dimanche, octobre 23, 2016

Mémoires invisibles dans la chapelle des miracles


Ciel bleu ce matin, mais ciel mornement gris, qui semblait s'installer dans une éternité morne dans l'après-midi quand, après avoir hésité, mais de toutes façons je devais passer à la pharmacie, je suis sortie, et puis ma foi ai continué à fendre la petite foule qui avait envahi mon quartier (et pour une fois ce n'était pas uniquement pour lécher les vitrines et sortir de leur vie rétrécie, il y avait pour une fois quelques femmes fouillant dans ces boutiques éternellement vides où l'on déniche de merveilleux chandails qui semblent un peu déformés, usés, et coutaient deux ou trois cents euros à la dernière braderie) jusqu'au boulevard Raspail, la brume du feuillage entrant dans l'automne
et les pierres usées de ce qui fut la chapelle des miracles.
Pour voir l'exposition d'un collectif (où j'avais repéré trois noms connus) intitulée les mémoires invisibles – https://www.obipop.com/sortir/provence-alpes-cote-d-azur/vaucluse/avignon/exposition-les-memoires-invisibles/64792 - résultat d'un travail commencé en 2013 après un appel à financement chez Ulule (tout ceci je l'ai découvert la semaine dernière) et ma foi plaisir de regarder, échanger (une petite fille gentiment amicale) et de risquer des photos malgré le caprice de mon appareil qui avait décidé de ne me montrer que chiffres et signes cabalistiques et surtout pas ce que j'étais en train de photographier
Malgré quoi j'en ai pris trop, d'images, et qui le plus souvent restituent assez mal les matières, l'atmosphère etc...
A travers les différentes pratiques comment tenter de rendre visible l'invisible à travers la matière.L'exposition qui réunit installations, peintures, sculptures, son est une invitation faite au public à entrer en résonance avec ses propres mémoires, au fur et à mesure de la déambulation parmi les œuvres ainsi exposées. Une invitation à entrer en résonance avec les mémoires personnelles et collectives qui traversent chacun.
Collectif qui comprenait donc
Véronique Prenant http://www.veroniqueprenant.com qui a exposé, un temps, chez Ducastel, que j'ai rencontrée lors d'une journée ateliers portes ouvertes, trouvée charmante, dont j'ai aimé ce qu'elle préparait alors pour une exposition, et à laquelle faute de pouvoir davantage j'ai acheté une petite bouille d'enfant (ci-dessus)
commencer par elle parce qu'en entrant la première chose que l'on voit c'est sa déesse très blanche sur son immense jupe branchages (que j'ai magnifiquement loupée)
et puis, se détachant dans la pénombre, belles et sauvages, disposées contre les parois, comme des suivantes, les autres déesses à masques d'animaux.
avec, étendu devant la grande déesse le lit des mémoires (papier)
l'encadrant, deux panneaux (toujours travail du papier) 
et plus loin, dans une chapelle (petite grimace souriante parce que cela cache un détail baroque que j'aime bien) le registre des mémoires
Thierry Bedoux http://www.thierrybedoux.com (site à visiter, enfin je trouve) qui a pendu au dessus du tapis ou lit de Danielle Desnoues sa chute des anges que j'ai modérément aimé malgré le côté spectaculaire de l'ensemble
lui préférais les lucioles accrochées dans la chapelle proche
et surtout, plus loin, près du mur du fond, impossible pour moi à capter, du moins si voulais l'ensemble, les mânes
dans la même chapelle que les lucioles Claire Beillard http://www.clairebeillard.com
avait aligné dans l'obscurité (des petites lampes de poche sont à la disposition des visiteurs) de longues formes blanches ressemblant à des os entortillées et ficelées comme des nouveaux-nés d'antan dans leurs linges qu'elle a appelé, me semble-t-il, les poupées.
Je l'avais découverte au rez de chaussée du cloître en octobre 2012 avec une rangée de coquetiers et d'oeufs parés, et retrouvée lors de la même journée ateliers portes ouvertes que Véronique Penant, n'osant prendre des photos, en parlant avec elle, ses amis et des enfants dans l'appartement transformé en installation (avec des fils de laine rouge comme du sang)
Retrouve son goût pour les installations avec la table des notaires qui occupe, derrière un rideau de tulle, le fond de la chapelle

et les fils rouges avec les ornements qu'elle a fixés à des radios
et puis il y a, déposé au sol derrière la déesse, ce que la petite fille prenait pour un bois flotté, ce qui, si on le regarde bien est constitué d'une armature de ferrailles et de fils recouvert d'un amalgame (beau comme on ne peut le voir ici)
Ai retrouvé aussi, dans la chapelle la plus proche de la sortie Françoise Subra http://francoisesubra-glaneuse-bricoleuse.blogspot.fr dont j'avais aimé le taureau fort et léger par son corps en fin treillage métallique dans une exposition de l'atelier Marie Laurencin à Saint Martial en octobre 2014
taureau qui maintenant fait partie d'un vrai troupeau s'en allant sur la paroi.
Dans une autre chapelle elle se souvient (avec un texte explicatif) des maisons d'âmes des égyptiens et c'est beau.
Pour compléter le collectif, Myriam Douhi comédienne et musicienne assure l'ambiance sonore (très discrète ou non programmée lorsque je suis passée, mais cherchant des renseignements sur elle, j'ai trouvé une vidéo, sans rapport, mais tant pis elle m'a plue et la pose ici, montrant son travail (là aussi elle assurait l'environnement sonore et il n'y en a guère de trace dans la vidéo) avec les écoliers de l'école Saint Jean (école primaire, Avignon) pour l'imagination des enfants et le plaisir de leurs voix très, un peu ou pas aillées et toutes clairettes.
Mais, désolée, ce n'est pas encore la fin (promis il n'y aura plus rien ensuite) parce que sur le chemin du retour, me suis souvenue en passant devant le portail de Calvet 
que Jo Winter (qui figurait aux Célestins avec des tours ajourées et des barques de bois noir) y exposait quelques oeuvres, un peu perdues dans l'espace.

7 commentaires:

Arlette A a dit…

Viens vers toi et suivre ce parcours ... bien des choses étonnantes Merci à chaque fois pour ce rappel internet ( travail consciencieux)
Jour gris et pluvieux ici , mal venu pour une visite amie à St Raphaël

brigitte celerier a dit…

ici aussi (viens de décider après avoir consulté placard et réfrigérateur ce sera l'antre)

Hue Lanlan a dit…

magnifique encore !

jeandler a dit…

Pour se vêtir, les déesses font fi des pulls à 300 euros...
Une jupe de branchages, un trophée de chasse suffit à leur bonheur.
Mes moires, un peu plus belles, chaque jour.

Dominique Hasselmann a dit…

Parcours quasi religieux : mais que ferait-on sans les cloîtres, les églises, les chapelles... devenus musées ?

Ceux-ci vont s'essayer en revanche à la liturgie.

brigitte celerier a dit…

Pierre, les ragazze dans la rue aussi triomphent sans les pulls à trois centres euros, et les jeunes femmes à l'air usé que 'ai vu en sortir ne seraient rien sans ça..

Dominique, tant en avons même après en avoir détruit ici de cloîtres, chapelles, églises … pouvons pas toutes en faire des garages ou restaurants

Claudine a dit…

taureaux formidables qui rappellent ceux de Lascaux, j'aime bien la démarche de l'artiste