lundi, juillet 17, 2017

Festival – jour 11 – cheveux, ménage, les bonnes, avant Ibsen Huis

réveil sans ressort,
lavage cheveux, lentement, sortir robe hésitante,
puis aspirateur, cire, savon sur carreaux, rincer en trouvant délicieux le contact des dalles mouillés, cuisine, repas rapide, peux pas, peut-être taxi,
et puis s'en aller vers treize heures et quart en évitant les rues trop passantes, au moins jusqu'à la fin de Joseph Vernet avant les brasseries et théâtre non spectacle, colloque entre esprit et carcasse, et peu à peu une envie de rire se frayant
savourer l'ombre des derniers cent mètres, avant la gare routière...
Vedène, traversée du petit désert brûlé, forme renaissante, ne pas y regarder de trop près grâce à quelques échanges agréables (quoiqu'on commence, comme toujours après le 15 juillet, à rencontrer en majorité des parisiens encore imbus de l'urgence, et de leur importance, dans les files, les cars etc... – sais pas pourquoi ils sont toujours charmants au début – et je me sens alors, maintenant, furieusement avignonnaise)
et mon attente, parce que n'avais finalement jamais vu de spectacle de Katie Mitchell, et qu'on en dit généralement le plus grand bien, de voir quel était son regard sur les bonnes de Genet
comme suis encore en petite forme, je me borne ici à reproduire la présentation sur le site du festival (d'où proviennent également les deux photos de Jan Versweyveld)
Katie Mitchell donne une ampleur européenne aux réflexions de Jean Genet et déplace la situation des fameuses bonnes de l'après-guerre de l'appartement parisien de Madame au centre d'Amsterdam d'aujourd'hui. Là, elles sont désormais polonaises. En l'absence de leur maîtresse, Solange et Claire y jouent toujours à prendre son rôle, sa voix, ses manières, à se maltraiter et à la maltraiter... Mais si Madame revêt les attributs et les atours de la puissante patronne, l'inversion des rôles est posée – dans la lecture de Katie Mitchell, il s'agit plus de soutenir une réflexion sur l'exploitation patriarcale que de parler de la domination des femmes par les femmes. Le destin fatal des soeurs Papin qui inspira sa pièce à Jean Genet résonne donc cette fois avec la situation de milliers de femmes d'aujourd'hui, émigrées économiques, sous-payées, recluses dans la clandestinité ou sous l'écrasante supériorité de ceux dont elles dépendent. Débarrassées de Monsieur qu'elles ont réussi à faire emprisonner, les deux bonnes manigancent la disparition de Madame, son étonnant conjoint travesti. Leur jeu dangereux, qu'elles agrémentent d'un saisissant suspense, apaise leur rage jusqu'à ce qu'il prenne un tour plus concret. Le passage à l'acte est-il possible?
Beau décor qui pourrait sembler froid comme du papier glacé mais ne l'est pas, belle interprétation, ai trouvé cela intelligent, y compris, ma foi, le choix du travesti parce que le genre, parce que Genet... malgré la stupidité, surprenante compte tenu de l'ensemble, mais symptomatique de ce qui m'horripile dans la nouvelle génération des féministes, de cette dernière phrase sur le programme de salle Et il me faut aussi admettre quelque chose : la féministe en moi se refusait à raconter l'histoire d'une femme opprimant d'autres femmes.
En fait j'ai admiré le travail, regardé, n'ai pas eu mes brusques et brèves absences qui viennent toujours tôt ou tard me voler quelques minutes (pas plus) du spectacle, mais suis restée froide.

