lundi, août 22, 2016

les paysans et une voix

soleil revenu, le saluer avec plaisir, râler un peu parce que n'a pas amené vraie forte chaleur
faire comptes et renoncer à un petit voyage Marseille Toulon, la semaine prochaine, en faveur du loyer et des abonnements théâtre
me déconnecter, vaquer quasi sérieusement, regarder sur You Tube des vidéos sur la mue des campagnes, retrouver paysages, gens, qu'avons connus et qui n'existent plus avec Adieu paysans (ancien documentaire télé) Profil paysans de Depardon, d'autres etc.. partagée entre résignation, rogne, intérêt et nostalgie (et le souvenir du Bussin qui, en retard, amorçait sa mue.. les tables qu'on nous amenait, pour venir les voir, se souvenir en buvant ou en préparant dîner pour les bourgeois de Limoges, avant de retourner dans les fermes restantes retrouver le formica tellement plus pratique, par les chemins aux arbres coupés)
et puis reprendre ma contribution (un peu difficile à m'extraire, en focalisant sur cette voix dont le souvenir me fuit, en tentant de ne pas parler trop des trois autres) à la dernière proposition de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4347 après avoir lu avec admiration variable (sourire, en fait elle est la plupart du temps grande) les textes publiés en début d'après-midi, et puis, ensuite, remonter lire les dernières contributions aux précédentes propositions.
Je cherche ta voix, je te regarde vers la fin de ta vie, en douce grand-mère sourire, mais je ne t'entends plus.
Je tente de la re-créer et c'est
ta voix qui n'était pas plate mais calme, ondoyante, qui ne gardait de la colère, de la tristesse qu'un reflet, et les rendaient ainsi plus éloquents, comme tes joies...
ta voix qui était inflexions..
ta voix qui disait ton charme, ton sourire et ouverture au monde, ce regard qui n'excluait pas la curiosité, le jugement, parfois ironique ou colère, comme les mots acérés qu'elle prononçait alors...
ta voix qui désarmait la violence éventuelle de tes phrases.
Je cherche ta voix, je n'en ai pas d'enregistrement, juste ma mémoire qui ne s'y était pas attardée, mes souvenirs à traduire
et puis cela : sa tessiture, ou cette façon de lancer les mots, tu nous les as transmises et les amis, le père quand revenait d'une longue absence, ne distinguaient pas entre toi et nous, les trois filles, en nous écoutant sans nous voir...
mais ces différences dont nous étions conscientes toutes les quatre, et qui faisaient que nous ne confondions pas... était-ce dû aux idées, aux élans plus ou moins vifs, à la présence plus ou moins affirmée ?
puisque sommes nos voix...
Je cherche ta voix à travers la mienne et les leurs,
nos timbres sans aigus mais où viennent des clartés, le tien plus musical sans doute, avec, colorant et soulignant ta sincérité, une maîtrise constante et naturelle, venue peut-être de l'enfance..
et je ne te connaissais pas, - sauf en petites traces gentiment ironiques, quand tu singeais, pas si inconsciemment que cela, des voix rencontrées dans le salon, le jardin ou autour de la table de tes nombreux amis –, je ne leur connais pas, ces préciosités que j'ai découvertes chez moi avec dépit en écoutant ma voix sur un répondeur, maquillage posé par le travail, vulgarité contre laquelle j'ai lutté.
Je cherche ta voix,
et je crois l'entendre, quand je lis, avec mélange de curiosité et de cette culpabilité qui en découle, des passages de tes lettres de jeune femme à l'époux absent, une jeune femme pour laquelle me vient une amitié de petite vieille, même si j'ai tellement moins vécu que toi...
je cherche ta voix, et j'en trouve l'écho dans la ponctuation, ou son absence parfois, de tes phrases, dans la tendresse, le sourire, la malice, la gravité, la rage réprimée qu'elles expriment et cette façon de passer d'une nuance à l'autre.
Je cherche ta voix, mais ne l'ai jamais vraiment entendue, comme un son à analyser,
je cherche ta voix et ne saurais la dissocier de toi..
je ne trouve que cela : ta voix (ou nos voix, donc) sans stridence, mais claire, non pas comme une clochette mais comme l'écho d'une cloche - sans le velours sombre non plus qu'aurais aimé pour la mienne, écho d'un bourdon...
un mezzo clair, un charme.
ta voix, rivière au soleil, chatoyante. 

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

"Ces chères voix qui se sont tues" (en apparence)...

brigitte celerier a dit…

grand merci pour votre passage (alors qu'aviez déjà lu !)

F Bon a dit…

hier soir j'ai failli mettre un message pour dire qu'il serait important que ce texte soit aussi sur «Paumée», le voilà maintenant qui circule depuis la source même... je ne dois pas être le seul à avoir été touché doublement par le texte et la photo de la photo...

brigitte celerier a dit…

grand merci à vous
(et j'espère que la famiglia si elle passe me pardonnera)

Godart a dit…

Souvent pensé à cette histoire de voix de ceux qui ne sont plus. Et de votre voix, et de la photo, une image se dessine d'une lignée.

Arlette A a dit…

Pourtant la voix devient si proche alors par une expression sur une photo mais cela est douloureux

brigitte celerier a dit…

pas vraiment douloureux, tendre et intrigant plutôt

PHILGIDO a dit…

toujours sous le charme de vos textes ... suis en retard sur les exercices, mais le "maître" est bienveillant.