jeudi, juillet 07, 2016

Avignon - festival 2016 - jour 1 - parade et les Damnés

matin sous petit vent et ciel bleu, une petite boucle en ville pour le Canard enchaîné fêtant ses cent ans et autres bidules (dont, honte, une robe très très vieille dame souriante)
les novices dans l'affichage apprenaient à leur dépens qu'il faut deux points de fixation.. 
et les taïwanais prenaient de l'avance sur la parade d'ouverture du off.
Navrance et colère contre la voix qui a manqué pour la motion de censure (pas très étonnée, spécialiste des critiques s'effilochant), et agacement ou plus devant les injures qu'ai lues à la volée contre Tous les socialistes..
Et puis prendre appareil, se vouloir joyeuse et partir, en notant à quelques signes que nous sommes entrés dans le festival sur le parcours des troupes du off (à vrai dire les acteurs des spectacles qui me tentent n'y participent généralement pas) pour le plaisir de l'ambiance. Attendre longuement que le gros boudin jaune très très loin de nous s'ébranle, plaisanter y compris quand bousculée, tenter de ne pas gêner, et puis parfois se dire et zut, saliver devant des appareils et leur laisser la place, photographier des dos sans intérêt et souvent sans charme, m'amuser, prendre moins de photos que l'année dernière mais encore beaucoup trop – alors avec les moins mauvaises bricoler une petite vidéo (sui m'a bousillé mes photos sur You Tube,

arroser pendant qu'elle s'enregistre, me changer, mettre jean, tee-shirt bleu pâle et la veste de smoking blanche achetée hier (oui j'ai pas été sage trois fois – par chance plus beaucoup de choses à ma taille...) et m'en aller, avec attente, petite interrogation parce que j'avais admiré la mise en scène, la direction d'acteur, la perfection d'un spectacle de Ivo Van Hove mais avait été gênée de la neutralité avec laquelle il se mettait au service d'un livre qui m'a semblé détestable (the fountainhead d'après le roman de Ayn Rand, posant sur un problème sa vision un rien tordue et très néo-conservatrice).

M'en aller donc vers le palais des papes, la cour d'honneur, les comédiens de la Comédie Française et les Damnés le spectacle qu'il a tiré du scénario de Visconti (aveu, je n'ai pas vu le film ce qui en l’occurrence n'a guère d'importance) – voir des files d'attente serpentant, aller de l'une à l'autre, en regardant les gens monter au compte-goutte (contrôles beaucoup plus sévère, même si à la fin, pour ne pas retarder davantage le spectacle ils se sont relâchés – et vexée je n'ai pas eu droit, moi seule ou presque, en ma qualité de petite vieille bien inoffensive, droit à la ballade le long de mon corps de la machine détectrice), ai trouvé un couple charmant (beaux de surcroit) qui sans que je demande rien, a décidé que nous étions amis de toujours ce qui m'a permis de resquiller pas mal de places…
Les Damnés donc (photos de Christophe Raynaud de Lage) que dire, que c'était un superbe travail, qu'on en avait plein les yeux (et même une escadrille des plumes versées pour se coller sur le goudron imbibant la peau de Sophie von Essenbeck ) et que le mistral tombant des murs me frigorifiait, me concentrait sur ce qui était devant moi, réduite à l'état d'un récepteur sensitif.. ah oui, de superbes acteurs aussi
devant le mur un écran sur lequel étaient projetés quelques courtes séquences d'actualité et des vidéos en direct, gros plans d'acteurs qui parfois étaient hors de vue (plateau borné à gauche par une série de coiffeuses avec des portants pour les vêtements à l'arrière plan, précédés de matelas en mousse.. et à droite par une estrade pour l'orchestre – sauf quand ils jouent sur une passerelle au dessus de l'écran – à côté d'un cercueil que l'on distingue mal, mais la vidéo y supplée dans lequel s'allongent les personnages liquidés, plus ou moins en sang, mais toujours très agités par le début de leur vie de mort) qui parfois superposaient leur visage en gros plan à un personnage auxquels réagissaient et sur lequel ils influaient, vidéo en couleur ou traitée, en noir, en sépia un peu flou, image comme rongée par un acide parfois, 
vidéo aussi – enregistrée auparavant - pour la nuit des longs couteaux montrant le groupe des SA dont font partie Konstantin von Essenbeck et son ordonnance lesquels rejouent leur partie, un peu décalée, sur le plateau, vidéo se promenant jusqu'au balcon de la chapelle en suivant Sophie à la recherche de son fils.. vidéos qui est loin de se borner au tic habituel des mises en scène en panne d'inspiration)
Dans le petit programme de salle Ivo Van Hove dit Dans mon travail, j'essaie toujours de lier une grande théâtralité à l'exploration de zones psychologiques complexes et d'émotions raffinées (raffinées mais qui n'en sont pas moins brutales, avec ce mélange entre des moments de courtoisie contrainte et de déchaînements d'une grande violence) Ce qui est intéressant dans les Damnés, c'est qu'on y expose des psychologies non pas «brutes» mais «perverties». Pour souligner la violence des personnages, on fera, paradoxalement, appel à la sensualité des corps ; la chair sera mise en valeur.
et sur la pièce, ou le scénario Pour moi, c'est la célébration du mal. C'est comme un rituel de mort....
et bien entendu cette montée du nazisme, la façon dont, à corps et coeur défendant, sauf deux convaincus ou qui le semblent, par ambition, par intérêt, par peur, par goût du pouvoir ils sont presque tous gagnés (les autres, ou ceux qui ont donné barre sur eux, ayant droit soit à l'exil, soit au cercueil qui attend à droite de la scène)
salut, tenter de remettre jambes contractées en marche, 
redescendre à l'abri du vent vers l'antre (un peu avant une heure) et tenter de noter à chaud ma réaction.. piteusement.

