mercredi, avril 06, 2016

jour terne et faits divers

la ville trempée,
morne, engourdie, malgré
le secours des fleurs
et une Brigetoun qui ne s'aime point ni ne croit en soi,
hésite à lire une nouvelle proposition d'écriture de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3653 (même si séduisante) avec l'idée d'y répondre
mais, puisque les six premières contributions à la précédente, écrire avec... Laurent Mauvignier, caméra subjective sont en ligne, reprends, en attendant de décider si je continue, mon petit texte
il s'était allongé en rentrant, tôt, le chantier n'était pas loin, il regardait le plafond, il s'habituait au pays, aux gens, à cette chambre dans les combles, il était seul, la boulangerie où travaillait sa voisine, l'autre locataire, ne fermerait que dans deux heures, Jacinto le propriétaire rentrerait plus tard, il bossait à Suresnes, une autre ville du coin, il savait qu'il devait prendre un bus, il avait croisé en arrivant Felicia, la femme, qui partait à son second travail, n'avait pas compris exactement où et quoi, dans une famille comme les matins, ou.. c'est vrai non ce devait être chez un vieillard, il a entendu le portail du petit jardin claquer en se fermant, un bruit de talons sur les dalles de ciment, et puis la porte de la maison, un appel, ça devait être la fille, il ne pensait pas qu'il était si tard, mais en fait c'est parce qu'un professeur était malade, elle était rentrée plus tôt que d'habitude, dans le petit couloir d'entrée elle a vu l'imperméable de son père accroché au porte-manteau, elle s'est étonnée «Papa ?», il n'était pas dans la grande pièce, la porte de la chambre des parents était ouverte sur du vide et il n'était pas non plus dans la cuisine, en ouvrant un placard pour prendre la boite de gâteaux elle s'est demandée où.. voulait lui dire que... elle l'a cherché, dans le garage il n'y avait que la voiture, sous sa housse, mais la petite porte de l'atelier, son foutoir comme disait la mère, béait, ouverte, au fond, elle a commencé sa phrase en avançant et puis sans doute a-t-elle hurlé, elle ne s'en souviendrait plus après, et elle est resté là, elle ne bougeait pas, elle ne pensait plus, ne le pouvait pas, elle a tout de même entendu les pas de l'homme qui dégringolaient l'escalier, un juron, il y a eu son bras qui se serrait sur ses épaules et ils sont restés un moment, un blanc, immobiles, devant le corps qui pendait, il a pensé ne pas toucher, il a pensé - et il l'a dit en entraînant l'adolescente raidie hors de la pièce – prévenir, ils sont entrés dans le salon, il la guidait vers le canapé, en passant devant la table elle a vu la feuille – ses yeux l'avait négligée quand elle cherchait son père – elle l'a saisie, elle la tenait dans une main quand il l'a assise, il a répété, cherchant les mots français, prévenir, elle a hoché la tête et puis elle a regardé le papier dans sa main, elle a lu, à haute voix, en trébuchant, il l'écoutait, il a juré, a écarté les mains, elle a murmuré maman, un court silence, elle a secoué ses épaules, ou son cou, ne se rappellerait pas, seulement de cela : elle a bougé, elle voulait se reprendre, il le fallait, elle a attrapé le téléphone, c'est le vieux qui a décroché, elle a demandé à parler à sa mère et elle sentait que sa voix n'était pas comme il fallait, sa mère a dit : qu'est ce qui t'arrive ? tu es où ? et elle a lu la lettre, c'est seulement à ce moment qu'elle a découvert les mots qui adoucissaient qui disaient adieu qui voulaient demander pardon, elle n'avait retenu que cela : il avait perdu son travail, il avait honte, sa mère a hoqueté et puis interrogé : il est où ? alors elle n'a pas pu s'en empêcher, les pleurs sont venus lui briser la voix, il y a eu un petit cri, non pas un cri, c'était faible, comme un minuscule sanglot étouffé, elle entendait le vieux qui posait une question, sa mère qui calmement, très bas, répondait, expliquait, à mots rapides, durs, neutres, revenait lui demander si elle était seule, lui disait j'arrive, lui disait demande lui, à l'homme qui était là, de prévenir la police, lui disait ne fais rien, attends moi, ma chérie, il y a eu un brouillaminis doux de mots du vieillard avant que la communication soit coupée, elle a regardé l'homme qui attendait, elle a pris un papier, elle a écrit ce qu'il devait dire pour qu'il ne s’emmêle pas dans les quelques mots qu'il connaissait, elle l'a entendu sortir, elle a commencé à attendre sa mère – elle n'osait penser à elle dans la rue, seule, se précipitant – et son frère, mon Dieu oui il ne savait pas.  

9 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Jour terne ?
Je vois pourtant de belles couleurs dont un petit carré rouge, symbole des jeunes aux nuits debout (jolie coïncidence)...

brigitte celerier a dit…

j'espère qu'ils e vont pas s'enfermer dans l'entre soi

annaj a dit…

Je m'imisce dans petits interstices de cet arc en ciel corso fleuri

GERARD Françoise a dit…

Surtout ne pas s'enfermer dans le désespoir...

Gerard a dit…

Même les poubelles ont de belles couleurs

Dominique Hasselmann a dit…

Les couleurs brillent même la nuit...

brigitte celerier a dit…

la pluie aide

Arlette A a dit…

De la poussière du chemin naît la lumière des fleurs .. de mots en mots

Hue Lanlan a dit…

les couleurs des poubelles feraient presque oublier qu'elles sont poubelles