avec Julie Gayet, des pages de pub pour ses activités de "productrice" et des sous-entendus politiques), on se demande qui tient encore la barre de ce vaisseau qui n'est plus amiral (ou admirable) le moins du monde !

brigitte celerier a dit…

à mes yeux il y a quelque quarante ans qu'il ne l'est plus, s'il l'a jamais été (mais j'étais jeune et plus ignorante encore) - ceci dit il arrive qu'ils publient un beau texte et celui de Didi-Huberman l'est vraiment à mes yeux

Gérard a dit…

même coup de cœur que toi chez Ducastel, pour les dessins de Béatrice Lacombe les fleurs.