dimanche, juillet 24, 2016

Avignon – festival – jour 18 bis – de Villeneuve et un peu d'Eschyle


second sommeil pour évacuer le petit blues du matin (alors qu'étais si contente de la presque forme retrouvée hier, même si le revers en est que ne faisant plus totalement pitié j'ai dû me débrouiller pour le retour – sourire) – corvées minimales accomplies, constat fait avec satisfaction que je re-engraisse tout doux, cheveux qui sèchent, je m'installe, avant de m'occuper des nourritures du jour, devant la première, devant les photos d'hier, plutôt décevantes même celles conservées, mais qui pour chacune cache un petit moment de bonheur fugitif ou des idées se ruant et passant... et le peu que suis capable de dire du spectacle parce que Eschyle (ce qui fait les fondements de la démocratie dit Py, mais pas que, ce qui fait aussi le tragique pur, sans psychologie, celui où l'homme est face à des forces qui le dépassent, et ne désarme pas mais s'en débrouille par la peur, le courage, la prière, ce qu'il peut, et la justice) dans ce cadre, ça ne pouvait être sans intérêt et que la poésie, pour moi, après un tâtonnement était là..
Et le fais pour moi, sans illusion sur l'intérêt et la pertinence de la chose, comme si j'ai toujours admiré chez les autres, mes soeurs par exemple, la mesure, l'intelligence, me jugeant et constatant que ne suis pas à ce niveau, me le reprochant, méditant la leçon, j'enfreins avec constance toutes règles que devrais me fixer parce que ce m'est pente naturelle à laquelle je me refuse de renoncer. 
Ceci dit, en rester au photos de la longue et agréable attente, flânerie, pause pour lectures, dans la zone qui nous était ouverte, le petit cloître, la chapelle des moines, la salle capitulaire et la cour devant le grand tinel où attendaient les spectateurs du spectacle de Nicolas Truong que n'ai pas vu..
M'installer au second rang, vers la cassure de la nef par laquelle je surveillais, au dessus des murailles du fort Saint André qui nous dominaient - donnant l'impression comme le titrait sur Facebook Arnaud Maïsetti que l'on avait creusé un trou pour y planter une église – surveillant donc le ciel qui m'avait fait ajouter au poids de mon sac un parapluie comme un téléphone, faisant ployer mon épaule, et se révélant inutiles tous les deux – face à l'autre moitié des spectateurs, au delà du long chemin de planches surélevé, dispositif qui restera presque immuable (ajout selon les cas d'in escalier ou d'une petite plateforme à l'extrémité qui était devant moi) et qui guidera le jeu des acteurs, le stylisant, l'orientant vers une pure profération accompagnée d'actions stylisées – vu dans le petit programme de salle que ce dispositif était aussi voulu pour que le public se partageant en deux groupes se faisant face, se regardant, tiennent place de choeur.
Et assister à la première des pièces, celle qu'Olivier Py a monté cette année et avec laquelle il a tourné dans les villages et quartiers, avant cette reprise en un seul spectacle d'un peu plus de quatre heures et demie de l'ensemble regroupé par lui sous le titre de pièces de guerre, Prométhée enchaîné donc, celle qu'à la lecture et relecture j'aime le moins, où il voit la contestation du pouvoir absolu.. entrer dans le jeu tragique des trois acteurs, la voix de bronze velouté de Philippe Girard, la voix triomphale, un peu cuivrée, la jeunesse forte et fragile de Frédéric Le Sacripan – voué aux rôles de héros – et l'exacerbation que trouvais de plus en plus magnifique de pièce en pièce de Mireille Herbstmeyer, la façon souple dont ils passent d'un personnage à l'autre, comme elle le fait des tendres et compatissantes océanides à l'affolée Io..
images, prises dans l'oisiveté du premier entracte.. dans l'attente de l'une de mes deux pièces favorites
les supliantes – selon le programme les fondements de la démocratie à travers deux questions : l'accueil de l'étranger et le droit des femmesn et puis la puissance de images, la mer, les branches nouées de laine blanche, la sagesse de Darios, le débat intérieur du roi, et les dieux ou la philosophie de chaque cité
beaucoup trop de photos du second entracte, pour une longue et agréable errance, pendant que la lumière fléchissait et que le public, hors moi et quelques autres huluberlus, se restaurait, avant
dernière des trois photos empruntées à Christophe Raynaud de Lage
les sept contre Thèbes dont le programme dit qu'elle parle des rapports entre la politique et les images les images étant représentée par un poste de télévision à partir duquel le messager, Philippe Girard décrit les boucliers, l'attitude des sept chefs qui attaquent les sept portes de Thèbes, pièce qu'aimais moins, qui m'a conquise par l'expression frénétique de la peur, la frousse, la panique, la compassion avec les morts à venir par Mireille Herbstemeyer, par la dureté ferme que lui oppose l'Etéocle désespéré de Frédéric Le Sacripan, par la présence dans nos mémoires de la suite, et d'Antigone...
La tombée de la nuit pendant le dernier entracte, où Brigetoun tenait par l'attente de sa tragédie favorite
les perses l'origine de la tragédie (même si je crois les suppliantes sont antérieures, qui elle aussi est encore toute proche du dithyrambe) ce long concert de plaintes, ces clameurs de douleur.. et le choix par Eschyle de célébrer la victoire d'Athènes par l'évocation, pleine de pitié, de la ruine de l'ennemi, plutôt que par la glorification d'Athènes (dont la victoire, par ailleurs, est d'autant plus évidente)
applaudissements debout
et départ du public, Brigetoun les pieds roulant sur la calade en bataillant pour déverouiller son portable (déteste ce truc et ne m'en sers jamais) pour appeler un taxi
mais comme n'y en avait pas, comme les automobilistes s'étaient précipité et avaient rapidement disparu, une attente d'un peu plus d'une demie heure en compagnie de six abandonnés dont trois japonnais gentiment attentifs à la petite vieille.
Bon, maintenant cuisine, déjeuner rapide, fin du in 

5 commentaires:

Godart a dit…

Qui est in, qui est out, toujours un peu triste,même à distance, de la fin d'un rendez-vous annuel. Préservez votre carcasse pour le festival de 2017. Et le plaisir de vous lire en chaque saison.

Claudine a dit…

tout est beau, le texte, les photos, les réflexions, l'attente

brigitte celerier a dit…

merci
trop gentille !

r.t a dit…

Grand intérêt à vous suivre, côtoyer le monde passionnant que vous nous laissez entrevoir.

Anna Urli-Vernenghi a dit…

Mais dites-moi, c'est épatant ce texte, et ces photos aussi quoi que vous en pensiez. La parisienne que je suis a besoin de voir ces pierres, ces ombres, de lire vos mots... Anna