lundi, juillet 18, 2016

Avignon – festival - jour 12 – gommer projets dans et hors de l'antre, acte manqué, et danse dans la nuit

tomber dans le jour de plus en plus tard.. réaliser, en commençant sans grand enthousiasme à attaquer un petit tas de repassage, que les lectures d’auteurs choisis par RFI ont commencé au jardin de Mons, depuis déjà plusieurs jours.. finir de repasser un pantalon, débrancher fer, et partir dans la lumière sans vent, le jour qui se dégourdit, très en avance parce que encore marquée par la longue file d'attente de la veille, tout en me sentant si fatiguée (plus qu'avant le presque repos de samedi) que je renonce à une vague envie d'un spectacle en milieu d'après-midi dans une petite salle du off..

personne devant la porte du jardin mais une affiche annonçant que l'accès se fait maintenant par la maison de Vilar (en fait le jardin en question est le jardin de la dite maison...) - deux ou trois personnes flânant, la librairie pas encore ouverte et, pour l'accès au jardin, un il faut attendre peut-être plus étonné que ne l'ai saisi 

m'en suis allée siroter lentement un café à la terrasse de la civette, regardant en biais, discrètement – de toute façon ils ne me voyaient pas, ni personne, étaient absorbés – deux jeunes femmes et Aurélien Bory visionner une série de photos d'Espaece en cherchant celles qui leurs plaisaient (pas facile de photographier ce spectacle) et le membre vivant d'une statue double repeindre le manteau de la partie morte en même temps qu'il se maquillait – un petit tour par la place du palais où arrivaient les premiers touristes et j'ai regagné le coin de la cour de Vilar où se tenaient quelques attendants, à onze heures moins vingt... 

Je voulais prendre une photo, parce que le ventre des lions et les herbes dorées séduisaient mes yeux errants en cette attente, ce fut un clips (en garde une minute au début pour la photo et pour me souvenir d'agréables et épisodiques échanges sans importance avec deux femmes et cet homme dont l'allure me semblait familière qui, si je ne me trompe, était Jean Rochefort, ou lui ressemblait fort, et avait courtoisie et humour légèrement, très légèrement, ironique – là il s'agissait de me faire petite place assise sur un petit banc où des revues étaient exposées), place à l'ombre que j'ai abandonnée pour faire un tour à la librairie, ayant coupé résolument la liaison entre mes yeux et la zone du désir dans mon cerveau
et me suis retrouvée au soleil, délicieusement chaud, puis un peu trop, adossée au mur en tête de la file qui se constituait, blablatait, un peu étonnée de voir que onze heures, heures que j'avais retenue comme étant celle du rendez-vous passait sans aucune réaction... et puis parmi les phrases de légère impatience qui s'échangeait, les mots onze heures trente m'ont frappée.. et comme je me sentais vraiment très lasse, comme mon envie s'était lentement dissoute, m'en suis allée alors que l'attente était presque finie.
Déjeuner lent, un peu de lecture dans la cour, une profonde sieste, rien, merveilleusement rien.. avant de troquer bermuda qui ne sort pas dans la rue et vieux tee-shirt pour une robe et m'en aller 
vers la cour du Lycée Saint Joseph,

pour un très court spectacle, Soft virtuosity, still humid, on the edge de Marie Chouinard, dans l'espoir de goûter cela, puisque j'avais découvert tardivement, et aimé, son travail cet hiver avec, surtout, son spectacle à propos de Michaux.

