mercredi, juillet 20, 2016

Avignon – festival – jour 15 – à côté des âmes mortes et dans la nuit du palais Babel 17 – 6


avant dernière sortie hors les murs et de nouveau en début d'après-midi et de nouveau vers une clim, la plus redoutée, et de nouveau avec grand désir d'aimer le spectacle
prendre un bus un quart d'heure avant l'horaire prévu
pour arriver assez tôt pour profiter de la fraîcheur après l'ardeur sur la ville et avant la clim, pour lire le programme de salle..pour ne pas obtenir un café parce qu'il n'était pas temps
peu à peu les spectateurs désireux d'assister à la version que Kirill Serebrennikov donne des âmes mortes de Gogol. (J'ai commencé par écrire une pièce. Ce n'était pas une tâche facile car il fallait condenser et concentrer en une forme assez réduite (un peu plus des 2 heures 25 prévues) un très long texte poétique sans suivre, comme il est de bon ton en Russie l'adaptation de Boulgakov.) sont arrivés, sont entrés... j'attendais désirant ne pas rester trop longtemps dans la partie haute où était ma place avant que la trompette autorise à changer et à dégringoler jusqu'aux premiers rangs.
(photos Alex Yoku)
Et puis voilà que ne sais que dire
texte du programme vu sur le site qui, outre la notoriété de Serebrennikov et la célébrité du texte (que n'ai pas lu) m'avais décidée
Dans la Russie des années 1820, Tchitchikov homme ordinaire mais astucieux, cherche fortune et applique une idée peu commune : acheter à très bas prix les titres de propriété de serfs décédés mais non encore enregistrés comme tels par l'administration, pour les hypothéquer et en retirer bien plus d'argent qu'ils n'en valent en réalité. Au fil des tractations et des transactions de ce personnage, Nikolaï Gogol construit une oeuvre monumentale en forme de galerie de portraits dont la trivialité d'abord drôle devient vite inquiétante. L'écrivain semble nous dire que le pire n'est pas que les âmes vivantes marchandent celles des morts... mais qu'elles se révèlent toutes corrompues par le jeu, l'alcool et la cupidité. S'inspirant de cette oeuvre historique qui attira tant de haine à l'auteur qu'il la renia, le metteur en scène Kirill Serebrennikov fait défiler les habitants de la ville de « N. » dans un décor de contreplaqué qui laisse résonner les travers de l'humanité de toutes les époques, de la Russie à toutes les régions du monde. Castelet pour dix acteurs qui, comme des pantins, endossent les innombrables rôles du roman ou misérable cercueil pour des âmes aux intérêts si morbides qu'elles sont dénuées de vitalité, cette boîte est le théâtre d'un humour grinçant et d'une choralité absurde. Un espace-temps où les relations humaines sont sans perspective sur le moindre changement.
La clim était en panne, la salle semblait devoir être pleine, me suis installée avec tout de même une légère appréhension puisque j'étais au milieu d'une très longue rangée de sièges... dis à carcasse la paix.. m'a confirmé que oui, que d'ailleurs cela valait la peine, et qu'au pire il y aurait un entracte (ce qui n'était pas le cas, et en effet ça aurait coupé l'élan du spectacle).
Seulement voilà, au bout d'une dizaine de minutes ou un peu plus ai constaté que je peinais à entrer dans l’atmosphère assez joyeusement, mais à mon goût un peu trop languidement, folle par lequel ils nous mettent dans le bain, donc un soupçon d'ennui, donc un réveil carcasse, qui ne m'a plus quittée jusqu'à la fin.. Alors bien entendu j'ai apprécié le mélange de fantaisie, d'effets de surprise et de rigueur dans la précision des déplacements, admiré les acteurs, la souplesse de leurs changements de tenue et de ton, les travestis sans trop d'ambiguité, j'ai ri parfois, moins que mes voisins, du moins au début ensuite les rires se faisaient plus rares, effet de la satire sans doute devenue plus sensible, j'ai beaucoup aimé certaines images, comme des petits clins d'oeil vite saisis, j'ai tout de même saisi l'incessant jeu du trompeur/trompé, mais j'ai eu quelques trous où devais redresser corps avant avachissement visible, l'humour a souvent échoué à me dérider et somme toute j'ai trouvé ça très long... estimant tout de même que je n'étais sans doute pas dans des conditions idéales.
