mercredi, janvier 20, 2016

mon mardi


Mon mardi s'est réveillé gelé, ou du moins je me suis réveillée gelée, et malgré une grande tasse de café brûlant à en perdre toute saveur, malgré une station prolongée, corps arqué au dessus du radiateur qui commençait à chauffer, malgré une friction énergique en sortant de la douche, c'est avec un oeil torve que je regardais le panier où se prélassait une dernière petite bintje. Ai entassé vieux débardeur de soie, col roulé de coton, chandail de laine mousseuse, collant de laine, pantalon de gros velours, bottes, manteau, grande écharpe de lainage remontée sur ma bouche, enfoncé mes cheveux en chignon dans un bonnet de grosse laine, pris mon couffin et m'en suis allée, sous un ciel blanc translucide... pour constater, au bout de quelques pas que je m'étais trompée, qu'il faisait froid, bien entendu, mais nettement moins que ces derniers jours…
ce qui faisait l'objet des conversations joyeusement neutres autour des étals, ce qui m'a mise de trop bonne humeur, et j'ai un peu plus dégarni mon porte monnaie, un peu plus chargé mon couffin et mon sac que l'avais décidé (bon, ça durera plus longtemps, et ce sont nourritures simples et goûteuses)
émergeant des halles pour trouver un ciel délicatement et gentiment bleu.
La pluie est venue, brièvement dans l'après-midi, pendant que je tâtais la dernière proposition de l'atelier de François Bon sur le tiers livre http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4293, que je m'embarquais, suivant une idée qui m'était venue en cheminant, que je m'embarquais, m'arrêtais après le premier paragraphe, constatant que je me fourvoyais, que je fermais le fichier, pour un jour, plusieurs jours, ou un abandon...
pendant que je reprenais PIQUETURES de Christine Jeanney, le dernier texte publié par les QazaQ http://www.qazaq.fr/pages/piquetures/, relisant avec attention, pour, voulant choisir un passage à poser, demain soir, sur mon second blog, dépasser - ce qui est toujours le risque que je cours avec la densité qui sous-tend le charme de son écriture - le plaisir immédiat, pour éviter de négliger ce qui se trouve sous les associations de mots et d'idées, de passer au large d'allusions, de ne pas goûter totalement la profondeur pudiquement renvoyée hors de la lumière.
Il y a bien entendu, pour excuser éventuellement cette lecture charmée mais légèrement dénuée d'attention, ce qu'elle annonce d'entrée
Chaque fragment existe de façon autonome et peut être lu comme tel.
Chaque fragment autonome existe aussi en regard des autres, et peut-être lu comme appartenant à un ensemble, un peu à la façon d'un dessin formé de lignes et de vides qui existent séparément mais qui, une fois réunis, font assemblage, comme ce jeu enfantin où l'on traçait des lignes pour faire se rejoindre des points numérotés: à la fin, au lieu d'identifier la silhouette d'un loup, d'un lapin, d'un avion, on verra se dessiner je ne sais quoi que j'appelle PIQUETURES.
C'est aussi une forme de saut de puce : du plus près (la vaisselle, la fenêtre, la rue) au plus loin (des villes dont je ne sais pas écrire le nom, gens éloignés parce que vivants là-bas ou y ayant vécu en des temps aussi éloignés qu'eux, qu'on ne peut plus rejoindre,temps et gens inconnus) (peut-être que les sauts de puce, contrairement à ce que je pouvais penser en écrivant, font du sur place, ou peut-être que le proche est lointain, et le lointain tout proche).
mais comment ne pas céder et cheminer au ras du plaisir en rencontrant des moments de poésie pleine de fantaisie, des thèmes dits sérieux, grands, et puis la description d'une vaisselle que je vous recommande, ou la lutte qui se déroule sur la terre, sous les feuilles de votre jardin, en goûtant le charme, tout personnel, de, par exemple :
quel est ce rose si rose
dérive de magenta du nom
d'une bataille sur autre
péninsule rose et vert et pigments..
ou de
la brume estompe, le découpage des arbres est imprécis, les grands aplats coups de pinceaux, si bleu si calme comme dit la récitation, des affiches brandies, marques de doigts, empreintes de pied, minorités chassées et déplacées, cette terrible rumeur là (non, pas si paisible)...
et puis comment ne pas prélever, outre l'endroit, le paragraphe sagement aligné à gauche, le poème qui le suit, s'appuyant sur la droite de la page..
alors ma foi ai fait une cueillette, un peu au hasard, sans doute un peu trop longue, juste de quoi culpabiliser en me sentant un peu pillarde (ça se dit, crois pas, tant pis), vous verrez jeudi si le désirez.

4 commentaires:

Arlette A a dit…

Mais non, tu partages c'est différent Tu ouvres d'autres portes comme ce passage des points et des lignes qui se rejoignent
(Adore cette idée -image)

Dominique Hasselmann a dit…

Il y a aussi le piqué ou le piqueté de vos photos qui, rassemblées imaginairement, se relaient, se rappellent et font bon ménage...

brigitte celerier a dit…

grand merci à vous deux
êtes doués pour voir (même ce qui est surtout en vous peut-être :-) )

Gérard a dit…

je m’arrête aux silhouettes de feuilles ..sous le poisson