17 commentaires:

Anonyme a dit…

merci pour ce compte rendu -apparemment, on ne peut plus voir de pièce de théâtre sans qu'on nous inflige la nudité des acteurs : ainsi va le contemporain, sans doute...- et bon festival...

Claudine a dit…

Je vous souhaite un bon festival

Arlette A a dit…

Merci Brigitte entre ce que je lis et ce que tu vois c'est ubtout éclairant

Dominique Hasselmann a dit…

Le paradoxe, quitte à faire de la vidéo, aurait été de projeter en arrière-plan, le film de Visconti : on aurait pu faire la vraie comparaison.
Ce dispositif que vous décrivez me laisse sceptique (entend-on bien les acteurs ou est-on sans cesse perturbé par les images qui s'étalent ici ou là ?)...

Enfin, "votre" festival est désormais bien parti !

brigitte celerier a dit…

merci Claudine (un rien bousculée au moins les premiers jours)

Marie-christine Grimard a dit…

Belle ouverture et belles promesses à venir !
Bon festival à vous...

brigitte celerier a dit…

Dominique il n'y a qu'un écran et centré, en accompagnement ou contrepoint avec l'action
non pour une fois la vidéo est vraiment partie du spectacle
par contre, petit agacement, ils ont tous des micros accrochés au crâne, ce qui se généralise (à moins que le spectacle ait été enregistré hier soir, il doit être retransmis ces jours ci)

tanette2 a dit…

Je regardais ce qu'à bien voulu nous montrer la télé de ce début de festival en pensant à toi qui t'apprêtais pour quelques bons jours à venir. Je te souhaite de bons et agréables moments.

Anonyme a dit…

grand plaisir à entendre votre voix durant le festival - merveilleux festival à vous !
ana nb

brigitte celerier a dit…

merci (une journée très pleine devant moi- je go

jeandler a dit…

J'attendais une performance annoncée mais... je suis dubitatif devant ce compte-rendu.

brigitte celerier a dit…

Pierre si, fort et beau.. tenir compte de l'état lors de la rédaction (faim, sommeil, froid, encore dans le spectacle et essayant de trier)

Lavande a dit…

Colère et deception de n'avoir pas pu avoir de place alors que j'ai essayé dès l'ouverture de la billetterie internet.
19730 spectateurs ... et moi et moi et moi ?

Avez-vous des conseils pour le OFF?

brigitte celerier a dit…

a) je ne sais pas ce que vous aimez
b) j'essaie de ne pas être tentée dans le off, je réalise que carcasse va me faire renoncer à des billets que j'ai pris
c) je dirais (mais ne m'en voulez pas si vous n'aimez pas) l'Adamov de Timar à 11 heures au théâtre des halles vu ce matin, et là vraiment

crederae a dit…

bonjour Brigitte.
beau off!bon voyage.
belle photo encore et les morceaux de la psychologie qu'on tire ici.
Madeleine

Anonyme a dit…

La nudité des acteurs sur scène est devenue une chose banale, qui permet finalement de mieux les connaître, d'avoir une plus grande proximité avec leur intimité. Mais ce n'est pas la première fois, loin de là, que des membres de la troupe de la Comédie-Française expérimentent la nudité...

brigitte celerier a dit…

il n'y en d'ailler que fort peu et parfaitement naturelle cette nudité