mardi, janvier 26, 2016

Cotonneuse donc ce serait

mettre le chauffage à quatre heures du matin, se réveiller dans cocon encore un peu frais un peu après sept heures, monter le chauffage, promenade sur internet, s'allonger et se rendormir
ai tant tardé, et j'étais si tendrement lente en entamant le jour que, le sac de linge enfin prêt, au moment d'endosser ma canadienne, j'ai décidé que, ma foi, dans l'après midi, ou mañana plutôt, ce serait fort bien..
et puisque j'étais là, quiète, neutre, un tantinet vide mais peut-être pas tant, pourquoi ne pas essayer, à nouveau, de répondre à la proposition d'écriture de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4293 à dire si j'étais, mais voilà, bien entendu ces mots sont irrésistibles et mon imagination chatouillée lève la tête avec joie, seulement je butte chaque fois sur le titre penser directement en terme de structure et sur l'obligation, dès la première des quatre parties, celle qui pense je et qui pose le projet, d'en esquisser les modalités pratiques, et là, comme dans la vie courante, suis plus au rendez-vous (m'en tire dans la vie par des chemins de traverse, des bon ça pourrait marcher ainsi, sans vraiment structure ni élégance), c'est ainsi que j'ai été pendant deux ou trois jours décorateur de théâtre si exigeant que ne pouvais, surtout seule, sans le texte, le contexte, avec une tendance mégalomane à vouloir que le décor tienne lieu de texte, de metteur en scène, de scénographe et d'acteurs, arriver qu'à une proposition par trop étrange avec faisceaux de lumières colorées, masques et diverses autres surlignements – je refusais tout de même par principe et lassitude la vidéo illustrative – et d'un ridicule qui m'amusais mais un rien stérile.. j'ai été ensuite brièvement ébéniste, oiseau mais non, et nonne occupant ses mains pour guider son esprit en une seule direction...
Une idée a germé, qui commençait à prendre forme, semblait pouvoir enchaîner, encore très squelettique mais pourquoi ne pas essayer.. pendant que circulais entre les blogs, jusqu'à trouver, imagination semblant vouloir frémir à nouveau un peu, en autre direction, la présentation d'une série d'atelier d'écriture en ligne Inventer la ville chez Pierre Ménard http://liminaire.fr/liminaire/article/inventer-la-ville avec appui sur google street, et puis la ville, voyons, la ville c'est passionnant, bien sûr - et le premier Inventer la ville : atelier d’écriture en ligne n°1 fantasme d'une ville rêvée, une ville qu'on invente http://liminaire.fr/liminaire/article/fantasme-de-ville-ville-revee mais peu à peu, lisant, j'ai senti que les nuages moutonneux, blanc sale sur gris, qui avaient envahi notre ciel, s'installait entre mes yeux sur le texte et mon cerveau et le sens...
J'ai pensé là encore mañana, ai vaqué, ai lu, et reprends pour ne pas en rester à ces piteux renoncements, un ce serait, quelle qu'en soit la valeur ou la sottise, parus chez les cosaques des frontières http://lescosaquesdesfrontieres.com (en passant, puisque je parle d'eux et des éditions QazaQ, l'autre enfant numérique de Jan Doets, je me permets de vous conseiller d'engranger, pour dégustation lente de ces voix si le désirez, petits revenez-y et plaisir de culture, cartes postales de la Chine ancienne, les 135 poèmes choisis et traduits par Anh Mat http://www.qazaq.fr/pages/cartes-postales-de-la-chine-ancienne/ dans l'oeuvre de huit poètes ayant vécu – petites biographies en tête du livre - entre 365 et 1210)
pour en revenir simplement à Brigetoun
Ce serait – 47 - avenir
Ce serait une femme, ce serait un homme face à la nuit.
Ils seraient côte à côte, pas forcément ensemble. Mais tous deux penchés, un peu, observeraient, scruteraient l'indécision du monde.
Contre la limite bouffée de lumière, sur la profondeur obscure et le message des petites lueurs aux formes imprécises, ils se découpent, affirment leur réalité.
Ils seraient jeunes encore, ni très grands ni très petits, pas très fins, massifs sans excès, plantés fermement dans leur monde, aux rives de l'avenir qui se trouve là, brouillé, devant eux.
De lui il est difficile de décider s'il est venu là, pour ce concert, cette musique de chambre de compositeurs un peu oubliés, en sortant d'un travail qui ne nécessite pas le port de l'uniforme cravaté, s'il est ainsi vêtu par nécessité, s'il a choisi par dandysme ce style un peu négligé, vrai décontracté - mais ces vêtements semblent trop francs, sans griffe - et de deviner ce que cela peut dire sur son interrogation, but vers lequel s'acharner, espoir caressé avec le détachement de celui qui le pense inatteignable ou bifurcation dans un destin que l'on a choisi pour lui, que les évènements lui ont imposés.
Elle, avec ce manteau qui évoque l'artisanat, un retour aux étoffes brutes, avec une allusion à un folklore réinventé, pourrait être, peut-être avec générosité, ou comme une petite revanche, toute tendue vers une aspiration au beau, aux mots, aux idées, aspiration un peu vague qui se suffit à elle-même, jusqu'à ce que sa vie se fixe, jusqu'à ce que cette aspiration se fasse discrète, colore sa vie, lui donne un petit rayonnement apprécié par ses amis.
Ce serait la petite vieille, attendant la fin de l'entracte, bien à l'abri, de l'autre côté de la vitre, se ressaisissant, se reprochant cette curiosité et cette malveillance, et se demandant ce qui en elle a provoqué ce regard.

9 commentaires:

D. Hasselmann a dit…

Cocon, coton... ce serait une valse entre ces deux mots...

brigitte celerier a dit…

tout doux, tout doux

Marie-christine Grimard a dit…

J'admire votre énergie littéraire !

brigitte celerier a dit…

euh ! ben justement non

Arlette A a dit…

Bel exercice de style ! J'admire l'agilité de ta pensée imaginative
Bravo

brigitte celerier a dit…

Arlette, pourtant suis très en panne !

Elise a dit…

délicatesse pour ces inconnus et cet homme frôlés du regard et le regard ne faiblit pas, bienveillance comme concédée du bout des lèvres pour l'autre,la femme, beaucoup de charme pour une presque rencontre, sur le fil

brigitte celerier a dit…

merci pour cette jolie interprétation

Gérard a dit…

Ton sujet vitrine à tes mains dans le dos ...bien joué.