samedi, novembre 19, 2016

migrations

Pour sortir de ma longue introspection provoquée entre autres par la lecture des lettres anciennes et mes relations (admiration pour sa grâce et son rayonnement, amour et désaccords d'adolescente qui se confirment en la connaissant mieux) à leur auteur, introspection que voulais sèche, lucide, aussi objective que possible, et qui, outre l'inconfort de la chose, revenait à tourner en rond, ai pensé à la belle affiche du spectacle du soir, et à la vague de textes, romans et théâtre sur les migrants, thème qui n'est pas nouveau mais qui prend une force plus grande en cette rentrée, et suis partie à la découverte de ce qui est programmé cet automne, avec des regrets comme les spectacles regroupés dans Vaguamondes à La Filature que ne verrai pas http://www.lafilature.org/spectacles/vagamondes/?saison=saison-16-17
dont il cielo non e' un fondale (regrets), le quatrième mur d'après le beau livre de Sorj Chalandon (qui ne parle pas vraiment de migrants mais de la guerre au Liban) etc... sans parler du spectacle de Dieudonné Niangouna que bien entendu je rêverais tout spécialement (suis adepte) de voir et qui va se donner à Saint Denis pour le Festival d'automne) Nkenguegi – et puis fait un petit retour sur mes souvenirs de spectacles et de lectures plus anciens, des plongées/redécouvertes, outre les documents des organismes et surtout de la Cimade, un salut sur Oeuvres ouvertes la suite de la série de témoignage remis en mots par Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article3592
et ma foi il y en avait tant que le jour a filé sans que le vois... ce qui malheureusement ne change guère les difficultés des trajets et des accueils (ou non-accueils)

et puis, à la tombée du soir, me suis changée et suis partie vers le Chêne noir et le plus récent spectacle de Gérard Gélas, la mise en scène de Migraaaants un texte de Matei Visniec 
(affiche et deux photos provenant du site du théâtre http://www.chenenoir.fr) comme ce texte
Ils viennent du Pakistan, d’Afghanistan, de Somalie, d’Erythrée, de Syrie, d’Irak, de Lybie, du Mali, d’Algérie, du Maroc, d’Haïti et de beaucoup d’autres endroits où la vie n’est plus compatible avec l’idée d’avenir. Ils sont des millions. Combien de millions ? On ne sait pas. On les appelle «migrants» et ils ont une seule chose en tête : la volonté d’arriver en Europe.
En l’espace de seulement cinq mois l’Europe a paniqué. Les responsables politiques mais aussi l’opinion publique ont compris que sur la planète il y a environ 80 millions de personnes qui vivent dans des régions en guerre et qui ont le droit, en principe, de demander la protection internationale, donc l’asile politique en Europe. Les frontières ont commencé à se refermer, le symbole du fil de fer barbelé a ressurgi des entrailles cauchemardesques de l’histoire. L’Europe ne sait pas ce qui lui arrive, ne sait pas ce qu’elle doit faire, et la tentation est grande de renier ses valeurs pour arrêter les millions de candidats à l’exil qui sont en route. Se cacher derrière la pensée politiquement correcte afin d’éviter de voir les réalités de ce monde et d’assumer l’action, ce n’est plus pardonnable. Cette pièce se veut une proposition pour une aventure artistique collective ayant comme but au moins une chose : casser l’indifférence (Matéi Visniec)

Nous allons donc recréer sur scène, dans la simplicité que j’affectionne, un univers de bouées de sauvetage, de bâches bleues, et les vagues de la mer en continu.
Et nous y croiserons des passeurs, des gens des Balkans, des marchands de rêves, un président de la République totalement déboussolé, un conseiller plus que cynique, une chanteuse voilée, des prostituées, un jeune homme à qui on propose de vendre ses organes pour se payer la traversée, et tant d’autres migrants…
Pour ce faire j’ai réuni une troupe de sept beaux comédiens qui tous savent pourquoi nous montons cette pièce et pas une autre (Gérard Gélas)
une série de scénettes jouées par sept acteurs qui cumulent les rôles (un très bon qui est principalement ou me semble-t-il uniquement un passeur à grande gueule et à principes, comme une rareté), un plateau nu (juste deux bouées abandonnées au premier plan gauche) un écran sur lequel est projeté le plus souvent un rivage, qui parfois sert de paroi translucide derrière lequel passent des silhouettes (pour les Balkans), qui est parfois neutre, ou éclairé de couleurs violentes pour les scènes avec majorettes débitant des slogans aux salons de la détection de présences ou des clôtures et barbelés, une jeune femme qui avec son portable projette sur l'écran du fond le titre de la scène à venir, des enchaînements rapides, mais tout de même peut-être des boulons à resserrer et un contraste un peu trop brutal entre les scènes majorettes et le reste qui donne envie de les supprimer – et un texte qui dit à peu près tout, a des moments de joli cynisme et présente de belles âmes qui s'ignorent, mais fait un peu revue, manque un tantinet de force (ou nous sommes blasés)
dans le foyer, au dessus des tables des dîneurs ou buveurs, une jolie exposition de Corinne De Battista http://www.debattista.info/gallery2/main.php
dans l'après-midi, j'avais découvert aussi le joli (et mieux) site de Matei Visniec http://www.visniec.com/accueil.html (prix Jean Monnet de Littérature Européenne 2016 pour le marchand de premières phrases roman, aux Editions Jacqueline Chambon La première phrase d'un roman est le cri irréfléchi qui provoque l'avalanche… C'est l'étincelle qui déclenche la réaction en chaîne… Une première phrase n'est jamais innocente.... 

4 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Certains migrants n'auront pu, hélas, prononcer une première phrase.

Quand on pense que certaines municipalités (Nice, par exemple) refuse l'accueil, on se demande parfois dans quel pays - celui des Droits de l'Homme ? - on vit !

brigitte celerier a dit…

là il s'agit, même si le passeur leur conseille vivement de dire qu'ils fuient la guerre et change leur nationalité, de migrants c'est à dire de ceux qu'une ville ne peut officiellement accueillir (seulement aider les associations à le faire)

jeandler a dit…

Pensées migratoires qui donnent à réfléchir sur soi et sur l'autre, migrants de l'intérieur comme migrants de l'extérieur. Merci.

brigitte celerier a dit…

c'était la première.. je pense que cela va prendre force