dimanche, février 14, 2016

Pluie et danse


Avignon ce samedi matin était à l'image que je me fais du pays, tristounette..
ai cueilli les couleurs que trouvais (et ramené quelques pommes que je n'ai pas cueillies)
s'en sont allés les nuages, la ville a commencé à sécher, et le soir suis montée vers l'opéra pour le premier des deux spectacles pour lesquels j'ai des billets parmi les seize de notre petit festival de danse les Hivernales, (et j'ai eu beaucoup de chance dans ce choix à l'aveugle) spectacle proposé par la Compagnie Marie Chouinard (Montréalaise), comportant deux pièces inspirées par Satie et Michaux – spectacles beaux et intelligents dansés par des gens minces, jeunes, beaux et «aguerris»
les gymnopédies (sur les gympopédies 1, 2 et 3 de Satie) donc – un plateau nu, un rideau au fond, un piano vêtu de toile de coton au second plan droite, un groupe de formes emmaillotées de toile de coton grège au premier plan gauche) – une fille collant et haut noir entre, danse lentement et finit par danser avec le piano, s'assied, joue (se succèderont au piano deux ou trois des danseuses et un des danseurs) – des mains sortent au dessus de deux des formes, se mettent à danser, la toile tombe, deux corps nus se dirigent vers le rideau, se courbent, sortent.. suivis par deux, par deux, par deux.
Retour des danseurs vêtus de noir collant – les corps qui se déshabillent en scène, qui reviennent torses ou jambes nus, en maillots, nus, et pour la seconde gymnopédie avec l'ajout d'un nez rouge – et une très belle danse passant de la sensualité, de l'humour, à une superbe violence érotique.
Et puis quand on croit que c'est fini, après un salut s'enchaînent des moments de fantaisie très controlée, danses, gags, une fille qui fait de la musique en se frottant amoureusement sur un clavier posé à terre, des envols de toile, des entrées et sorties qui rebondissent... et cela dure, drôle, toujours beau, pour notre grand plaisir presque aussi longtemps que les gymnopédies.
Un entracte et Henri Michaux – mouvement à partie d'une série de dessins (projetés sur le fond de scène) de Michaux, que les danseurs tentent d'imiter, sur une bande son remarquable (m'a fait penser au texte de Michaux sur les sons destinés au Monde visionnaire) et de quelques cris ou bruits de souffle, 
d'un texte de 1951 que ces dessins accompagnaient et qui sera lu vers le milieu du spectacle par une danseuse qui s'est glissée sous une bande du sol en plastique souple, rejointe, en cours de texte, par la musique que Louis Dufort a composé pour le spectacle
Homme non selon la chair
mais par le vide et le mal et les flammes
intestines,
et les bouffées et les décharges nerveuses
et les revers
et les retours
et la rage
et l'écartèlement
et le décollage dans des étincelles
...
après cette lecture la danse, l'imitation des dessins, reprennent, mais en groupe cette fois, et plus violente, plus impulsive..
et puis, pendant que, dans le noir qui s'est fait, un couple danse dans une lumière stroboscopique (pas ce que j'ai préféré) une voix off (Marcel Sabourin) dit la postface de Michaux.
Maladroite tentative pour rendre ce qui est, à mes yeux, une belle réussite. (mots idiots, pardon)

3 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Belle alliance : la musique des notes de Satie, la musique des mots de Michaux, la musique des pas de danse...

Soirée cultuelle !

brigitte celerier a dit…

beau et intelligent (en plus j'étais à côté d'un grand trentenaire amateur de Michaux et avons sympathisé)
une très bonne soirée

Gérard a dit…

Un billet dense ..sous la pluie