samedi, octobre 10, 2015

Pour les yeux et les oreilles


Donc, jeudi, en sortant de Forbin de la Barben, ai suivi les murs, tourné deux coins et suis arrivée au Centre Européen de Poésie, une heure environ avant le vernissage…
Futilement (?) attirés par les couleurs, mes yeux se sont, après un balayage général dans le désert des lieux (une femme assise dans le fond de la partie bibliothèque, yeux perdus, visiblement en besoin de solitude), arrêtés d'abord sur les feuilletages, les harmonies douces avec le bois des sculptures/collages de papiers de Christine Tchouhadjian (Lyon) http://www.christine-tchouhadjian.com une glaneuse. Elle fait les poubelles, les poubelles de la forêt, de l’histoire, de son histoire. Glaneuse de papier glacé autant que d’arbre centenaire
Assemblés, pliés, collés, enfouis, les messages fossilisés entrent en contiguïté. Vestiges d’une activité débridée, la phrase, le texte, se dressent silencieux, impossibles à déchiffrer. Peu importe, il ne s’agit plus de lire, de feuilleter mais de regarder un quotidien pétrifié, d’imaginer une “vie dans les plis”. La nature a pris les mots, il ne te reste, spectateur-promeneur, que du bois et des feuilles
avant de perdre mes yeux (ou parfois de les laisser glisser sans être accrochés) sur les grandes surfaces blanches couvertes d'une écriture improbable, réduite aux batons, et modelée d'absences de Martine Cazin (Simiane-la-Rotonde) http://www.martinecazin.com
crayon 70x100 - 2011
Ce sont donc des traits, de simples traits, pour dire le temps, pour dire l’unique et la multitude, pour accepter de se perdre dans un silence et s’en aller vers l’absence. La mémoire s’efface, les jours s’échappent... Et le dessin devient acte de résistance. Parfois, mon écriture, au service d’un grand texte classique (Proust bien sûr !) ou de mes propres textes, remplace le trait
crayon 70x100 – 2011 ; mine de plomb et pointe d'argent 21 de 15x10 – 2012 ; ?
Quitter la ville pour un village perché en Haute-Provence, installer un atelier où tourner les pots qui me faisaient vivre, créer une ligne alliant tradition et modernité, accordée au pays. et associer des plaques de céramique à des citations de poètes aimés
m'en suis revenue, pour un thé, une longue paresse, un tri des photos, et une longue récupération – ne sais trop pourquoi – de toutes les images prises lors de tous les parcours depuis 2009.
samedi matin une passade ménage pleine d'une telle conviction qu'étais sur le flanc au bout d'une heure et demi, une journée entre écoute de France Musique (très belle entrée dans le jour avec Royaumont qu'écoutais entre découvertes et souvenirs) et lectures de revues parlant de la marche du monde, petites incursions dans la tiédeur de la cour… 
et, en fin de journée, départ vers l'opéra pour assister au concert des lauréats clôturant notre concours international de violon placé sous le souvenir de Ginette Neveu, concert donné avec l'ensemble instrumental Contrepoint de Montpellier, sous la direction de Franck Foncouverte (je ne suis pas infaillible mais j'ai assez peu apprécié cet ensemble)
une ambiance assez familiale des candidats extrêmement jeunes, une première partie pour présenter jury, remercier les soutiens, donner le palmarès, avec une gentillesse presque paternelle du responsable (un côté un peu bredouilleur très sympathique), en remettant prix et cadeaux (y compris du nougat) aux lauréats
un premier prix, garçon sage en gilet gris, Grégoire Girard
un second prix, mince, brun, charmeur avec une petite réserve ironique, complet noir, Nathan Mierdl
et le jury avait décidé de ne pas donner de troisième prix mais de rattraper, avec une mention pour l'ensemble des épreuves, un peu un encouragement pour une frêle et petite post-ado en longue robe noire Anne Bella et deux garçons Bilal Alnmer, syrien séparé de sa famille, et Martin Zayranov, cheveux longs très sages, pantalon et chemise noire
s'ajoutait un prix pour une interprétation d'une pièce contemporaine (c'était une des possibilités pour un des deux morceaux des demi-finales) donné par le Château Pesquié (un côte du Ventoux) à Magdalena Sypniewski, grande blonde, réservée..
petite cérémonie suivie de l'interprétation
du rondo de la troisième partita de Bach par Bilal Alnmer, avec effectivement encore des imperfections et une application très sensible, qui l'a fait suivre d'une improvisation orientale en hommage aux réfugiés (avec beaucoup plus d'aisance)
le 1er mouvement d'une sonate de Debussy par Anne Bella, fort correctement..
des variations sur un thème original de Wieniawski par Martin Zayranov, avec une belle virtuosité, un jeu tzigane, mais j'avoue que c'est une musique que je goûte pendant dix minutes mais guère plus longtemps, et c'était fort long
le plaisir, ensuite, de la lenteur sombre d'une pièce de Penderecki choisie et interprétée peut-être un peu scolairement par Magdalena Sypniewski
et puis, franchissant en effet plusieurs échelons, Nathan Mierdl dans une belle interprétation d'une sonate de Grieg
un entracte, un peu long, malgré l'amusement d'observer le public d'amis, de jeunes musiciens, de professeurs, de familles...
et puis le beau concerto en mi mineur de Mendelssohn, avec la belle interprétation du lauréat, surtout perceptible dans le mouvement lent central où il domine l'orchestre... lequel mouvement a été retenu pour le bis
salut – petit speech très court regrettant les baisses de crédit, et salut de tous les lauréats.
Sais pas très bien ce qui m'avait poussé, jeudi soir en passant devant l'opéra, à prendre un billet.. mais c'était sympathique.

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

L'ambiance des concours, la présence des parents... Vu cela à Orléans, au Conservatoire à côté de la cathédrale (mais le répertoire était plus moderne, avec Kurtag !)...

Vos photos sont très nettes !

brigitte celerier a dit…

mais là c'était du violon alors Penderecki

jeandler a dit…

Papiers pressés
une mort digne de l'écrit
pour une nouvelle vie.

Gérard a dit…

Un cercle pas vicieux, le papier qui retourne dans l'arbre.