lundi, septembre 05, 2016

Ben finalement.. une fois encore

Une lumière
si pudique que niée
en bloc de chaleur

samedi – Brigetoun presque cloitrée, petite forme,  et le constat que ne suis pas ou plus capable de solitude intelligente… balades sur internet qui se multiplient, une tentative de participation à l'atelier d'été de François Bon, après avoir lu les contributions des trois premiers, des amis, un portrait pour les cosaques, une mauvaise vidéo mange-temps (me suis amusée) après autre tentative..  et tout de même de longues plongées lecture

et puis ce dimanche après-midi, en émergeant d'une lourde sieste, dans la touffeur, me suis dit ma foi... et, sans renouer avec fréquentation excessive d'internet, rouvre sur la pointe des pieds Paumée (juste avant qu'il ne s'efface presque entièrement et que ma trace se referme comme croyais le vouloir) avec la reprise – petite grimace... mais justement ne peux mieux - de ma participation sur le tiers-livre à back to basics – 8 - dialogue avec camion (avec marguerite Duras) grâce auquel ai enfin vu ce film qui pour moi tenait du mythe (http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4360 si ne l'avez fait, allez lire, sommes neuf ce soir)
Il a dépassé l'immeuble d'une centaine de mètres et s'est garé à la limite du petit terrain de jeu entre la bâtisse et la chaussée, et, comme elle se retournait vers leur balcon en posant la main sur la poignée, il lui a pris le bras
- attend
elle le regarde, elle ne dit rien, entre désir de retrouver son vélo rouge, usurpé une fois de plus par sa soeur - elle la sent derrière, là, tournant avec l'ami - et le plaisir inquiet de profiter encore un moment de lui, de l'avoir à elle, le père
- il faut que je te parle
il ne la regarde pas, il regarde devant, la rue qui tourne, descend vers le chemin du port, alors elle aussi elle regarde devant, elle s'est tendue, comme lui
- sur ton carnet il n'y avait pas cette fois «elle est rêveuse» comme l'année dernière
elle sourit maigre, inquiète, attentive
- mais «peut mieux faire», ou pire, c'est moins gentil
- Mère Marie-André ce n'est pas Françou, elle est en bois
il se tourne vers le petit profil buté,
- elle est peut-être plus sèche, c'est ce qu'il te faut selon ta mère
et puis vite
- l'ai accompagnée hier aux réunions de parents, puisque suis là,... elles m'ont dit de te parler, puisque tu n'écoutes pas, enfin tu ne les écoutes pas
elle ne le regarde plus du coin de l'oeil, elle brûle des yeux la rue, et puis pendant qu'il continue elle se relâche, absente, un peu
- et par exemple pour le latin
les deux regards sont parallèles, il ébauche un sourire, elle aussi, pas le même mais partagé, avec chez elle un peu d'ironie indulgente
- tu sais je ne suis pas fou du latin, je trouve ça inutile, mais..
- moi j'aime ça
là elle s'est retournée, elle le regarde
- je sais.. c'est pour ça que tu a remis une copie blanche ?
- avec elle ça m'ennuie, le texte était nul et puis il y avait trois thèmes et ça ne m'intéresse pas
- ce n'est pas une raison, il faut apprendre à faire ce qui ennuie
- pas la..
il la coupe
- écoute – et il raconte : le voilier construit et offert par son oncle, son parrain, le voilier qui l'attendait au club nautique
- et je n'étais pas obligé de passer par le bureau, il suffisait d'enjamber la barrière
il raconte : les jours où il entrait au lycée, et puis continuait discrètement vers la salle des cartes pour sortir par une fenêtre et aller tirer des bords dans le port, et plus loin, vers le cap, les plages - il ne la regarde pas, il parle sec, s'applique à ne pas laisser le plaisir de la liberté du vent et du frémissement de la coque intervenir dans ce qui se veut contre-exemple ; elle, elle ne le regarde pas non plus, elle est partie avec lui, elle ne voit plus la rue
- et voilà je n'avais pas des notes faramineuses, tu penses bien... pas pu faire Navale, suis passé par la marine marchande
- tu as fait deux fois le tour du monde
- oui mais suis plus vieux que mes camarades, et tu ne sera pas la fille d'un amiral ni même...
elle s'est tournée vers lui, elle illumine
- mais tu as eu de beaux commandements
- pas toujours..
mais elle ajoute, comme pour elle, voix redevenue morne
- de toute façon suis une fille, pourrais pas être marin
- non mais tu auras le plaisir d'apprendre, et d'avoir accès aux belles choses
elle l'écoute, les yeux frémissant
- et tu pourras les enseigner à tes enfants
elle s'éteint
- tu auras une maison accueillante avec des livres, et des amis pour parler, pour écouter de la musique, pour... comme ta mère
- pas moi, suis moche et bête, on ne pourra pas m'aimer
ça elle l'a murmuré en regardant la main posée sur le volant, forte, veineuse, d'un brun rouge
- tu es idiote.. c'est toi qui lui ressemble le plus, souris tu verra
il lui prend l'épaule, il lui sourit jusqu'à ce qu'elle réponde avec réticence
- on y va ? Doivent se demander ce qu'on se dit.. pas besoin de le savoir, mais tu n'oubliera pas ?
Ils sortent
- non je n'oublierai pas, promis...
Elle part en courant, nattes dansantes, vers les autres enfants, il lève la tête vers le balcon, il fait un geste, monte l'escalier, délivré.. choisissant de ne pas se demander ce qui ne serait pas oublié.

10 commentaires:

annaj a dit…

aime cette dynamique du dialogue et du descriptif ou du récit. ..bien***

brigitte celerier a dit…

merci
surtout venant de vous

Arlette A a dit…

Et dans cet agréable texte dont tu as le secret ...c'est un peu de toi

brigitte celerier a dit…

merci

jeandler a dit…

Retour quand les hirondelles s'en vont... Merci.

brigitte celerier a dit…

sais pas retenir les hirondelles

Godart a dit…

Trouve beau ce dialogue tendu comme une main d'un père à sa fille.

chri a dit…

youpi

Dominique Hasselmann a dit…

l'atelier de l'aller et retour...

brigitte celerier a dit…

avec une inspiration (ou un copiage) de dernière minute : les italiques que vous aviez adoptés