lundi, juillet 11, 2016

Avignon – festival – jour 5 – surjets à vif, Pascal Quignard, Amos Gitaï et Rabin


réveil en plusieurs étapes et départ un peu en catastrophe, 
en slalomant un peu, pas trop, les rues sont encore assez vides, vers le Lycée Saint Joseph de nouveau, 
attente en tête ou presque de la file, piapia sur les spectacles vus et retrouver le jardin de la vierge envahi cette année par un manteau vert, pour le programme A des sujets à vif (n'ai pu avoir de place ni pour le C ni pour le D, ils sont devenus bien trop populaires)
photos de Christophe Raynaud de Lage, comme d'habitude
La vie des formes texte de Célia Houdart avec Renaud Herbin marionnettiste et une marionnette de Paulo Duarte et Mathias Baudry
la façon dont naissent les figures et les personnages des fictions qu'ils inventent. Chacun à leur manière – écrivain et marionnettiste –, les façonne dans la matière, en observe les formes et les agissements, curieux de les voir se faire et se défaire. Mais à la fois créateurs et observateurs de ces nouvelles vies, ils rappellent qu'il est avant tout question d'en éprouver la surprise et s'étonnent eux-mêmes de l'étrangeté du monde animé.
Elle, derrière une planche sur tréteau au fond, ou circulant, lit son texte qui part des alluvions, de la constitution des sols, des pierres rares, des marionnettes etc..
lui maniant, agissant avec la très grande marionnette, qui se meut uniquement par contact, qui est extrêmement souple, mais comme le serait un humain qui s'abandonne, et c'est beau et tendre
et
Membre fantôme de Erwan Cracker (sonneur de cornemuse) et Mickaël Phelippeau (danseur)
la rencontre entre ces deux artistes au penchant commun pour le kig ar farz et les fest-noz permet de nourrir un déplacement et un apprentissage de l'un à l'autre. « Apprendre veut dire : regarder où il met ses doigts, mémoriser les touches qu'il enfonce comme on repère les traces d'un animal qu'on traque. » Peter Szendy
sympathique et séduisant, surtout en première partie, quand Mickaël Phelippeau danse, vêtu en femme, cheveux au vent, tel un être dont le sexe n'a aucune importance – amitié que l'in croit percevoir, plaisir qui entraîne sourire plus que rire
salut
retour par petites rues vides ou presque à cette heure du mitan, petits groupes devant les théâtres, petits groupes s’interrogeant sur la suite de leur programme, achat à la volée pour contrer un désir trop onéreux du chant d'un fantoche lusitanien de Peter Weiss (me rajeunit), musiciens au coin de la place de l'horloge.
Chaleur insupportable dans la cour, et sieste derrière volets clos, avant d'émerger, de bricoler dîner, de se doucher, changer de tee-shirt, remettre jupe 
et aller attendre devant les remparts un car pour Villeneuve.
Soleil sur le noble village, l'allée, ma désolation devant les jeunes arbres, bien beaux pourtant, remplaçant vieux amis, 
attente longue en bordure de l'herbe, panique clim jugulée en la partageant avec un semblable, se carrer, se préparer et la rive dans le noir – une performance des ténèbres de Pascal Quignard, avec Pascal Quignard et Marie Vialle (plus une chouette effraie vivante et en ombre chinoise et un corbeau en vie et ombre chinoise)
photos Christophe Raynaud de Lage
sur le programme Tout débute par une disparition ; celle d'une femme, Carlotta (en fait Carlotta Ikeda, la danseuse), qui emporte avec elle un mouvement qu'on ne pourra plus montrer, des voix qu'on ne pourra plus entendre. La perte irrémédiable et le manque qui s'ouvre produisent bientôt un geste : l'écriture. La question « Où es-tu ? » ne pouvant plus se dire, l'écrivain décide de livrer ce qui blesse son âme à celle qui sait le lire : la prêtresse, celle qui chante, celle qui danse, celle qui vit hors du temps. Pour apaiser les morts et bercer les vivants, ils entrent ensemble sur la rive des ombres. Là, les animaux sont rejoints par les hommes, les chants deviennent sauvages, les touches d'un piano poussent des ululements, le regard d'un rapace convoque une peur d'enfant. De possessions en métamorphoses, tour à tour maîtres et assistants, Marie Vialle et Pascal Quignard rappellent des disparus, visitent des peines et des zones primitives où le langage n'est plus seulement articulé, où la musique n'est plus seulement sonore, où le jour et la nuit ne sont plus des repères. Par les moyens du rêve et dans l'obscurité, l'auteur et la comédienne éveillent des sens que la mémoire voudrait croire oubliés mais que le coeur reconnaît : ils reviennent d'un ailleurs, du temps d'avant la lumière.
Que dire de plus, que cela fonctionne, grâce au texte, grâce à eux deux et à leur complicité, que j'étais tendue d'attention heureuse, et puis en rester à une vidéo d'un extrait, trouvé en rentrant, en cherchant des photos
ajouter la voix de Marie Vialle et ce qu'elle en fait, dédiée à celle qui manque, cette danse des ténèbres, ankoku butoh - je crois que le théâtre vise toujours à invoquer des revenants dit Quignard dans le programme de salle -, les mots plus rares de Quignard et sa voix et son écriture, son piano et Messiaen, et tout ce qu'on ne comprend pas dans la succession des moments, qu'on saisit peut-être, nous restant assis devant eux dans le noir. L'obscurité impose le rêve dans la tête des vivants dit encore Quignard.
Applaudissement, sortie vers la lumière, l'allée, mon petit arrêt comme en arrivant devant les beaux jeunes arbres pour un petit lamento intérieur à la splendide allée morte. Et un retour tenue debout par les autres corps dans le car.
Arroser, cuire patates. Ebaucher ceci, commencer à le mettre en ligne avant de réaliser l'heure, de me changer derechef et m'en aller
vers le palais des papes et Yitzhak Rabin, chronique d'un assassinat spectacle in memoriam, lamentation, de Amos Gitaï (une exposition aussi chez Lambert que devrais aller voir, que n'irais sans doute pas voir.. parce que trop à voir), spectacle qui était diffusé en direct sur France Culture
avec deux actrices une israélienne, une palestinienne, Sarah Adler et Hilam Abbass, une pianiste Edna Stern, une violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, Bach, Monteverdi... (et le choeur du Lubéron chantant du Ligetti)
à partir des souvenirs de Leah Rabin, l'épouse du Premier ministre, Amos Gitaï a imaginé une « fable » débarrassée de tout formalisme et portée par une distribution d'exception. Quatre protagonistes féminines, quatre voix associées dans un mode récitatif, « entre lamentation et berceuse » qui vont remonter le cours de l'Histoire et de la violence inouïe avec laquelle les forces nationalistes se sont opposées au projet de paix en déchirant le pays. Quatre voix prises, comme « dans une chambre d'écho », entre des images-documents et des extraits de la littérature classique (Jules César de Shakespeare) avec quelques projections sur le mur des manifestations d'une violence inouïe et ordurière de la droite (les plus jeunes des politiques d'alors étant au pouvoir actuellement) et de la manifestation en faveur de la paix....
Gradins pleins, assistance attentive et recueillie.
et en sortant, des garçons assis à l'air abattu qui m'ont fait comprendre que mes chers portugais devaient être joyeux (mais tout de même du bruit provenant de ma place en ce moment)

