samedi, janvier 09, 2016

On dirait que


On dirait qu'au réveil le gris se serait dissipé, que de ravissants nuages nageraient dans un espace bleu au dessus du jardin, perdant lentement leur maquillage rose du petit matin.
On dirait qu'à l'heure paresseuse du petit déjeuner, quand les machines intérieures se mettent en place, une discussion aboutirait à la décision de la visite d'une exposition dans la grande villa pacha, après un déjeuner dans une brasserie au dessus d'une plage, de l'autre côté de la rade. On dirait qu'une jeune femme déciderait de faire la traversée en bateau avec l'enfantelet pour la joie de celui-ci et qu'une petite vieille en retrait serein, yeux caressant des branches de mimosa pendant qu'elle tentait de venir à bout d'une bouchée – l'était trop grosse mais il fallait éviter de laisser tomber la petite colline de merveilleuse confiture d'orange glissant sur le pain – se dépêcherait d'avaler et d'une voix étranglée demanderait la permission de les accompagner, l'avait jamais en tant d'années eu ce plaisir, ne connaissait que les bateaux pour les îles d'or et de tout son corps avait envie de sentir une coque sous elle.
Pendant que de fins nuages gris se superposaient, circulaient entre les zones de ciel libre, sont montés dans une voiture, sont sortis du parking devant les maisons de la basse ville, ont effleuré les étals du Cours Lafayette,
et, les joues légèrement frappées par un reste de vent, ont fait quelques pas sur le quai jusqu'à l’embarcadère des navettes, se sont installés à l'extérieur, à la poupe, ont regardé les gens qui montaient comme on monte dans un bus pour rejoindre leur travail ou leur maison, ont bien fermé le blouson de l'enfantelet, non pardon le petit garçon, et noué son écharpe.
Il y a eu une petite main qui recherchait la main maternelle quand des trépidations ont secoué le plancher, le banc, les corps et puis un petit rire de ravissement. Il y a eu un salut aux grues (encore un amoureux de ces flèches colorées) et puis la mer frissonnante, la côte qui changeait de forme, dévoilant les bateaux gris, l'adieu à la Tour Royale,
les jetées, les petits ports, les visages baignés d'air iodé, les narines qui palpitaient, le sillage, le moment où le Coudon est apparu (là c'est la petite vieille qui a salué rituellement sa première idée de montagne)
le fort Balaguier, la beauté de la rade, la plus belle - non pas du monde puisqu'il y a Rio et oui c'est vrai Halong – mais ce sont des baies – la plus belle donc, c'est décidé, d'Europe.
Il y a eu les parcs à huitres, les grandes villas aux styles hétéroclites parsemées sur les collines boisées et l'arrêt à Tamaris,
et puis, un peu plus loin, le terminus, les Sablettes, à côté d'un chantier à demi abandonné. 
Ils sont descendus, ont été attirés par des chapiteaux, sont restés accrochés aux barreaux sans pouvoir réveiller ce qui est une école du cirque... et je les laisse là.

8 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

que c'est beau ! belle journée à vous

brigitte celerier a dit…

oh merci ! à vous également

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour cette bouffée d'air marin !
Beau samedi à vous.

Arlette A a dit…

J'aime tant voir mon quotidien par tes yeux... et tes mots aussi charmants que " l'enfantelet"

brigitte celerier a dit…

ça bat quand même la navette entre ma rive et la Bathelasse !

Gérard a dit…

la plus belle d'Europe ? j'en reste bouche "bée"

brigitte celerier a dit…

tu ne savais pas que
qui se lève de Toulon se lève de la raison ?

Arlette A a dit…

J'affirme !!