samedi, décembre 05, 2015

Gilliatt et spectacles

M'en suis allée vendredi soir, après avoir découvert, lu, le texte de François Vinsot, et avoir préparé sa publication, m'en suis allée à l'heure où la nuit commence à s'installer vers le théâtre du Chêne noir pour assister à un spectacle - que j'avais déjà vu, en 2012, pendant le festival à la Bourse du travail, que j'ai retrouvé avec un plaisir confortable mais réel – adapté, mis en scène et joué par Paul Fructus d'après les travailleurs de la mer de Hugo
retrouvé la sobriété et la force de son jeu, retrouvé la musique de Patrick Fournier à l'accordéon et Jean-Louis Morel au piano
et comme mon souvenir tout de même un peu flou gommait les éventuelles nuances d'interprétation, je reprends la vidéo de présentation de 2012

et dans la nuit installée suis rentrée, ai regardé des sottises, ai attendu de mettre en ligne le texte de François Vinsot, de lire les premiers vases (et de les aimer), de dîner, d'entrer dans la paix du sommeil.
Pour diverses raisons, ou sans raison, étais d'humeur boueuse ce samedi.. et en attendant la musique du soir, ai passé le jour avec la musique sortant de la boite et la redécouverte du livre de Hugo, que n'avais pas relu en entier depuis si longtemps que ne suis pas certaine de l'avoir déjà fait, retrouvant, au début, avec l'atmosphère du village (breton mais sauf la rudesse apparente de l'océan pourrait être de notre sud) pour poser le personnage de Gilliatt et sa mauvaise réputation – venu d'ailleurs, fils sans père, ne cherchant pas une fille, n'allant pas à l'église, presque riche ou pas pauvre... et cela, entre autres tares
Il arriva que Gilliatt fut surpris saignant du nez. Ceci parut grave. Un patron de barque, fort voyageur, qui avait presque fait le tour du monde, affirma que chez les tungouses tous les sorciers saignent du nez. Quand on voit un homme saigner du nez, on sait à quoi s’en tenir. Toutefois les gens raisonnables firent remarquer que ce qui caractérise les sorciers en Tungousie peut ne point les caractériser au même degré à Guernesey.
Aux environs d’une Saint-Michel, on le vit s’arrêter dans un pré des courtils des Huriaux, bordant la grande route des Videclins. Il siffla dans le pré, et un moment après il y vint un corbeau, et un moment après il y vint une pie. Le fait fut attesté par un homme notable, qui depuis a été douzenier dans la Douzaine autorisée à faire un nouveau livre de Perchage du fief le Roi. (moi j'ai fort goût depuis toujours pour Hugo)
et puis toute la richesse du texte (devriez tenter) mais pas tout, juste la moitié environ, et me suis arrêtée, après la chute du garde-côte, à la réponse que fait le capitaine Gervais à Clubin
Si c’était moi, je ne partirais pas. Capitaine Clubin, la peau des chiens sent le poil mouillé. Les oiseaux de mer viennent depuis deux nuits tourner autour de la lanterne du phare. Mauvais signe. J’ai un storm-glass qui fait des siennes. Nous sommes au deuxième octant de la lune ; c’est le maximum d’humidité. J’ai vu tantôt des pimprenelles qui fermaient leurs feuilles et un champ de trèfles dont les tiges étaient toutes droites. Les vers de terre sortent, les mouches piquent, les abeilles ne s’éloignent pas de leur ruche, les moineaux se consultent. On entend le son des cloches de loin. J’ai entendu ce soir l’angélus de Saint-Lunaire. Et puis le soleil s’est couché sale… 
Mais comme ma ville, même plongée dans la nuit, ne présentait aucun de ces dangers, m'en suis allée sans crainte vers l'opéra, un concert symphonique dirigé par Patrick Davin (grande silhouette élégante, et, ne l'avais jamais vu diriger, un pur régal pour cette façon d'exprimer, au besoin et besoin ressent souvent, comiquement, par chaque geste de ses grandes mains, de ses longs bras, de son corps dansant, gestres destinés à l'ensemble ou à musicien, et on imagine que l'expression du visage est à l'unisson, par chaque pli de sa queue de pie, chaque inflexion du corps, les sentiments, la musique)
avec l'ouverture de Peter Schmoll de Weber, pas merveilleux mais intéressant, solennité, piquotement du hautbois, malaxage de la masse sonore, tambourinements, mélange d'harmonie et de moment de laideur
avant l'arrivée de Fanny Clamagirand (jeunesse, charme, assurance, talent) et de son Matteo Goffriller (luthiste vénitien dont, je l'avoue, j'ignorais l'existence, de 1700, au merveilleux son) pour une belle interprétation du tant, trop, entendu concerto pour violon de Tchaïkovski, sa musique entre larmes et joie naïve, la force implacable du destin, le calme un peu plat du second mouvement dont elle a fait un ravissement et l'entrain, la joie dansante de l'allegro final. Ovations…
et plaisir grand, après l'entracte, de Schubert et de la symphonie n°4 en mineur et donc dite tragique (qui ne fut créée qu'après sa mort) et ma foi même si Brahms disait que les symphonies de jeunesse de Schubert étaient sans grande valeur artistique et qu'elles ne devaient pas être publiées, mais seulement conservées avec piété et peut-être rendues, accessibles grâce à des copies, même si ce n'est pas ce que je préfère de lui, je m'installe avec plaisir dans l'écoute et pas seulement par piété, parce que tout ce que donne Schubert est aimable à mes oreilles, parce que la fièvre de l'allegro laisse place à une force conquérante, perce que l'adagio débute en douce consolation et retrouve, après l'inquiétude, le recueillement, parce que le finale est un patchwork qui mêle délicieusement la fantaisie naïve, la danse, à un rappel d'inquiétude.
Applaudissements, sympathie salle/chef d'orchestre, rires
et en sortant, le bruit discret de l'animation sur la place du palais et les très artificielles étoiles qui dansaient sur l'ouverture du téléthon.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La musique est nécessaire
vitale
(même si, hier soir, il y avait deux portiques, pas du genre Palmyre, à l'entrée de la Philharmonie 2, ex-Cité de la musique),
et tant pis pour ceux qui ont les oreilles bouchées et le cerveau en capilotade.

brigitte celerier a dit…

nous c'était plus bonhomme, deux des ouvreurs et qui plaisantaient avec nous (mais regardaient tout de même, quoique dans mon cas avec une rapidité vexante)
je ne sais pas si c'est ce besoin mais il y avait une belle communion et écoute pour laquelle le chef d'orchestre nous a remercié (disant, ce qui n'est pas faux, que c'est une des qualités du sud)

jeandler a dit…

De la musique avant toute chose...


"De la musique avant toute chose,
"Et pour cela préfère l'Impair
"Plus vague et plus soluble dans l'air,
"Sans rien en lui qui pèse ou qui pose."

Arlette Arnaud a dit…

Itou chez Berling et adieu aux joyeux rassemblements devant le théâtreetretrouvailles des habitués ..mais salle très comble pour Machbeth ( notes )avec un Dan Jemmett en grande forme

brigitte celerier a dit…

très décontractée ici la pause cigarette et la circulation entre groupes en fête

Luc Comeau-Montasse a dit…

Pour sur
l'intelligence de la musique finira par pénétrer un peu dans ma boite en calcium si je continue à fréquenter ce lieu.

Gérard a dit…

...étais d'humeur boueuse ? je cherche, je cherche...et je m'enlise !

brigitte celerier a dit…

comme le faisais en vague maussaderie