jeudi, novembre 12, 2015

Jour férié, entre souvenir et soleil


Matin dans lumière rayonnante et air piquant légèrement (nez qui coule obstinément)
marche vive, aussi allègre que le veut l'âge,
yeux sur la marquetterie de verts et roux des arbres,
pensées pour la lente mort de la végétation, pensées pour ceux qui nous ont précédés,
et, dans la ville qui semblait indifférente, simplement vacante, en fin de matinée, les pas qui se suspendaient un moment à la vue de la petite troupe en charge du souvenir.
Peut-être, sans doute, le temps d'un retour vers les deuils privés, plus ou moins effacés - sommes de moins en moins nombreux à en avoir connu qui étaient revenus, et n'avons pas connu par nos yeux, nos mains.. ceux qui y étaient restés – et pour les saluer ai simplement repris les quelques pages du 14 d'Echenoz -
.. un quatrième percutant de 105 mieux ajusté a produit de meilleurs résultats dans la tranchée : après qu'il a disloqué l'ordonnance du capitaine en six morceaux, quelques-uns de ses éclats ont décapité un agent de liaison, cloué Bossis par le plexus à un étai de sape, haché divers soldats sous divers angles et sectionné longitudinalement le corps d'un chasseur-éclaireur. Posté non loin de celui-ci, Anthime a pu distinguer un instant, de la cervelle au bassin, tous les organes du chasseur-éclaireur coupés en deux comme sur une planche anatomique, avant de s'accroupir spontanément en perte d'équilibre pour essayer de se protéger, assourdi par l'énorme fracas, aveuglé par les torrents de pierres, de terre, les nuées de poussière et de fumée, tout en vomissant de peur et de répulsion...
et les silences ou les phrases incompréhensibles de ceux qui avaient enduré, tant de saisons, courageusement, stoïquement, ou parce que pouvaient pas faire autrement
Ne fût-ce qu'à cause de ces deux-là, le pou, le rat, obstinés et précis, organisés, habités d'un seul but comme des monosyllabes, l'un et l'autre n'ayant d'autre objectif que ronger votre chair ou pomper votre sang, de vous exterminer chacun à sa manière – sans parler de l'ennemi d'en face, différemment guidé par le même but -, il y avait souvent de quoi vous donner envie de foutre le camp.
souvenir tendre aussi de ceux qui n'ont pas pu accepter
On l'a fait s'agenouiller devant six hommes en ligne au garde-à-vous et l'arme au pied parmi lesquels, à quatre ou cinq mètres de lui, il a identifié deux connaissances essayant tant bien que mal de regarder ailleurs, avec un aumônier divisionnaire en arrière-plan. Entre eux et lui, de profil, un adjudant commandant le peloton manipulait un sabre.
et, dans un creux du jour, ai suivi, cette année, pour changer, le chemin des Dames grâce à google-street-view (ici Chermizy-Ailles)

8 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Le "chemin des dames" avait pourtant un bien joli nom avant d'être devenu une terre de poudre et de sang...
N'oublions pas tous ces jeunes morts.

Dominique Hasselmann a dit…

Souvenir de mes deux grands-pères qui ont participé à cette "grande" guerre...

brigitte celerier a dit…

celle que tous voulaient croire "la der"

jeandler a dit…

de vieux jeunes hommes
chair à canon promis
des chefs
au chef ne comptant que leurs étoiles...

Arlette Arnaud a dit…

Belle garde d'honneur que tes mots qui résonnent en chacun

brigitte celerier a dit…

ne sont pas les miens mais ceux d'Echenoz - préférable :-))

Gérard a dit…

partagé entre commémo..et recueillement.

Anonyme a dit…

Nous sommes devenus les grands-parents des jeunes familles de ce temps-là, nous qui savons