dimanche, décembre 06, 2015

Petite chronique d'un samedi à Avignon


besoin d'un médicament et de yaourts, m'en suis allée sous un morne et froid ciel gris..
en remontant la rue Saint Agricol derrière des belles venues ou se voulant venues d'Arles, notre voisine en descendant le Rhône (rejoignaient le «village Téléthon» qui était le grand événement du week-end dans la ville.. que j'avais décidé d'ignorer parce que mon budget «dons» est au maximum de mes possibilités et que carcasse ces jours-ci déteste la foule et me le fais savoir)
mais au retour, en traversant le village de chalets qui vient d'ouvrir – peux y passer sans risque, cette année encore les cantonniers que j'ai décidé de snober sont près de la crèche installée aux Célestins, loin de mon chemin habituel -
l'envie m'est venue d'y aller faire un tour, dans le vide de cette fin de matinée (un petit regret de ne pas, hier soir, les gens que j'ai croisé qui débouchaient de la place avaient l'air joyeux, avoir assisté dans la nuit à l'ascension par Antoine le Ménestrel de ma façade du palais, et les démonstrations de danse africaine, brésilienne, provençale ou acrobatique, les majorettes, le flash Mob, le lâcher de ballon, la fanfare etc... devant avoir lieu dans l'après-midi.. je souhaite que les passages de pluie froide n'aient pas été trop dissuasives)
je suis passée à côté des vieilles voitures, sans envie de promenade
ai mangé un petit beignet de pomme, ai retrouvé les arlésiennes qui attendaient, avec un tambourinaire et un joueur de galoubet de succéder sur la scène – mais le public à cette heure était fort maigre – 

à la chorale d'hommes chantant le ban des vendanges (je réalise que cela était peut-être une partie de la comédie musicale annoncée, formidable histoire autour de la vigne, du vin et d'Avignon, comme les belles avignonnaises d'antan)
ai acheté (horreur de ça, juste un peu moins que du kouglof, de la mouna ou du kouign amann, que je sois pardonnée) une fougasse, ai regardé les gens qui pédalaient pour réaliser un 36 37 lumineux, longé des tentes qui somnolaient un peu dans l'attente de l'après-midi,
dépassé des garçons qui attendaient dans leur fauteuil le début d'une démonstration de rugby fauteuil 
respiré avec délice l'odeur du foin des producteurs de Montfavet, et tenté de photographier, sans succès, un lancer d'entraînement;
effleuré la forge et la vente de petits objets de métal par les apprentis, la confection des mosaïques..
suis passée derrière les premiers militaires chargés de nous protéger (venus en renfort des policiers municipaux) qui s'ennuyaient ferme, ai admiré l'accord entre la tenue et l'écorce des platanes,
et, au moment où un graffeur s'attaquait au panneau qui les attendaient (laissant intact le grand espace libre entre deux évocations de bâtiments phares), ai repris le chemin de l'antre.
N'en suis sortie que le soir pour le plaisir d'aller à Saint Didier écouter (hors programme téléthon, mais dans programme de l'opéra en liaison avec «musique religieuse en Avignon») le stabat mater de Rossini, chanté par le choeur de l'opéra avec comme solistes Ludivine Gombert soprano, Aude Extrêmo mezzo, Kévin Amiel ténor et Tomislav Lavoie basse - me bercer de son humanité, de la douleur et de la félicité qui explosent, fusant, bousculant la solennité.
Comme, dans ma crainte d'attendre trop longtemps, je n'avais que dix minutes d'avance et que la nef me semblait presque pleine, me suis installée sur le côté au niveau de la petite estrade, ne voyant les chanteurs que de profil ou de dos, mais presque enclose dans leur chant, ayant une vue de biais mais lisible sur l'écran installé juste sous la tribune et l'orgue pour suivre la vidéo reproduisant le jeu des mains ou des pieds de Luc Antonioni à l'orgue
Le concert s'est ouvert avec les belles, austères avec des éclats lumineux, variations pour orgue de Liszt sur Weinen, klagen, sorgen, zagen (premier choeur de la cantate BWV12 de Bach
et puis un début splendide (heureuse d'être en communion avec le choeur) avec le premier air Stabat Mater Dolorosa – ô la profondeur des basses sur dum pendebat filius - où pendait son fils- la tapisserie des voix, les reprises, variations, la lame entraînante
et, moi qui me méfie des ténors la force l'éclat de la voix de Kévin Amin, dans cujus animam gementen – et dans son âme gémissante... la tension de ces trois tercets – je voyais en biais, au premier rang, le sourire extatique d'une vieille amie et je sentais qu'il en était ainsi pour moi
au moment où la soprano et la mezzo se levaient coupure de courant... une petite exclamation dans la nuit de la nef, un organisateur demandant bien inutilement au public très sage de rester calme et dix minutes d'attente
est-ce pour cela que j'ai été légèrement déçue par le duo
plaisir commençant à revenir avec la basse et ces moments où sa voix se faisait tendre
plaisir totalement revenu avec Eja mater.. Pour que je pleure avec toit le très beau choeur et la façon dont la basse vient s'y intercaler
etc…
applaudissements nourris
et retour dans la nuit humide.

9 commentaires:

Martine a dit…

Pensé à vous chère Brigitte en rédigeant mon article de blog aujourd'hui!! Merci pour cette promenade, en particulier dans la profondeur des basses...

Dominique Hasselmann a dit…

Bien vue, cette photo rapprochant le soldat de l'écorce de l'arbre. Ce n'est hélas pas du théâtre (on s'en passerait bien, de cette représentation)...

Heureusement, Bach n'a pas besoin de tenue de camouflage.

brigitte celerier a dit…

une pensée pour le festival…
non Bach ne se camoufle pas (il arrive que les interprètes lui fasse subir tel sort que ne se reconnaîtrait pas) et mon cher Rossini non plus

Arlette Arnaud a dit…

Des pommes en pyramide au camouflage ! (là l'image t'attendait) et des belles arlésiennes pour finir de biais en musique!!avec des étoiles en suspension Bravo et Merci
Grande chance d'habiter en pleine ville

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour cette promenade en Avignon, l'ambiance festive annonciatrice des fêtes et vos émotions musicales !

brigitte celerier a dit…

en piéton par choc et nécessité j'habite toujours en pleine ville (enfin tant que mes finances me le permettent… pas certaine que cela dure très longtemps)

brigitte celerier a dit…

Marie-Christine pour les fêtes à venir : faudrait que l'ambiance change avant juillet

jeandler a dit…

Au train où vont les choses, notre budget dons tend vers l'inflation...

Gérard a dit…

Folklo mais sous la protection mitaire