photos de Nicolas Ruel
Alors que dire : que j'avais été alléchée par ce que disait le programme
Observer la marche. Encore et toujours. Comme un inépuisable point de départ vers des mondes inconnus. Regarder comment, à elle seule, une marche porte un corps. Explorer son caractère. Déformer sa course, la ralentir ou au contraire l'accélérer. Complexifier sa trajectoire. Et recommencer à marcher. Ensemble cette fois, en cherchant, même claudicant, un possible unisson. Observer cet unisson, décrocher de son orbite, plonger dans les abysses. Complexifier à nouveau sa trajectoire en la déviant d'un regard. Et maintenant cadrer en plan serré ces regards qui se croisent dans une forêt de hauteurs et de marches, dans des remous de vagues et d'ensembles, dans les jeux complexes du perpétuel mouvement de la vie. Ce monde inconnu... Avec son incroyable compagnie, Marie Chouinard multiplie les états de grâce dans une oeuvre à la fois sauvage et raffinée, primitive et sophistiquée. Ses matériaux ? Un corps « sismographe » captant « le jeu des fluctuations qui l'environne » et cette lumière qu'elle travaille dans une incandescence sonore. Comme ici, dans cette épopée abstraite, tour à tour tragique et comique, païenne et sacrée, qui célèbre d'un geste vif et précis une humanité partie en quête de ses confins.
qu'en regardant une vidéo trouvée dans l'après-midi
j'avais trouvé cela beau, passant assez rapidement (la vidéo passe d'ailleurs elle-même assez rapidement sur les longues traversées du plateau) sur ce qui m'a sauté aux yeux en regardant ces corps gênés, handicapés par des tics, ces corps d'handicapés mentaux (du moins c'est ce qui s'est imposé à moi, avec tout de suite la question : quelle est la qualité du regard porté sur eux - comme certains visages très agrandis par les vidéos (superbe travail) projetés sur la façade du lycée singent la douleur d'arriérés..
Mais, il y a la beauté de ce qu'elle dit dans le programme de salle que venais de lire je cherche des états de corps aux aguets, perméables, pour réémettre cette forme d'intelligence qui nous constitue psychiquement, physiquement, organiquement. Pour moi le corps est une antenne, un sismographe. Dans mes pièces, tout le corps – sens sens, ses pores, ses cellules sur le mode de la perception afin de pouvoir capter ce jeu incessant des fluctuations visibles – comme l'air, les courants - ou invisibles mais présentes qui environnent. C'est comme avancer en ayant en main des chevaux sauvages... et c'est sans doute moi, ma sensibilité un peu ombrageuse qui n'a pas vraiment capté les variations, sauf vers la fin à un moment où les corps souplement se rassemblent, se consolent, sauf quand la danse se fait au sol, quand elle se fait plus harmonieuse, et puis appartenant évidemment à la danse.
Alors bien sûr ça ne m'a pas empêché d'admirer le travail des danseurs et puis les moments de grande beauté, comme la longue partie où les corps en partie dans l'ombre sont au sol, redressés un peu comme le seraient des naufragés sur un radeau et où la vidéo parcourt les visages angoissés ou concentrés sur une attente en une longue houle.
Retour un peu perplexe, partagée entre plaisir et gêne… gêne que je me reproche en relisant son texte.
Et plus encore ce matin, parce que cette fraternité que réclamais, elle est là… c'est moi qui me suis stupidement braquée je pense

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Il ne faudrait pas additionner plus d'heures de files d'attente que de spectacles...

Heureusement, il semble que certains valent le déplacement !

brigitte celerier a dit…

pas mal dont celui là
sais pas ce qui m'a pris… et si je supprime cette idée fixe , ce bracage, c'était même très beau
(pourtant justement ai pas vu grand chose ces jours ci - sourire)

Arlette A a dit…

Partir juste comme ça après attente trop longue est déjà un plaisir
de liberté
Quant au reste .. difficile et la gêne est saine il me semble

jeandler a dit…

Ainsi le souvenir de l'instant plus beau que le moment de cet instant vécu.

brigitte celerier a dit…

bracage stupide (devait être lasse et agacée, pourtant reposée en principe) aux premiers regards, qui est resté sous-jacent alors que voyais la tendresse (par moments) ensuite - beau en même temps - de la mauvaise réception d'un spectacle :-)

Gérard a dit…

Tu repasses...et moi aussi après un mois de pause voyage. Je vois que le festival occupe une grande partie de tes losirs.