samedi, décembre 26, 2015

D'un beau cheval à pas d'oiseau

Noël un de ces jours où les rues se font désertes, si ce n'est les familles en marche ou voiture vers des ancêtres, un de ces jours où on se consacre à soi et aux siens, où les mots se font rares après le torrent des retrouvailles.. un peu de langueur, une dérive douce (sauf parfois, familles étant ainsi, des petites éruptions sur lesquelles jeter vite sable et mots colmatant)
contacts rapides mais chaleureux avec famiglia, un peu de musique, trois Charlot sur Arte (étonnement heureux, dans un cas - les autres déjà vu ou un tantinet trop méchant -, de la fraîcheur et sincérité de mes rires), et le plaisir de prendre en mes mains le livre dont j'avais décidé qu'il était mon petit cadeau pour ce jour, le Cheval de Claude Simon, aux éditions du Chemin de fer http://www.chemindefer.org/catalogue/styled-83/le-cheval.html plaisir de l'objet, du format, de l'épaisseur du papier, de l'élégance..
et plaisir bien sûr, attendu, mais plus aigu, plus entier que le pensais du texte, plaisir de retrouver, autrement, l'un des thèmes de Simon, plaisir de la construction, plaisir de ces longs mouvements qui se combinent (et, entre autres, dans la première partie, l'avance du régiment de cavaliers fourbus dans la nuit, la façon dont s'invite, et se coule dans le texte, la dérive du cavalier exténué, trempé, le Sixième Brandebourgeois de Bach cette espèce d'explosion baroque, nasillarde, cette chose caustique où de gras barons allemands à perruque... ceux qui sont devenus l'armée d'Hitler... exemple pris parce que c'est l'un des premiers, mais tant de choses à dire il y aurait sur ces 55 pages, comme un peu plus loin la vision furtive de ce corps de femme argile blanche modelée au sein de la nuit, comme les soldats paysans arrachés à leur terre, la mort du cheval, la pluie, la tragédie classique revécue dans cette campagne isolée, détrempée..), plaisir des dialogues ironiques comme celui cité sur le site de l'éditeur, dialogues qui ponctuent, dialogues où les deux soldats mettent sur la réalité dans laquelle sont plongés ce qu'ils peuvent d'esprit, de vivacité, comme une antidote... etc... plaisir aussi, ensuite, de la postface de Mireille Caille-Gruber, plaisir que je vous souhaite
Et puis, comme j'ai vu chez Christine Simon http://www.christinesimon.fr/spip.php?page=rive-jour sa contribution au premier exercice de l'atelier d'hiver de François Bon sur le tiers livre ne pas mentionner l'oiseau http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4288, comme j'aime bien, ou j'aime tout court, cela dépend, les quatre + une (la mienne) contributions qu'il a trouvé le temps, entre déplacements, rencontres, écriture, etc.. de mettre en ligne (celle de Christine le sera prochainement), comme mon truc, lu ainsi à distance, me semble un petit moins «boff..» que le pensais :
Le mouvement du bus qui souplement s'engage sur le pont – les yeux dans la vitre, freinant un peu pour s'appuyer sur un bras ouvert du palais Mazarin, le dôme, et voir s'ouvrir lentement le premier bras du fleuve, effleurer l'étagement de l'île et suivre le déploiement, le refermement du second des bras qui l'enserrent, s'y attarder jusqu'à tourner légèrement la tête, pour, avant le haut des arbres, la traversée rapide de la voie, le petit tunnel des guichets, l'entrée dans l'espace du Louvre, conserver un trop bref instant la vue sur cette pointe fendant l'eau.
Cette vue - rituel arrêt plus ou moins marqué suivant l'urgence de la journée - depuis la petite avancée au dessus du flot de voitures sur les quais en contrebas, à l'angle du pont, la vue qui, par delà les années superposées, la longue habitude, garde son pouvoir d'émotion familière, le museau au ras de l'eau d'un gris froissé teinté de bleu, la pierre du quai, le pont, le jeu un peu effacé des couleurs des briques et de la pierre, les grands toits et, au-dessus ce ciel transparent, l'air humide qui se coule entre les pierres des immeubles, les branches des arbres, leur donne leur volume, ce ciel dont on garde une petite nostalgie parfois devant la splendeur violente du bleu saturé sur laquelle viennent buter les pierres dans le sud.
Ce triangle de pierre fendant l'eau recherché et retrouvé sur un détail du plan de Mérian, improbable vision en blanc, beige, bleu, avec de petits accents rouges, surplombant l'île et le pont comme un oiseau planant au dessus de la ville, et, au rebours, dressant les constructions au dessus de la page, donnant aux immeubles bornant la place Dauphine une hauteur un peu irréelle, irréalité qui se transmet au cavalier de bronze caracolant en biais comme aux barques devenues insectes posés sur l'image du fleuve, au fleuve qui caresse l'arrondi central du pont sans aucune trace de la petite pointe de terre.
Devriez aller lire «je n'ai pas pu ne pas mentionner l'oiseau» la tentative avortée de Christine Jeanney, elle vaut largement mon presque aboutissement http://christinejeanney.net/spip.php?article1183


9 commentaires:

Arlette Arnaud a dit…

Merci pour cette respiration...."
"sans petites irruptions en famille sur les quelles jeter du sable pour colmater!!!" j'adore en sourires douloureux
Et mon P.C qui ne veut plus rien savoir CRRRRRRRRR

Denis Couet a dit…

"le torrent des retrouvailles" : oui !

brigitte celerier a dit…

j'étais très douée pour les éruptions ! les leur évite maintenant

Dominique Hassselmann a dit…

belles lectures...

Arlette Arnaud a dit…

Il paraît que c'est cela la famille...

brigitte celerier a dit…

Dominique, y compris le premier texte sur tiers livre (sourire)

Arlette, oui su elle est vraiment vivante et soudée, y a toujours des petits drames

époké a dit…

éruptions méridionales qui souvent se calment très vite!

Gérard a dit…

Tu ne te refuses rien, un cheval pour Noël

brigitte celerier a dit…

malheureusement il est mort avant le soir