lundi, février 15, 2016

Assise dans des théâtres

ciel gris mort et carreaux mouillés en émergeant tardivement du sommeil
vaquer entre efficacité et distraction
et partir vers trois heures et demie, sous ciel pur et en belle lumière, 
pour aller au théâtre des Carmes, chez André Benedetto (qui reste avec nous par son nom ajouté à celui de son théâtre), pour un spectacle organisé, dans le cadre d'un week-end de spectacles autour du vivre ensemble un peu partout en France, voulus par des conteurs et artistes à l'initiative de Dominique Declerc parce que nous ne pouvons pas rester sans rien faire...,http://www.sceneweb.fr/xclus-des-artistes-se-mobilisent-contre-lexclusion-a-avignon-paris-le-vigan-lille-nantes/ au profit, ici, de la caisse de solidarité du MRAP et de la Cimade, 
comportant, en première partie des extraits d'un texte d'André Benedetto à propos de frontières et de barbelés (ces barbelés invisibles qui sont un peu partout) «Partout dehors dedans les barbelés fleurissent» - entre lecture et brouillon de mise en scène - par Charlotte Adrien, Claude Dijan et Kristof Lorion, sur une musique de Sébastien Benedetto, les acteurs prenant de l'assurance peu à peu..
Ô voyageur venu de loin avec un seul espoir en tête. Héros d'une épopée que personne ne chante à sa juste mesure, nouvel Ulysse, je te salue et tous les autres avec toi qui t'ont précédé, qui te suivent, toutes et tous dans leurs habits de misère. Approche un peu. Que j'accroche sur ta poitrine la médaille du grand mérite et de la valeur universelle. C'est un soleil. Et il brille sur toi et je te donne la solide accolade de la reconnaissance à long terme.
...
Et maintenant, nous allons nous mettre au travail. En venant nous rejoindre, je sais, moi petit-fils de métèque, que tu n'avais qu'une seule idée en tête, ô métèque, celle de gagner ta vie, ton pain, celui de ta famille, et moi de même. Alors il ne nous reste plus qu'à nous y mettre ensemble et ça va être dur. Que cette couronne de barbelé fleuri te rappelle toujours ce que tu as franchi pour retrouver toute ta dignité. Humaine. Et moi de même. Bravo et en avant! Nous allons tenter de nous libérer, de nous dégager...
et en seconde partie des contes, chants, poésie de Aïni Iften, Michel Roure et Jihad Darwiche, mais comme carcasse tirait un peu, que je ne savais pas exactement quelle heure il était et que je devais repasser par l'antre, suis partie un peu avant la fin après un conte, savoureux comme les figuiers et la figue qui en était le prétexte, dit par Aïni Iften, et la récitation de deux poèmes de Mahmoud Darwich, en arabe par Jihad Darwiche (avec un e), en français par Aïni Iften et Michel Roure, m'éclipsant discrètement (place prévue pour cela) pendant les applaudissements,
avançant les yeux fixés sur les nuages en les soupçonnant de vouloir se rapprocher.. ai sermoné carcasse, préparé dîner en notant ceci et en faisant trop cuire ma morue, fait un petit tour sur internet, et suis repartie
vers le théâtre du Chêne noir pour le second des spectacles de danse que j'avais prévus, un spectacle de Sang-Chi Sun, taïwanais installé actuellement à Berlin, Uphill qui a remplacé le spectacle prévu, annulé ou retardé (il semblerait que là bas aussi des questions de crédit – ici déjà deux des spectacles de théâtre que devais voir annulés pour cette raison), un trio dont le programme disait trio d’une beauté pure et simple, à la frontière entre le jeu, la provocation et la confiance. La musique, puissante et rythmée, presque palpable, envahit l’espace. Shang-Chi Sun révèle ici toute la force et la richesse de son langage chorégraphique. Comme les cycles de la nature, les situations et les constellations se répètent mais ne sont jamais les mêmes. Seule demeure le désir de l’autre, de l’ami, du frère, de l’étranger ou peut-être aussi de l’ennemi.

mais je suis ennuyée pour en parler parce que carcasse qui continuait à jouer des siennes a décidé de courtes, très courtes puisque je ne tombais pas, absences, et que je réalisais busquement que je considérais les épaules de l'homme assis devant moi, et puis, ayant redressé tête et un bon peu du buste, je voyais trois danseurs groupés, mélangés, se raccorder comme pouvaient au couple portant/porté devant un personnage immobile au fond de scène, ou à toute autre configuration, j'essayais un moment d'ajuster esprit et regard, pendant une dizaine de minutes, plus ou moins, avant la coupure suivante... ai aimé que, au moins à mes yeux, la personnalité de chaque danseur (deux de type européen, barbus et le chorégraphe) soit affirmée, un grand et beau force tranquille, un moyennement grand être un peu perdu, secoué parfois de ce qui semblait être de la détresse, et l'humour discret du taïwanais (formidable danseur de surcroit) mais en gros je pense que l'on peut dire que je suis passée un rien à côté. De belles choses, l'amorce de sentiments baignant dans une gratuité parfaite, provenant sans doute du brouillard entre eux et moi. Et les stridences de la musique, contre laquelle on proposait des boules Quies ne m'ont absolument pas gênée.
Retour dans la nuit et le froid sans intensité, et là, maintenant, bien entendu, suis en train de me réveiller complètement. 

3 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Ces boules Quies que l'on distribue aux concerts (récemment pour Stockhausen à la Cité de la Musique - qui devrait récupérer un jour son nom d'origine après l'affront marketing de la "Philharmonie 2"), c'est comme si on nous donnait des bandeaux noirs à l'entrée d'une expo de Hartung...

Mais quelle activité de votre part !

brigitte celerier a dit…

entre deux sommes - n'arrive toujours pas à me réveiller ce matin

Arlette A a dit…

Les ombres révèlent les détails invisibles ( la lanterne) comme bien d'autres choses aussi