7 commentaires:

Domnique Hasselmann a dit…

Là, dans votre journée si longue, j'aurais bien assisté à la représentation de et avec Pascal Quignard sur scène : ses mots dits ou écrit ont toujours une qualité rare !

Quant à Yitzhak Rabin, j'avais vu le film ayant pour thème son assassinat, très impressionnant.

brigitte celerier a dit…

Quignard oui… failli partir à cause de la clim redoutable (et chaleur extérieure) mais me suis cramponnée, pouvait pas
oui le film, ai hésité à cause de cela (doublon) mais en fait là ce n'était pas tant un documentaire qu'un lamento, un peu comme une veillée, avec la place des femmes

jeandler a dit…

Entre le In et le Off, la ville en fête
plaisir et courage en partage.

brigitte celerier a dit…

merci et pardon, suis un peu à sens unique là…`
et pour le moment je rencontre partout une gentillesse (presque vexante :-) et des attentions pour la petite vieille quand elle ne le demande pas

Godart a dit…

Aime bien l'oxymore feignasse hyperactif de l'affiche. Revois avec plaisir la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon et son Centre national des écritures du spectacle.

brigitte celerier a dit…

je n'y étais jamais venue dans le cadre du festival, juste, en hiver ou au printemps, pour des lectures en petit comité dans le cadre de résidences

Arlette A a dit…

Beau Quignard un moment rare je suppose chance à toi et Merci de tes mots Courage Amie