dimanche, juillet 17, 2016

Avignon – festival – jour 11 – reconstitution carcasse, Espaece à l'opéra et premier spectacle Ali Chahrour aux Célestins

réveil en plusieurs épisodes, quasi définitivement – si suis parfois totalement réveillée – vers dix hures, lavage cheveux, tri vêtements à repasser, tourner en rond, penser Karamazov, hésiter, retourner en rond, et puis se lancer et pondre ce que pouvais, sentant combien insuffisant... mais mettre en ligne (pour moi et quelques passants) parce qu'environ une heure et faim, vaguement, cuisine, déjeuner, un peu de nettoyage cour, défriper uniquement une robe et deux écharpes avant de sombrer dans sieste…
émerger, s'ébrouer, préparer patates pour le soir (l'éternel recommencement) endosser vieux tube de fil d'Ecosse gris très pale et monter côte vers l'opéra
plaider avec une tee-shirt rouge un rien rigide, pour obtenir une place aussi loin que possible de la clim 
Espaece donc d'Aurélien Bory qui présente ainsi le spectacle sur le site de sa compagnie
Je choisis comme titre un mot qui n’existe pas. Qui n’a pas de signification. Qui doit sa forme à deux mots superposés, espèce et espace, contenus dans le titre du livre Espèces d’espaces de Georges Perec, mon point de départ pour ce spectacle. Cette superposition est celle que j’explore dans mon approche du théâtre : mettre l’espèce dans l’espace ou même plus, faire en sorte que l’espèce et l’espace coïncident.
En arpentant le livre de Perec, j’exécute en quelque sorte un programme. Je pars de la première phrase d’Espèces d’espaces : «l’objet de ce livre n’est pas exactement le vide, ce serait plutôt ce qu’il y a autour ou dedans». Et je l’applique au vide de la scène. J’arpente le plateau, physiquement, littéralement. J’intègre ses dimensions, j’éprouve les lois physiques qui le traversent, j’observe la machinerie. Je regarde autour. L’autour est le seul chemin possible qui me mène au dedans. Le vide du plateau contient toutes les formes, tous les spectacles. L’autour est le lieu des traces. C’est aussi le lieu de cette trace particulière qu’est l’écriture.
Le théâtre porte le geste maintes fois répété de réécrire par dessus les traces. Le processus d’ Espæce ressemblerait à cela, une superposition, un palimpseste. Qui rejoindrait alors la dernière phrase du livre de Georges Perec : «Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes au vide qui se creuse, laisser quelque part un sillon, une trace, une marque ou quelques signes.»
et voilà que rentrant, après jubilation, plaisir de l'intelligence, teintée de sensibilité, après ces espaces mouvants selon des règles légèrement, puis de plus en plus fluctuant, jusqu'à créer l'angoisse parfois, cette rigueur de règles qui, se formant devant nous, dérivent un peu, varient sans arrêt, devant les humains qui en jouent, en sont victimes, sont étonnés, se trouvent en situation d'angoisse, devant la solidarité, devant l'amour et la perte, devant les alvéoles se transformant en bibliothèque, me demandant comment en parler, évoquer la beauté des gestes des trois danseurs acrobates, ces moments où les gestes sont identiques, avec léger décalage au début, avant que les individualités s'affirment, évoquer la musique, la sombre rumeur que je baptisais musique des sphères, et puis la voix de femme entre lamentation et berceuse, et le chant qui bruite une histoire, les rires de la sale et la beauté du timbre par moment (musique de Joan Cambon),
je trouve, une fois encore, sur Culturebox un article qui décrit, décrypte parfaitement ce que j'ai vu (même si veux croire que la jubilation m'était personnelle) http://culturebox.francetvinfo.fr/avignon/le-festival-d-avignon/espaece-aurelien-bory-reinvente-en-langage-theatral-les-especes-d-espaces-243307
les trois photos, elles, sont bien entendu de Christophe Raynaud de Lage
retour vers l'antre, arroser, pondre ceci et le mettre en ligne, sortir veston blanc, le juger pas trop fatigué, faire un tour sur internet et repartir
vers le cloître des Célestins espérant que le spectacle qui s'y donne actuellement sera plus en harmonie avec mes très bons souvenirs de ce lieu que le précédent... cloître devant lequel s'étirait une file d'attente interminable qui a fait trembler mes jambes
Fatmeh le premier des deux spectacles d'Ali Chahrour (Liban)
«Habitant du désert, Tu m'as appris à pleurer. Ton souvenir m'a fait oublier toutes les catastrophes. Et même absent sous terre, Tu seras toujours présent dans mon coeur triste»... Fatmeh, prénom arabe qui hante la culture populaire dans tout le monde arabe. Prénom de la fille du Prophète Mahomet. Fille dont les lamentations poétiques – écrites au VIIe siècle – sont récitées dans cette pièce qui en porte le nom.
Deux femmes, deux danseuses qui ne l'étaient pas, (Raina Al Rafani, vidéaste, petite douce superbes cheveux châtains, et Yumma Marwan, comédienne – et chanteuse on le découvrira vers la fin -, grande mince, cheveux noir) et la recherche par le chorégraphe de ce qui est permis ou non, attitudes qu'il met en débat sur un plateau, espace de liberté proche de celui des célébrations rituelles du deuil, seul moment dans la culture religieuse qui est la sienne où « le corps peut s'exprimer librement » en libérant ses émotions.
Apparaissent en robes courtes sans manches, les enlèvent, se retrouvent en collants noirs et soutiens-gorge itou, qu'elles recouvrent de débardeurs et longues jupes ires (dans le cas de Yumma Marwan un très long plissé dans lequel elle s'enroule et qui lui permettra de belles images en tourbillonnant et de se voiler en en relevant une partie) un prologue où elles restent d'abord immobile pendant que l'on entend la voix d'Oum Kalsoum puis peu à peu elles se frappent la poitrine, de plus en plus vite, le corps se met à ployer en même temps en avant/en arrière, de plus en plus frénétiquement. Une danse bras jetés en l'air, les visages se voilent, vient la transe.. et puis elles se dévoilent, se maquillent en s'entre-aidant, avant une danse ondulante, tourbillonnante jusqu'à l'épuisement... etc... et le côté un peu rituel vrai ou inventé, l'impression d'être un peu en dehors, voyeurs, même si intéressés s'efface devant une danse de plus en plus contemporaine, tout en restant teintée fortement par l'orient, laissant dans la mémoire de belles images comme ce moment où sur un son de vagues sur le rivage Yumma Warwan recule entraînant le corps de Raina Al Rafani, gisant sur ce qui pourrait être un rivage, comme le moment où elles sont toutes deux debout à contre-jour devant une arcade pendant que Yumma Warwan lance son chant, des moments de tendresse, d'assistance mutuelle, des moments dans le plaisir de la danse...
et de longs et répétés applaudissements

Une journée de ciel bleu pur, de petit vent aimable et pour moi de spectacles courts.

2 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Perec sur scène, pourquoi pas ?
Le titre qui mélange "espace" et "espèce" n'est pas très beau !
Mais peut-être que la suite...

brigitte celerier a dit…

la suite est un pur régal .. et Perec n'est là que comme inspiration au début, sauf que finalement il n'est vraiment pas loin