dimanche, février 19, 2017

au théâtre hier soir

Après avoir ouvert les volets bleus sur la cour et le bleu qui s'éveillait dans le ciel, à l'heure du crâne massé et de la confiture, ai regardé mon agenda et lu Chêne les chatouilles en bas de page, ai compris Chêne noir, théâtre, me suis demandé ce que diable étaient les chatouilles et ce qui m'avait incité à prendre un billet.
J'ai ouvert le site du théâtre et j'ai lu
«Le choix de cette histoire s’est imposé à moi comme une survie, comme l’envie de dire haut et fort ce que beaucoup ne veulent pas entendre. Ce n’est pas un jugement, c’est le constat d’un combat pour exister, respirer, survivre…
Odette fait partie de ceux qui se battent, de ceux qui taisent une violente déchirure, qui l’occultent même puis la reçoivent en pleine figure, elle fait partie de ceux dont l’enfance a été brisée par une main adulte dans la culotte en coton.
Quand la vie fait taire les mots, naissent les paroles du corps. La danse et la musique ont une place primordiale dans cette création, elles apportent toute une poésie où parfois les mots s’égarent. »
Andréa Bescond 
(auteur et interprète)
ai eu petite crainte d'un spectacle exploitant le sujet, et puis, dessous, j'ai regardé le teaser, et j'ai compris que j'avais eu raison, sans doute


M'en suis donc allée dans la nuit vers la rue Sainte Catherine et le théâtre.
Et ma foi, sauf peut-être vers la fin, qui dit plus franchement la douleur et qui curieusement semble plus faible, c'est un bon et beau spectacle (qui a remporté un Molière «seul(e) en scène» en 2016, le prix du jeune théâtre de l'Académie française 2016, entre autres). Une mise en scène discrète et efficace d'Eric Métayer et une interprète/auteur, bonne et belle danseuse dans les moments où le cri ou la détresse s'expriment ainsi, surtout très bonne actrice, avec un indéniable talent comique sous-tendu par le tragique de cette destruction, pour une longue période, et même après le procès survenu très tard, quand la parole se libère. Ce combat muet et solitaire qui passe par la danse (une formidable incarnation de la directrice de petit cours de danse, au verbe aillée, bousculée et attentive à ses très jeunes élèves, pleine de bonne volonté plus ou moins adroite), le début de cours plus relevé, l'incompréhension, l'alcool et la drogue qui aident la danse dans cette auto-thérapie, la descente jusqu'aux promotions dans les super-marchés, l'aide d'un autre paumée (autre superbe moment avec la colère triste de celui-ci qui est humilié par la caricature en caïd de banlieue vu par la télévision – même si son amie lui explique qu'il faut cela pour coller aux préjugés de la psychiatre – et par la révélation, en assistant à ce récit, de la mort, encore à venir pour lui, du peu qu'il avait espéré...
Des ruptures de ton, qui ne choquent pas, amenées souplement comme dans un récit-confession passant du rire à la plainte, une chronologie un rien bouleversée et un personnage de mère (tous ces personnages, et les réponses et réactions de l'ex-petite-fille étant bien entendu incarnés par Andréa Bescond) d'un autisme égoïste qui finit par un rejet.

8 commentaires:

Michel Benoit a dit…

De tous les spectacles de théâtre dont je puisse me souvenir, "Les chatouilles" est celui qui m'a laissé la plus forte émotion.

brigitte celerier a dit…

contente de partager cela avec toi

Dominique Hasselmann a dit…

Sans doute très intéressant, d'après ce que vous nous en dites.
Pas trop de monde le soir dans les rues d'Avignon...

brigitte celerier a dit…

Dominique, pour Avignon l'hiver c'était presque beaucoup ... juste la sortie du théâtre
Avignon n'est pas d'une animation folle le soir sauf en juillet (bon, il y a les vendredi et samedi soir aussi au printemps et en été)
chaque bruit de pas isolé est un événement

Claudine a dit…

Voilà qui fait craindre de n'écouter pas assez la parole des petits d'Homme

Godart a dit…

La magie d'Avignon opère en toute saison. Magie plus confidentielle en hiver, mais persistance d'une empreinte théâtrale jusqu'à la confidentialité de ses petites rues à la nuit tombée. De l'antre à ces lieux de spectacles, tout au long de l'année, votre obstination à partager nous permet d'attendre le prochain été.

brigitte celerier a dit…

oh je manque plein de choses, le jazz, le festival de danse en ce moment, des pièces etc...

Christine Zottele a dit…

époustouflante l'énergie de l'auteure/danseuse/comédienne dans l'extrait! l'ai raté cet été mais avec ce compte rendu j'espère me rattraper le prochain... merci pour ce partage