dimanche, juin 05, 2016

Mon fleuve sage


regardant surprise, effarée, ahurie, ces jours ci les photos et vidéos des inondations dans le centre et en région parisienne, avec parfois un honteux plaisir esthétique, avec des moments d'amusement, avec un reflet de l'effroi ressenti par ceux qui regardent l'eau monter, insidieuse et obstinée, avec compassion pour ceux qui découvriront, subiront, les dégâts lors du retrait.. je m'appuyais tranquillement, confortablement, sur l'idée que notre fleuve, ponctionné, civilisé, en avait fini avec le temps où il se vautrait dans la ville, jusqu'aux Corps Saints et au delà, et d'abord, d'où le nom de ma rue, dans mon bas quartier près de la rive.. 
(quoique recherchant des photos du début du siècle sans vouloir les chiper à l'ami Michel Benoît http://avignon.midiblogs.com/archive/2016/05/19/cent-an-apres-placo-di-cors-sant-852571.html pour en rester à la plus récemment publiée, n'ai pas suffisamment cherché pour retrouver celle des barques rue du Limas, je tombe sur cette belle photo prise il y a treize ans sur les allées de l'Oulle, de l'autre côté des remparts – salut en passant aux platanes sacrifiés cette année…)

et donc, ce matin, sous un ciel faiblard, dans un air tendre, ai rejoint le pont pour suivre le petit chemin de berge entre les voitures et le fleuve, 
là où fut prise en 2003 cette autre photo publiée par Midi Libre http://www.midilibre.fr/2013/12/03/il-y-a-10-ans-le-rhone-en-crue-noyait-le-gard-rhodanien,792024.php
et j'ai bricolé une petite vidéo un rien brinquebalante qui n'a pas la qualité ni la force étrange de celles prises dans le Loiret, à Paris (voir le billet de Dominique Hasselmann https://hadominique75.wordpress.com/2016/06/04/la-seine-fait-encore-des-siennes/) de mon fleuve coulant sagement – ne le lui ai pas dit, de peur qu'il ne se sente offensé dans sa dignité de fleuve suprême, du moins à l'échelle de la France - dans le bruit plus fort que je ne le réalisais du flux des voitures tournant autour des murailles (sans dommage pour elles, n'ont pas ce pouvoir) – 
moi je n'entendais que les oiseaux…
J'ai cueilli/arraché quelques fleurs entre les voitures garées sous le rempart, avant de passer la poterne pour les poser dans un trou du mur des offrandes,
et aux touristes perdus qui m'interrogeaient j'ai dit le mur, et la prison - et comme je leur parlais, n'ai pas vu ce que je photographiais et n'ai que les trous vides du mur -, avant de les envoyer aux Doms (la femme me demandait la grande statue dorée sur une tour)...  
avant de revenir par la rue des trois colombes... de passer à la Mémoire du monde pour m'offrir, enfreignant mes résolutions, le dernier Echenoz et de regagner l'antre.
La pluie est venue, rituellement, à l'heure où pensais à arroser.

7 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Nous avons le même un peu en amont...
Pourvu qu'il le reste, sage !

brigitte celerier a dit…

oui pourvu
ey je le domine de moins haut que les quais de Lyon (mais entre temps il est très affaibli je pense)

Dominique Hasselmann a dit…

Le ciel semble quand même menaçant au-dessus de ce fleuve tranquille et qui respecte les voies de jogging...

Je crois que c'est surtout le Gard qui fait de temps en temps des sienns (merci pour le lien vers la vidéo parisienne) : bientôt chez vous une autre scène !

brigitte celerier a dit…

l'est plus sauvage, moins civilisé et utilisé le Gard
enfin je ne me souvenais plus, mais 2003 c'est pas si loin

jeandler a dit…

Alors que le déluge semblait n'avoir pas de fin, une colombe tenant un brin d'olivier en son bec vola de ci de là cherchant terre où se poser...

Arlette A a dit…

Te voilà guide - archiviste - historienne!! Un bel article Bravo

brigitte celerier a dit…

archiviste, historienne : avec le bout d'un orteil alors