samedi, juin 03, 2017

gisantes et gisants

Un ciel qui hésitait encore un peu ce matin, avec de grosses masses blanches sur du bleu clair. Une température délicieusement tiède... après avoir jeté mes déchets près des remparts, j'ai pris la rue du Limas en tournant le dos à l'antre
et j'ai grimpé, baignant dans le plaisir de conversations en italien, vers la place du palais...
pour les abandonner et traverser à l'heure où la lumière n'est pas encore ardente l'esplanade vers le petit palais
rendre hommage à la galerie de gueules et déboucher dans la cour
parce que voulais, même si elles se sont établies chez nous jusqu'en janvier, découvrir les dernières statues des éclaireurs, des sculpteurs africains,
avec les quatre gisantes de bronze discrètement polychrome, groupe intitulé une saison au Sud-Soudan, oeuvre de l'une des cinq femmes représentées, Diagne Chanel (née à Paris, d'une mère française et d'un père sénégalais)
Femme et métisse, et le plus souvent exclue j’ai rompue en étant artiste, avec la sécurité et le confort que peut procurer un profil de femme conforme dans un monde d’hommes.
Je trouve sur un article de 2016, http://www.viabooks.fr/interview/diagne-chanel-miriam-mafou-m%C3%A9tisse-marie-sellier-berest-metissage-et-tolerance-67008 relatif entre autres à une réédition bilingue, allemand/français, d'un livre, Miriam Mafou métisse, co-travail entre elle et Marie Sellier, outre des réflexions sur le métissage une problématique par essence interculturelle (mais pas que)
J’ai utilisé ma peinture, ma sculpture et la vidéo pour alerter sur le génocide du Soudan et l’esclavage toujours d’actualité en Mauritanie et au Soudan,
Cette démarche m’a entrainée beaucoup plus loin que ce que j’imaginais, et m’a amenée a créer le Comité Soudan. Avec les évènements du Darfour j’ai rejoins le groupe Urgence Darfour, dont je suis vice-présidente.
Des chercheurs m’ont demandé d’écrire des articles d’analyses politiques. Cet engagement m’a donc ouvert la voie de l’écriture
.
Mais je trouve aussi dans l'intéressant dossier de presse d'une exposition chez Philippe Lawson http://www.philippelawson.com/pdf/diagne-chanel.pdf Elle a pratiquement cessé ces activités. Non pas parce qu'elle ne croie plus à l'artiste comme «messager», mais parce qu'on a de plus en plus contrecarré ses intentions. On lui a reproché de se mêler d'affaires qui ne la regardent pas, en tant que métisse de nationalité française vivant à Paris en toute sécurité..
Et après m'être penchée sur ces robes gonflées comme des corolles abattues, sur ces semblables mais différentes, sur celle dont les pieds émergent au bout d'un fragment de jambes potelées, sur ces visages ronds et stylisés que l'on retrouve dans ses dessins et peintures, effacés là dans la mort (et mon appareil n'arrange rien... il faut vraiment que je trouve dans le regain de mon compte courant, en plus des trente (environ) billets pour le festival de quoi m'offrir un successeur aux trois anciens compagnons à bout de souffle)
suis allée, en restant dans la première salle du musée, en traversant un groupe de visiteurs
pour aller tout au fond, rencontrer des gisants d'hommes plus opulents que les quatre victimes de la cour, sur le gisant à vrai dire, qui a d'ailleurs fuit mon appareil, n'y laissant qu'une trace floue, celui du pape Urbain V et puis sur les quatre têtes, vestiges, de gisants de cardinaux dont deux seulement ont accepté, avec plus ou moins de réticence, que je les rapte...


Puis, sous un ciel qui avait opté franchement pour la lumière, suis revenue vers la place de l'horloge, la descente vers l'antre, en saluant la prière universelle de Ndary Lo. 

8 commentaires:

Claudine a dit…

Ces statues vont vous (nous) manquer dans quelques mois

brigitte celerier a dit…

surtout la prière sur la place... les autres on ne les voit qu'en le choisissant et oayant..

Dominique Hasselmann a dit…

Tant que les gisants - et les morts - ne sont que de pierre.

Au festival d'Avignon, verra-t-on des spectateurs - vivants - couchés ?

brigitte celerier a dit…

je préfère vivants (ne donnez pas d'idées aux fous !)

jeandler a dit…

Vivants ou morts
de la difficulté d'être.

Godart a dit…

Ces quatres gisantes de bronze justifient à elles seules la nécessité parfois de se mêler de ce qui ne nous regarde pas.

brigitte celerier a dit…

ne pas s'arrêter sauf fatigue passagère à ce raidissement de certains discriminés qui tourne à la discrimination

Arlette A a dit…

Toujours impressionnée par les gisants '