samedi, juillet 23, 2016

Avignon – festival – jour 17 – tiers livre, renoncement et Maupassant de Corée

orage vers quatre heures du matin, et pluie, une cuillère de miel et me rendormir en pensant quelle chance, c'est le jour où ne vois que des spectacles à l'intérieur, ai pensé voilà qui va désarmer la clim de Benoit XII, l'une de celles sur lesquelles fais une fixation, seulement voilà, malgré ma rage, ma honte, malgré les ménagements pris avec carcasse (passé l'aspirateur parce que tout de même ça faisait trop longtemps, mais regardé le petit repassage avec réserve, me bornant à défriper pantalon et chemise) au bout de cinq minutes de station debout et d'activité je sentais que c'était pas encore ça, vraiment pas encore ça...
Comme, parce que décidée à couper un peu, j'avais enfin regardé la vidéo de François Bon annonçant le cinquième atelier de l'été, et lu son billet, en passant aspirateur, en nettoyant un peu, en douchant et coiffant Brigetoun, y pensais, alors peu à peu j'ai tenté, relu, piqué petit somme, relu, envoyé (et immédiatement trouvé deux corrections à faire, suis exaspérante) pour un résultat, qui, ma foi est ce qu'il est, comme l'avais fait pour le précédent (devriez prendre temps, si vous ne l'avez fait de lire les propositions et les contributions)
Décollement du cerveau, ou cru tel, sensation il y a pourtant qui joint les mots mains et tétanisées, mais sans qu'une étincelle réveille l'engourdissement du crâne, un monde souriant pour les yeux enfoncés mais les images sont sans réponse, sans pensée... Cette nuque aussi qui semble vouloir se casser, crâne tombant en arrière, la main qui masse pour calmer sent les tendons raidis.. un flux de salive comme une colle dans la bouche et ce goût de vase. La fatigue que sont ces bruits qui se fraient chemin dans les brûlures du crâne, comme flèches froides, et des mains qui croient trembler, qui tremblent peut-être ou dont le message est mensonge
5 – la route rouge de Rimbaud http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4344
Les herbes sèches et la terre poussiéreuse du jardin croulent sur les dalles qui entourent la maison, sous le soleil en feu. Les roues des patins qui coincent grincent et les petits pieds en galopade claquent. Ils fuient. Le dernier, le garçon, les petits boutons entre les jambes ouverts, n'a pas voulu d'aide. Il chougne et bave dans foulard de soie qui traîne derrière lui. Elles n'ont pas envie d'en rire. Elles regardent le foulard, le foulard de maman.. Ils ont fui. Contre portail sur la rue, maison derrière. Ils sont contre le portail dans l'odeur des asphodèles, de la chaleur et de la pisse de chats. Ils sont loin de ce petit cri brusque, du bruit de pleurs, du petit reniflement plein de larmes de la mère. La peur est revenue, l'oubliée. Ce n'est pas le père, ce n'est pas son bateau. C'est juste un nom, un nom familier mais rien qu'un nom. C'est ce mot étrange, mort, et c'est la cassure du monde. Ils sont là, avec une envie de jeu pour renouer le jour. Les bruits de la rue, un chien, un claquement de tissu, effacent l'incompréhensible gémissement. Il y a enfin un pas calme, une voix qui les appelle doucement, presque un murmure, une tante, le jour qui reprend, où ne pas faire de bruit.
Seulement c'était toujours carcasse absente - jambes tremblantes, mains gourdes et raides - pendant que je préparais nourriture (besoin de faire chair), c'étaient des assauts de la fatigue des jours passés et ce fut, au moment où vers midi, le ciel nous tombait bruyamment sur la tête, mon troisième renoncement (hors les billets non achetés dans le off, les velléités).
Pourtant, regardez si vous êtes curieux, ce qu'en savais de Hearing, à priori, qui était ce que montrait et disait le programme, sur le site du festival http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2016/hearing
jour blanc, vide, soigneusement et délicieusement vide, dormir en musique ou sur des phrases que ne comprenais pas, regarder dans le vague avec yeux flous et puis

