mercredi, mars 02, 2016

Se calfeutrer et parler de portes

Le mistral nous avait fait ciel pur ce matin.
Se faisait plus patelin, rodant avec mesure, s'amusant à de brusques foucades
Après le déjeuner j'ai cru sentir que j'avais froid.. et j'ai découvert que mon radiateur, sans prévenir, avait décidé de mourir.

Renoncé, cette fois encore, à tenter de faire intervenir l'agence et le propriétaire, recherche téléphonique (le précédent fournisseur n'existe plus) pour trouver, hors les murs un remplaçant, et la possibilité d'une livraison.
Ai pris manteau, bonnet, ai gravi la marche qui est symbole de porte, de seuil pour ma chambre, 
ai vérifié l'angle du bonnet sur le pas de la porte de mon cagibi de douche,
ai ouvert mon horrible porte blindée,
ai descendu l'escalier raide, passé la porte sur rue, attendu un taxi, rencontré gens charmants, choisi le nouvel appareil, pris rendez-vous pour ce mercredi en fin de matinée (restera à trouver quelqu'un pour évacuer l'ancien)
et m'en suis revenue, le mistral faiblissant, se faisant de moins en moins rude dans ses taloches, pour s'endormir presque complètement quand j'ai atteint les remparts au bout d'une trotte le long d'une avenue ingrate pendant trente cinq minutes...
et un quart d'heure plus tard ai retrouvé la porte de l'antre, sans envie de chercher idée pour paumée.
Alors, pour rester dans les portes, je reprends ma contribution, pauvrette, au dernier atelier en ligne de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4307

les portes pour mars
Une grande pièce claire ; très grande ; trois fenêtres donnant sur un jardin à l'abandon ; abandon méditerranéen ; pas de fouillis végétal, un peu d'herbe rase pelée, et des bouquets d'alfa, quelques marches écornées, une terrasse en béton ; quatre petits lits, tailles échelonnées comme celles des enfants, perpendiculaires à un mur ; un grand espace vide périodiquement encombré de jouets, objets, petites chaises ; une grande porte vitrée donnant sur le hall, la vie des adultes ; la poignée à la hauteur de l'aînée ; je la tire, je me glisse ; glisse vite à travers des années ; une toute petite pièce pour deux adolescentes ; ouverte sur les hauts de Lamalgue quand étaient sauvages ; un saut de loup et la colline au niveau de l'appui ; un blockhaus, des plantes de maquis, des fleurs d'ail, parfois un matelot et les gamins des immeubles ; nos deux lits parallèles ; lieu de complicité et de bagarres de mots et parfois de corps que je perdais immanquablement ; le bonheur du jour à partager pour nos devoirs ; et la porte, banale la porte, blanche, avec un bec de cane ; comme toutes les portes de l'appartement d'ailleurs ; comme les quatre portes du couloir où sortir ; au coeur d'un parallélépipède blanc ; et la porte toujours ouverte au bout ; pas toujours mais quand était fermée c'était signe qu'il fallait faire détour par la cuisine sur le côté ; ma mère recevait, canapé près de la porte fenêtre sur le large, petite table, une rose mourante et un plateau whisky et thé ; sinon traverser la lumière du séjour ; vide dans la matinée, ou des passants ; l'appartement, le plus petit de ceux que fréquentions, était le repère des amis ; entraient, s'installaient ; une porte ouverte sur le petit carré, table pour téléphone, un rayon de livres, la porte de la cuisine, face à celle du palier ; et la porte de l'appartement sans différence avec les autres, si ce n'est qu'elle était fermée la nuit ; une cage d'escalier lumineuse ; marches de pierres blanches ; grandes fenêtres ; vitres entourées de fer peint en vert, comme la rampe rigoureuse ; comme le métal de la porte vitrée donnant sur... devrait être sur de la terre, des agaves, un parking et une route dégringolant, depuis le groupe d'immeubles blancs, entre les pins, vers la mer ; depuis ce groupe d'immeubles que les plus jeunes officiers appelaient l'oflag suis propulsée par les années jusqu'à une chambre du Paris bourgeois ; moyen-bourgeois ; immeubles fin dix-neuvième dans ces petites rues qui dans ma mémoire sont noires de la suie des trains qui n'existaient plus, près du Pont-Cardinet ; murs beiges qui furent blanc cassé sans doute ; une cheminée de pierre noire comme dans les pièces privées de second ordre ; une table carrée pour y poser planche à dessin devant la fenêtre à petits carreaux masquée par un store de raphia ; la porte est blanc vieilli, divisée en panneaux comme des centaines de portes ; une poignée ronde en cuivre ; un couloir étroit, sans fin, sur lesquels ouvrent quatre portes semblables et la porte vitrée de la cuisine ; les rares amis qui y pénétraient disaient que ce boyau appelait un film d'horreur ; une porte généralement ouverte, tapissée du même papier rappelant vaguement du bambou déroulé ; porte ouvrant sur la partie réception, conçue pour les relations, la famille, hors les intimes les plus proches ; la clarté, les fines moulures ; un large hall sur lequel donnent d'un côté la porte simple de la chambre principale et les portes vitrées du salon et, en face, de la grande salle à manger assombrie par son vitrail dissimulant la cour ; une console ; une bibliothèque basse restauration ; au fond, derrière une grande portière en tapisserie, la double porte donnant sur le palier et le nombre ahurissant de verrous dont un est en fonction, outre la serrure ; un escalier d'ampleur mesurée, des panneaux, un carrelage vaguement orientaliste, un tapis rouge sombre à liseré noir ; une rampe de bois vernis douce à la main ; une cage d'ascenseur en fer forgé et une cabine en bois aux portes battantes ; une porte en biais pour la loge de la concierge ; une porte vitrée qui n'est pas encore commandée par un bouton, qui se referme automatiquement ; mécanique raide que l'on nomme groom ; un hall qui a juste la taille raisonnable pour ce type d'immeuble ; des pilastres peints en faux marbre veiné de rouge sombre et une double porte de bois verni ; commandée par un bouton, elle, et qui s'ouvre sur la petite rue mal nommée rue du Printemps.

7 commentaires:

Arlette A a dit…

Ah!! les portes ... qui se ferment , qui bornent l'espace
qui oppressent Vive les ouvertures même en courant d'air
D'ailleurs, Stanley - chat ne supporte pas les portes fermées

brigitte celerier a dit…

parle pas de courants d'air ! j'ai froid

Dominique Hasselmann a dit…

Le radiateur, porte de la chaleur...

PHILGIDO a dit…

L'occasion de vous dire combien j'aime vos textes, ici, et vos photos successives. Bonne journée.

brigitte celerier a dit…

Dominique, une porte qui diffuse.. (enfin j'en ai un petit dans la chambre, dont on sent la chaleur en se collant à lui) - heureusement il fait moins froid dehors
PHILGIDO, merci… devrait s'améliorer le jour

Hue Lanlan a dit…

des flashs de mots qui suggèrent scènes, portes après portes, j'espère que vous avez chaud maintenant avec le nouveau chauffage ! ;-)

brigitte celerier a dit…

livré il y a trois quart d'heures - ai mis plus d'une demi-heure pour le monter - pas beau - trop long mais chauffe