mardi, juillet 18, 2017

Avignon – Festival – jour 12 – une soeur et un roi

A sept heures premier réveil, rentrer table décrépite, la recouvrir en même temps que l'autre pour cacher la misère, se recoucher, second réveil à neuf heures, mettre le plus gros de la table et puis n'avoir quasiment plus rien à faire. Un déjeuner entre soeurs, quelques rires, des nouvelles, d'amis, de famille et des festivals de Grignan et d'Avignon...
et puis partir dans la ville, étonnement peu affairée, et même peu peuplée en ce tout début d'après-midi, vers une mercerie qui existait il y a deux ou trois mois, et depuis longtemps et qui est aujourd'hui une boutique entre café et nouvelle médecine douce, ou quelque chose de ce genre, ai rien compris sauf qu'ils ne vendaient pas de laine. Départ de la dame en rouge avec quelques livres-doublons et les fruits qui me sont interdits vers l'hôpital et l'amie victime d'un AVC... parce qu'elle, la dame en rouge, est et sera toujours le recours discret et chaleureux demandé

Vaisselle rapide, petite forme, trop mangé, émotion ? ou habitude idiote ?, courte hésitation et sortie d'un pas décidé dans l'étincellement de la place, juste pour le départ du car vers Villeneuve (en fait c'était celui qui précédait le visé... pas plus mal, pas le temps d'hésiter et je m'en suis bien trouvée)
Flânerie souriante, en indépendante, mais sans dévier de mon chemin vers la Chartreuse 
quelques pages de Théophile de Viau (ou de l'introduction plutôt) parmi le public silencieux du cloître Saint Jean,
avant la descente, les boyaux vers le tinel où se donnait (cette fois-ci pas de grève) the last king of Kakfontein de Boyzie Cekwana (son cv qui ne manque pas d'épaisseur sur http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2017/the-last-king-of-kakfontein mais il semble n'être jusqu'à maintenant jamais venu en France)
une image de la vidéo de Lungile Cekwana...
Le programme annonçait À la fois conte sauvage et tragédie shakespearienne mêlant danse, vidéo et musique en direct, la dernière création de Boyzie Cekwana met en scène un tyran démocratique. The Last King erre dans le hall pétrifié de son palais de carton et chante ses louanges «comme le sang suinte d'un corps meurtri». Imaginée pendant l'élection présidentielle américaine, inspirée par la situation que connaît l'Afrique du Sud et l'Europe, Kakfonteinscrute le comportement des populistes qui sont aujourd'hui au pouvoir et commente leurs attaques répétées contre le projet démocratique. En fait c'était bien cela, mais aussi, devant l'impressionnant gradin du tinel, complètement rempli, un court spectacle aux moyens volontairement limités, un grand écran blanc sur la gauche, qui reste longtemps vierge, un pupitre derrière lequel se tient le vidéaste Lungile Cekwana, des papiers entortillés pour donner des formes étranges à terre, Boysie Cekwana debout, en bonnet et treillis comme le guitariste et la chanteuse, qui prend par moment la parole ou danse, tout en retenue, une danse qui se limite aux gestes des mains, aux jambes qui tremblent, à une longue montée en transe mais sans grands effets (et vers le milieu du spectacle il se coiffe d'une couronne presque semblable à celles que l'on tire en mangeant un gâteau et d'un manteau), un guitariste inconnu puisque c'était un remplaçant, une jeune chanteuse qui murmure presque parfois ou lance sa voix avec la splendeur ou presque de Myriam Makeba, une musique qui vient des styles populaires d'Afrique du Sud, mais tombés en désuétude... la musique marabi... essentiellement jouée dans les shebeens, ces bars clandestins des townships... devenue la mbaqanga (littéralement le "pot-au-feu du pauvre"), un spectacle discret, sans imprécation, qui, à moi, pendant que mon voisin dormait béatement, m'a plu, et de plus en plus, malgré quelques moments d'incompréhension inconfortable, ce que je trouve plutôt bon signe.