m'en suis allée, vers neuf heures, découvrant en chemin que n'avais pas encore récupéré toutes mes forces, par des rues que le festival semble avoir presque déserté, sauf à l'entrée de certains spectacles, vers le Théâtre des Halles, 

le jardin où étions quelques uns à jouir de la fraîcheur du soir, la chapelle (navrant, nous étions dix, il est vrai qu'elle est fort petite mais..) pour voir, écouter deux acteurs, Jo A Yang et Jo,g Ook Yang, du Yangson Project dans contes du jour et de la nuit à partir de trois histoires courtes de Maupassant, le lit 29, à la campagne et idylle parce que j'aime Maupassant, parce que j'ai aimé les spectacles coréens auxquels j'ai assisté pour leur poésie et leur justesse (d'autant plus choisis par Alain Timar qui travaille avec des acteurs coréens)
(photo provenant du site du théâtre)
le programme disait Instantanés de la vie, analyse des moments critiques, cette création arrive à saisir avec simplicité mais grande efficacité l’ironie de la vie et le côté sordide de l’âme humaine.
Court spectacle, et saveur du mélange et de l'accord entre le charme cruel du normand et le jeu de l'acteur, juste un peu plus expressionniste que le serait un conteur français, juste parlant un peu trop fort peut-être pour l'exiguïté de la chapelle (et assez beau pour que son triomphant je suis beau par quoi débutait le lit 29 appelle un sourire d'assentiment), rendant merveilleusement à la fin le souffle haletant, la plainte et la rage d'Irma (son ancienne belle qui violée selon elle par les prussiens s'est vengée en en contaminant le plus possible) et la gêne du jeune coq moqué par les autres officiers.. ou le jeu de l'actrice, curieusement vêtue en nonne pour raconter l'histoire des deux familles de paysans, celle qui a refusé de vendre le petit dernier, celle qui a consenti, avec la puissance de mime d'une conteuse de place, un côté pitre assumé qui n'empèche pas les nuances dans l'expression des sentiments.
Pour idylle cette histoire de la grosse femme et du jeune homme assis dans un train entre Gènes et Marseille, sur deux chaises côte à côte, ils miment les mouvements du train puis prennent insensiblement en charge leurs personnages, et côte à côte toujours, ils sont avec une verdeur stylisée celui qui tête, celle qui est soulagée..
applaudissements, sortie, et retour en tombant encore un tantinet dans des trous, dans les rues qui sont maintenant simplement celles d'une ville au coeur de l'été, avec des terrasses pleines de dîneurs, à onze heures, avec des policiers – il semble que leur nombre ait été augmenté depuis Nice - en ballade tranquille, et quelques familles sur la place de l'horloge.

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Si c'est bientôt la fin du "in", il va être difficile d'être à l'abri...

Bon courage en voix off.

brigitte celerier a dit…

oui il y a encore six jours du off après le in
on verra (parce qu'à vrai dire je me faisais un peu peur hier soir dans la rue et pendant le court spectacle.. enfin là programme halles - plus rien à manger - et cet après midi les très belles semblent-il quatre heures et demi d'Eschyle et Py dans les ruines de la collégiale de Villeneuve (s'il ne pleut pas) - bon me recouch

Hue Lanlan a dit…

magnifiques, aurais aimé voir maupassant !
Et en plus le temps d'écrire !!! sans oublier les halles ;-)))
Bravo Brigitte

jeandler a dit…

Courage et merci pour la chronique de la vie d'une festivalière si fidèle. Pas si aisé que cela à vivre.

Lavande a dit…

J'ai beaucoup, beaucoup aimé les Coréens d'Alain Timar, à la fois dans les contes de Maupassant et dans "tous contre tous" d'Arthur Adamov, qui a une résonance actuelle étonnante.
Le In terminé, vous allez pouvoir voir du Off.

Christine Simon a dit…

beau tout

et Maupassant

et tout et tout

suis en cours de retour, bonne soirée, Brigitte