Sortie rapide (après premier salut) mais il y avait déjà un fort troupeau à l'arrêt du bus... interrogé voisins et verdict moitié c'était extraordinaire, sans autre précision, et moitié me suis endormi souvent... ne dois pas être complètement la seule ou nous souffrions tous des chaleurs ou nous étions majoritairement bien trop latins pour apprécier... et comme c'était la bousculade pour monter dans le bus quand il est arrivé, comme il était évident que tous ne pourraient entrer et qu'une moitié devrait attendre le suivant, ai pris un cachet de magnésium
et m'en suis allée sur le trajet finalement assez court, surtout aux heures où les ombres sont venus se poser autour des arbres et bâtisses, me retournant de temps en temps pour regarder avec début d'inquiétude les nuages qui s'en venaient vers la ville, portés par un très léger vent, juste suffisant pour mettre une idée d'acidité dans la touffeur de la route.
Parce que pensais à la suite du jour : 
faire cuire patates et lorue, arroser très vite, noter ceci et le mettre en ligne, une douche, une robe dadame sympa, un veston en secours, 
et m'en aller vers la cour d'honneur ce qui est incompatible avec un ciel menaçant - en fait nous avons eu un bref passage de pluie suffisamment fine pour que danseurs, musiciens et publics l'ignorent superbement – pour assister à Babel 7.16 de Sidi Larbi Cherkaoui (flamand-marocain) et Damien Jalet (franco) belge faisant suite à leur Babel de 2010
La pièce convoque le choc des langues et des corps porteurs de différentes nationalités, la diversité et la difficulté à être dans la coexistence et confronte l'unicité à la communauté. Elle questionne notre rapport au changement où la technologie modifie constamment nos empathies et nos connexions. Babel 7.16, tout comme la pièce originale, met en scène des danseurs qui partagent avec humour leurs héritages immuables mais en métamorphose constante. Danser cette contradiction, c'est comme explorer les mots par le corps, éviter l'écueil de l'indicible grâce au geste et à l'action. Dans le mythe initial, il est dit que Dieu ne voulait pas partager son territoire, les hommes, eux, voulaient se rapprocher de Lui. « Le partage est une décision, une attitude, face aux événements traumatiques notamment. Ces instants où l'extrême solidarité se confrontent à la peur de partager ». En invitant au plateau l'intégralité des danseurs qui ont fait de Babel une référence chorégraphique, les deux chorégraphes issus d'une Belgique flamande et francophone, divisée et unitaire, ont placé la masse, l'histoire et le territoire dans la Cour d'honneur du Palais des papes. Dans le centre des centres, là où les murs continuent à nous raconter des histoires de prérogatives et d'immuabilité du pouvoir et de la religion mais subliment et accueillent le vivant dans sa complexité.
Photos Christophe Raynaud de Lage
alors le mur et un décor très léger de cages ou espaces limités par des tubes, que les danseurs déplacent et manient – un groupe d'instruments (dont de superbes et très grands tambours) de chaque côté du plateau et 6 musiciens et deux belles chanteuses (qui font partie des, je crois, vingt-trois danseurs Ce nombre s'est développé au fil des tournées et raconte notre rapport à la migration des peuples) des danses qui se propagent comme des vagues, du hip-hop, de l'affrontement, des regroupements, une volonté d'hégémonie de l'anglais, une afformation des différentes langues et civilisatiins, des chants repris, un très beau et violent duo, pas mal de rires, une parodie de l'argent tout puissant, une femme robot et les rapports avec les humains ordinaires etc... un etc qui couvre sans doute l'essentiel
des applaudissements nourris
et un retour un peu après minuit (une fois encore la durée estimée était nettement dépassée)



2 commentaires:

jeandler a dit…

Encore une journée sans limites pour le plaisir...

brigitte celerier a dit…

c'est gentil Pierre, mais comme le raconte ce ne fut pas exactement le cas