Des applaudissements assez brefs mais que j'ai cru chaleureux...
et la sortie dans l'allée d'accès à la chartreuse, 
la marche rapide vers le bus, une attente assez électrique dans l'ombre chiche pour ceux qui y trouvaient place, deux bus qui ne s'arrêtent pas – ils étaient trop en retard parait-il - et enfin un qui accueille la moitié des attendants... un autre suivait. Une Brigetoun qui se sentait en forme mais qui devant l'insistance de plusieurs a été contrainte de partager avec un petit vieux (grand beau et digne mais guère plus épais) un siège, pour le court trajet
Une Brigetoun très vexée d'entendre dans le car critiquer, ou mépriser ce spectacle que j'avais plutôt aimé – sourire – non pas vexée, mais un peu surprise tout de même et mécontente d'avoir la petite outrecuidance de juger qu'ils – les autres – attendaient un spectacle assimilable aisément, en plus fort peut-être que les nôtres, comme ceux de Robyn Orlin, et trouvaient – l'ai entendu – qu'ils n'en avaient pas pour leur argent... plus troublée par la petite voix de mon contemporain, sage et souriant qui m'a dit qu'il était tout de même un peu déçu),
Retour dans l'antre, arroser, finir de mettre mon désordre habituel, et puis j'interroge Google sur Boyzie Cekwana, et je trouve un article de Télérama http://www.telerama.fr/scenes/avignon-2017-cekwana-et-coulibaly-une-revolution-deux-emotions,160782.php concernant la représentation, excentrée sur Marseille, qui a été donné du spectacle très applaudi de Serge-Aime Koulibaly (ai sauté, ai envie de l'aimer, ou sait-on jamais ne pas aimer, par moi-même) et de celui de Boyzie Cekwana, rassérénée en lisant le travail plus modeste du sud-africain Boyzie Cekwana a touché d'une manière plus évanescente et désespérée. Dans le programme d'Avignon, il s'annonce de manière tonitruante, dans la foulée de son titre :The Last King of Kakfontein – «le roi de la fontaine Caca». Il s'agirait de dénoncer la montée du culte de la personnalité dans les démocraties comme dans les tyrannies du monde entier, africaines en particulier. On s'attendait à une grande démonstration révoltée. Il s'agit plutôt d'une rêverie sur ce qui aurait pu être... de la part d'un artiste-phare de la scène sud-africaine, formé sous l'apartheid, dont les premières œuvres ont l'âge de l'arrivée au pouvoir de Nelson Mandela. Et ma foi la rêverie sur ce qui aurait pu être, la tristesse révoltée mais sans clameur, moi j'aime bien.
Alors bien sûr par rapport à ce que j'ai vu, ils vantent le guitariste chevronné qui (c'était décidément le jour) venait d'être hospitalisé, le festival est rude, et avait été remplacé au dernier moment mais la chanteuse est là, la danse qui ne semblait pas danses à mes co-voyageurs de Boyzie Cekwana, et zut, puisque j'ai aimé (même sans enthousiasme) j'ai raison en ce qui me concerne.
Mais paresseuse, ai décidé d'en rester là.

6 commentaires:

Arlette A a dit…

Pas facile de partager ses enthousiasmes ou tout au moins son plaisir ...cela est un peu frustrant

brigitte celerier a dit…

oh pas vraiment frustrant de ne pas partager, juste intrigant, on se demande si on a tort, et finalement non, même si ce n'est pas très bon le principal est d'avoir aimé plus ou moins (pas d'enthousiasme d'ailleurs, mais aimé plutôt)

jeandler a dit…

Le festival vu d'en face, un air plus respirable, plaisir partagé.

Christine Simon a dit…

il existe des manifestes qui n'en sont pas

brigitte celerier a dit…

Pierre nous sommes dans la charnière entre deux séries de spectacles du in, et entre deux séries de visiteurs

Claudine a dit…

Quand vous aimez c'est toujours un baume pour les concernés