dimanche, mars 13, 2016

Traces – première

Journée claire, vent frais très modéré avec brusques foucades
encore gelée par le contact de l'entrée dans le jour j'ai découvert une petite fleur inconsidérément épanouie en avance (seule sur les branches)
et me suis gardée d'annoncer aux fleurs du rhododendron la mort prochaine qu'annonce la fuite de leur teint de rose
M'en suis allée un peu avant seize heures, sous un ciel très légèrement voilé,
vers le cloître Saint Louis, avec petite prière rituelle pour la survie de ses platanes, pour voir la dernière exposition organisée par la Maison des arts contemporains d'Avignon http://www.mac-a.org
Pascale Kuenz, commissaire de l'exposition, a réuni cinq artistes, présentés à l'entrée de la salle du rez-de-chaussée en un petit regroupement circulaire, comme sur un manège immobile qui ne garde de mouvement que celui de petits papiers, portraits etc.., (ici Claude Quentelo) rassemblés sous le titre de Traces
Ephémères ou durables, ritualisées, sacrées, données à lire, signes, écriture première…. Empreintes et traces provoquent questionnements et interprétations. De l’étonnement à l’intention, elles mettent la réalité à distance et induisent un nouveau regard sur les objets.
En explorant les techniques d’empreintes, on prend conscience du phénomène de marquage, de la relation cause-effet entre un élément choisi et le signe créé par action sur un support. Formes multiples, elles sont des images en devenir….
Et si, pour les quatre femmes, Claude Quentelo donc, Anne Carpena, Hélène Courset et Florence Gosset, le portrait, avec un petit texte de présentation au verso, est pendu près d'une petite oeuvre posée sur un mini chevalet, pour Michel Delhaye il s'agit du premier des quatre (je crois) mobiles colorés qui se succèdent devant les fenêtres.
Sur la petite feuille ramenée de l'exposition
permettre au présent de retarder l'inévitable oubli :
une empreinte que l'on garde, une trace que l'on retrouve et qui se prête à un travail permanent de mémoire et d'intériorisation du monde.
Avançant dans la salle, Anne Carpena http://annecarpena.wix.com/
Un journal d'impression.. Une empreinte mémoire.. une vision qui émarge des songes.. Dessiner l'instant, trace du temps...
Place à l'inconscient et au dessin d'une trace qui s'incise dans la matière et se mordore pour prendre corps. C'est dans la continuité de la ligne que mon travail s'inscrit sous forme d'un parcours dessiné, gravé, imprimé.
De trait effleuré au trait incisé, du vide au plein, du réel au rêve, je reconvoite la trace, la transforme, la révèle
trois versions de Voluptarem 2/la dévoration (encre taille douce et pastel sur japon marouflé sur toile) – la troisième outragée par un reflet de lumière
comme l'est la démasquée.
Et, sur le mur face aux fenêtres, à sa suite, une facette de l'oeuvre d'une des trois artistes que j'ai préférées, si délicate que les photos sont un petit défi et ne permettent pas de goûter pleinement le tracé, le geste du pinceau, Claude Quentelo http://www/quentelo.com
Haïkus volants triptyque – encre de Chine, pigments alu et bleu sur toile
des ondes vibratoires, une force architecturale et musicale animent les oeuvres d'une artiste qui sait faire résonner longtemps les silences, susciter durablement les émotions, éveiller de multiples réminiscences.
et Hélène Courset (la seconde des trois) 
Dans une démarche sensible et abstraite, j'inscris sur le blanc de la toile d'innombrables traces noires ou colorées : lignes et rythmes, maillages ou tressages, animent ainsi l'espace et cherchent leur équilibre..
Ces sensations visuelles, fragments poétiques de séries improvisées puis sériées, traduisent l'indicible du réel qui m'entoure http://www.artmajeur.com/fr/artist/courset
la dernière des oeuvres présentées dans cette salle posant elle aussi un défi à mon appareil qui a peiné à saisir ces coups de pinceau sur verre presque ton sur ton, avec l'handicap supplémentaire du reflet de la fenêtre.
Tout le fond de la salle est occupé par celle qui finalement est ma préférée (des trois préférées, donc) Florence Gosset
sur sa page Facebook Empreintes sur papier de soie, sur toile ou sur bâche…Les monotypes de Florence Gosset s’accrochent sur les murs mais aussi aux branches du jardin
avec donc, pour le papier de soie un accordéon de six grandes empreintes intitulé Garde à vue et toute reproduction est une trahison de ces oeuvres où joue la lumière (empreintes sur les deux faces avec légers décallages)
et pour les acryliques sur bâche deux forêts de bouleaux
et puis je reste pour ce soir à la porte de l'escalier montant vers les étages, les oeuvres, trop paresseuse pour trier la masse de photos, d'autant que mon appareil avait un hoquet prononcé...
mais, j'abuse de l'endurance des passants, et pose ici une vidéo que j'ai comise à partir du début d'un «ce serait» édité par les Editions QazaQ http://www.qazaq.fr/livres-et-auteurs/ (devriez piocher autre chose dans la déjà belle collection), que j'en avais passablement honte mais que, revenant pour tenter de comprendre comment la supprimer, j'ai constaté quelle avait été vue et avait même été marquée de quelques like (alors un peu étonnée l'ai vue d'un autre oeil, l'ai diffusée sur twitter et Facebook et la reprend ici...)
et maintenant m'en vais voir si internet s'est un peu réveillé
et puis m'installerai pour la soirée, le début de la nuit, avec un cadeau reçu (remerciements chaleureux réitérés)
pour m'y promener à loisir, avec attention
après ces premiers vers
Tu reviens toujours, mélancolie,
O douceur à l'âme solitaire.
Pour sa fin s'embrase un jour doré.

Humblement devant la douleur
S'incline celui qui s'est fait patience.
Résonnant d'harmonie et de tendre folie.
Vois ! Il va faire noir déjà...
et, de fait, il fait noir.

8 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour cette visite et toute la lumière qui émane de vos partages !

brigitte celerier a dit…

et grand merci pour votre passage en cette période d'internet désertique..

Arlette A a dit…

Comme les traces éphémères, comme le rayon de soleil d'un instant qui se joue sur ta photo , et que " les mains" que tu proposes essaient de retenir dans un embrassement très fort au son profond de ta voix
Très beau billet Merci

brigitte celerier a dit…

merci
(pour les mains, le souvenir de la Brigitte pré-adolescente en plein mysticisme)

jeandler a dit…

Il y a de l'éternité dans l'éphémère...
caché dans les replis de l'inconscient.
Me réfugie en ce moment dans la nouvelle biographie de Montaigne de Christophe Bardyn. Parfait pour des temps troublés que nous traversons. Je n'en décolle pas.

brigitte celerier a dit…

à mettre dans mes intentions de lecture.. pour plus tard (finances et temps)

Dominique Hasselmann a dit…

Des femmes artistes, il est bien qu'elles soient mises sur les cimaises (on ne réclame pas la parité obligatoire) et ces traces saisies - ou joliment resaisies par vous - qui leur donnent un nouveau prolongement, comme votre vidéo brève et profond.

brigitte celerier a dit…

merci pour la vidéo
programme du jour, lavage cheveux repassage et ne sais comment les deux salles 1er et 2ème étage de l'exposition