lundi, octobre 12, 2015

jour doucement vide – donc ce serait

ciel bleu, air qui hésite à se faire piquant
nez qui coule un poco, mauvaise humeur des premiers pas dissoute,
vaquer, lire, musique… nada
faire appel aux ce serait publiés chez Jan Doets et ses cosaques des frontières https://lescosaquesdesfrontieres.wordpress.com
Ce serait – 39 – la fascination
Ce serait se trouver là, sous elle
Ce serait se trouver, tête levée vers son sourire, entre ses pattes, comme à l'intérieur d'un enclos pénétré d'air
Ce serait se trouver dans l'incapacité de m'enfuir hors de sa sphère, et dans l'horreur d'être si démunie,
Ce serait d'ailleurs imaginer, tétanisée sous sa domination, les immenses jambes, maigres, fortes, nerveuses, se jetant à ma poursuite, et la tête tendue vers moi,
La tête tendue vers moi avec ce sourire, le même qui me domine.
Ce sourire attentif, ce sourire cruel qui se veut bienveillance sévère, cette sollicitude.
Ce sourire qui fait naître en moi un début de réponse.
Un début de réponse contre lequel me raidit ma peur.
Une peur que je veux chasser puisque instinctive, et sans doute injuste : il y a ce sourire attentif.
Ce sourire attentif dont je sens qu'il fait émerger malgré moi, dans mes yeux, un sourire un peu tremblant, un peu contraint, un peu implorant, en désir de confiance.
Ce sourire qui s'efface pendant que la tête se redresse pour voir au delà, à sa hauteur, devant elle, vers une partenaire.
Et je n'ai plus au dessus de moi que le corps, le dessous de la tête, ce qui pourrait être une idée de gorge.
Une absence de regard, un désintérêt..
Je n'y tiens plus, je laisse déborder la révolte qui était tapie, je me rue à l'extérieur du cercle des pattes.
Cercle dont se détache une patte qui vient me cueillir, me cueille, me ramène avec une caresse rude -
fin faisceau de muscles durs et sombres, avec ces renflements de bijou baroque qui sont les articulations -
contact rude comme de métal
Et la révolte se rendort, se mue en maussaderie, maussaderie venant colorer faiblement la résignation, le soulagement de mon corps tranquille, assis, contre la patte rapteuse, comme contre une colonne.
Une araignée de Louise Bourgeois – exposition «les papesses»
Palais des papes – été 2013

8 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Plaisir de la relecture et de de laisser fasciner de nouveau...

brigitte celerier a dit…

merci pour cette indulgence

Domnique Hasselmann a dit…

L'araignée régna tous ces étés...

brigitte celerier a dit…

un balai à bout de bras pour détruire leurs oeuvres (les vivantes, celles bien trop petites et dominées par moi pour être fascinantes mais qui aiment mes poutres)

jeandler a dit…

Pourquoi faisons-nous de certains êtres des maudits ? Le mal en nous qui nous titille.

Arlette Arnaud a dit…

Elle paraît si effrayante et velue surtout étouffante comme le suggère Louise Bourgeois par rapport à sa mère , impossible de ne pas y penser

brigitte celerier a dit…

crois que c'est une réaction féminine, et le mélange avec l'amour

Gérard a dit…

Terrible ta deuxième photo