jeudi, juin 16, 2016

un refuge

un refuge que ne nécessitait pas le jour,
bien sûr, quand suis partie portant draps, quand suis revenue encombrée par draps, deux housses de couette, un manteau, deux jupes
le ciel bleu était maculé de grosses masses blanches, la lumière si douce, la tiédeur de l'air si modérée que presque absentes
et seuls claquaient les roses des lauriers, mais des longues éclaircies sont venues en début d'après-midi, ai ronronné sous le soleil dans la cour et c'est presque souriante qu'ai vaqué, sans trop de bêtises, ayant décidé fermement d'ignorer, pour ne pas bouillir dans mon coin inutilement, ce que j'avais commencé à entendre à l'assemblée..
seulement, comme je ne pensais guère à paumée, j'ai recours au plus ancien des ce serait publiés sur les cosaques des frontières https://lescosaquesdesfrontieres.com qui ne l'ont pas été ici et il a nom
Ce serait – 59 – un refuge
Ce serait ce goût, ou ce besoin, qui m'est resté depuis mon adolescence, d'un retrait, d'un endroit où disparaître, ou laisser choir la personnalité sommaire comme en avons tous dans un groupe désassorti, le rôle qui m'est attribué, d'un cadre autre où me rencogner dans l'hébétude ou l'envol à la poursuite de mon imagination.
Ce serait, derrière une des haies qui bordaient la pelouse étendue devant la terrasse où nous tenions tous pour paresser avec des tasses de café, pour goûter le crépuscule pendant que les enfants entraient dans la nuit, pour fumer seul, seule, ou non, en écoutant les voix filtrées par les rideaux, ce serait donc un endroit abandonné, un compost, un tas de bois et, plus loin, un petit cabanon de pierres sèches.
Ce serait une grosse serrure sur des planches décolorées, mais il suffirait de pousser la porte pour recevoir une petite bouffée d'humidité fraîche, rester un moment sur le seuil, s'habituer à la pénombre qu'entamait à peine, tendrement, la petite lumière pauvre traversant l'épaisse crasse des carreaux d'un fenestron, entrer.
Ce serait fouiner un peu, disposer au centre, dans l'espace presque libre, deux chaises décrépites, belles de leurs formes simples, des courbes tendues des dossiers, de la parure que leur feraient les restes de peintures mêlés au début de rouille.
Ce serait tout de même hésiter à y poser ma jupe blanche, fourailler, ne trouver que vieux papiers et un rideau de tulle roussi...
Ce serait sourire à un panneau orientaliste, refermer la porte et m'en aller...
Et puis revenir, un après midi, avec un vieux châle russe conservé en souvenir de la donatrice, et, dans un panier, une pomme et un gros livre.
Ce serait une heure, ou un peu davantage, en plongée, avec des échappées rêveuses, dans les Mille et une nuits, jusqu'à ce que des voix, de l'autre côté des arbres, me ramènent dans notre monde.
Ce serait laisser le châle, poser le livre sur un guéridon de tôle, longer silencieusement la haie jusqu'au petit étang, pour rejoindre les autres en ayant l'impression de conserver mon secret.
Ce serait penser à cet endroit lorsque la conversation m’ennuierait ou lorsque des répliques soigneusement refoulées me viendraient.. et ce serait y revenir chaque fois que le pourrais.

5 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Le mot de "réfugiés" a été abandonné pour celui de "migrants" (pourquoi pas "pèlerins de Compostelle" ?), dommage : chacun cherche et au besoin d'un refuge, pour telle ou telle raison, et il ne devrait pas exister une sorte de barême pour dire si tel réfugié a plus le droit de venir chercher la paix et la nourriture, ici ou ailleurs, qu'un autre.

L'art ou la littérature sont aussi des refuges.

brigitte celerier a dit…

alors qu'il est plus facile de susciter le refus du migrant, là dans le mot il n'y a pas d'accueil, juste une possible intrusion

jeandler a dit…

Si l'on suit la pensée de Dominique, Facebook serait devenu notre refuge. Le dernier ?
Ce serait tellement triste.

brigitte celerier a dit…

ben pas pour Dominique, il ne veut en être (gère son temps et sa présence)

Anna Urli-Vernenghi a dit…

Ce serait... bien de rire avec vous.