Car conversant, pas forcément de ce spectacle là, mais aussi...
Retour à travers l'autre festival, sans m'attarder, pour avoir temps de faire cuire patates, boire une demie tasse de thé, arroser, entrer et sortir de la douche, mettre jean et tee-shirt propres, pas très bien repassés.. préparer ceci et repartir, en choisissant d'oublier les réserves entendues dans le car – se trompaient forcément ces jeunes femmes averties – vers la cour du Lycée Saint Joseph. 
en forçant l'allure parce que j'ai réalisé en cours de route que dans mes calculs je m'étais gourée d'une petite demie-heure... alors Brigetoun a pris son autorité de vieille femme habituée du grand festival... et avec des pardons, des sourires mais aussi des gestes de bras invitant à dégager mon chemin à partir du moment où avec la rue des Lices j'ai retrouvé des petits attroupements ou des familles flâneuses, 
je suis arrivée juste avant que la longue queue (mais comme j'avais ma bonne place au milieu du premier rang ça n'avait pas d'importance) se mette en mouvement.
Une petite attente pendant que l'on vendait les places non occupées et ont commencé les un peu moins des quatre heures prévues à l'origine (en fait de 21 heures à un peu moins d'une heure) d'Ibsen Huis de Simon Stones, acteur, auteur et metteur en scène australien dont n'avais jamais entendu parler... spectacle à nouveau en néerdlandais (c'était le jour) avec six panneaux différents pour le sous-titrage ce qui facilitait les choses pour ne pas trop perdre de vue l'action ou ne pas être dans un brouillard quand au sens des échanges.
Comme les jeunes femmes le disaient dans le car cela brasse à peu près tous les sujets (enfin tout de même pas) qu'on retrouve dans les spectacles actuels, il faut un certain temps - mais en fait pas tellement, c'est très bien fait - pour savoir qui est qui, d'autant que comme cela se déroule en sautant en avant, en arrière, dans le temps de trois générations, une actrice peut jouer plusieurs rôles de jeunes femmes, un acteur être un père, un ami etc... mais ma foi je n'ai pas eu à mettre en jeu mon esprit de contradiction pour, non pas crier au chef-d'oeuvre, mais aimer, beaucoup et me sentir bien, comme on aime un roman choral de belle qualité.
photo de Christophe Raynaud de Lage prise sur le site (pour en voir davantage si le coeur vous en dit http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2017/ibsen-huis sur lequel je recopie, pour une idée assez faible de ce qu'est ce spectacle :
Les personnages qui arrivent au plateau incarnent la même silhouette. Sont-ils cousins, soeurs, filles et fils d'un unique personnage imaginé par Henrik Ibsen ? Que révèle la maison-mère pensée par Simon Stone ? À partir d'un lieu central, d'un centre nourricier qui trône sur l'immensité du plateau de la cour du lycée Saint-Joseph, le metteur en scène australien décide de proposer une architecture en kit à l'image d'une généalogie : chaque chapitre de la vie de cette famille est une pièce, la maison se pèle et s'ouvre comme un fruit, les spectateurs passent d'une oeuvre à l'autre. (en fait il n'est absolument pas nécessaire, si même c'est possible, ou désirable, puisque la construction implacable de la pièce d'Ibsen a disparue dans ce prélèvement, de chercher à quelle pièce correspond telle ou telle situation, qui reprennent les thèmes les plus fréquents, mais il est préférable, en tout cas plus simple, de suivre instinctivement le spectacle pour lui-même et la façon dont les époques s'entrelacent, venant dans un désordre apparent qui permet de comprendre par le passé ou de réaliser par le futur ce qui se joue, puisque, malgré quelques emportements, le plus grave, comme dans toute famille, n'est pas dit crument)..  Avec une continuité dramaturgique réexplorée, il questionne, dans cette Ibsen huis,les problématiques familiales par temps de crise, les blessures qui n'ont pas guéri. Chambre, cuisine ou encore grenier de cette maison de vacances portent en eux les traumas et les affrontements, mais aussi les souvenirs heureux. À partir de sa propre expérience, Simon Stone mêle la vie d'individus croisés aujourd'hui et le bestiaire de personnages si chers à Ibsen : ceux qui soulèvent le drap recouvrant les mensonges de la vie quotidienne. Écriture au plateau, performances d'acteurs choisis avec soin, dramaturgies plurielles se jouant des deux derniers siècles, Ibsen huis est une pièce qui emprunte de nouvelles trajectoires théâtrales pour continuer à questionner l'Homme et son instinct de survie
et après avoir suivi les personnages pendant un peu moins de deux heures dans diverses péripéties liées à leurs séjours, leurs retours, dans cette maison construite par Cees, (même si l'idée qui a fait sa renommée tient beaucoup d'un autre personnage),l'architecte, le grand homme, qui aime tant les jeunes filles de la famille.
après un long – trente minutes – entracte dans le jardin du Lycée qui prend des allures de fête dans un conte, avec petites bouchées, tartes, vin, bière ou eau si on le désire... 
on retrouve la maison en construction, en kit, (photo de Christophe Raynaud de Lage) et puis vide, à la fin, reconstruite après avoir brûlée...
Brigetoun, heureuse d'avoir tenu le coup et heureuse de ce qu'elle avait vu, et tant pis si je prévoie qu'on va se gendarmer au nom d'Ibsen et de la profondeur de ses personnages, était un tantinet lasse et s'est tout de même levée pour applaudir debout sur le côté, et même s'échapper, la seconde environ, pendant le troisième salut, honte à elle.

5 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour l'ambiance, les photos et les mots !
Bon courage pour la suite et la chaleur...

Claudine a dit…

Bon appétit en joyeuse compagnie

brigitte celerier a dit…

fraternelle oui, et douce espérons, surement en fait
joyeuse oui, un peu mais je suis une étape sur chemin vers amie hospitalisée alors..

Arlette A a dit…

Ibsen ..regal j'aurais aimé

brigitte celerier a dit…

c'était sa maison, mais n'était pas là.. on pensait à lui seulement