samedi, juillet 15, 2017

Avignon, Festival – jour 9 – modération spectacles, moins pour photos, rues, projets sans solidité, et sujets à vif

Après avoir tourné en rond en trouvant à six heures sur Facebook un message d'un de la génération suivante (ai l'amitié pour le gamin que j'ai connu, connais moins l'impressionnant médecin qu'il est devenu, mais j'aimerais bien) me proposant un rendez-vous samedi ou dimanche qui perturbait mon petit programme, proposé une solution, me repentir, proposé une autre et puis avec remords (et peut-être en le soulageant) dire, peux pas... après avoir par contre pris avec plaisir un rendez-vous pour un déjeuner très improvisé entre soeur, très, très improvisé – n'irai sans doute pas aux Halles – lundi... remisé la très vague envie d'un spectacle de danse sur la place et m'en suis allée en fin de matinée, en gourmandant carcasse dans une chaleur attiédie par rafales vivifiantes,
vers Ceccano pour assister au moins une fois à on aura tout le feuilleton théâtral de Christiane Taubira et Anne-Laure Liégeois, des «citoyens amateurs de théâtre» et des élèves du conservatoire http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2017/on-aura-tout parce que suis désolée de le manquer totalement (horaire qui me convient mal),
rencontrant un défilé pacifiste, un peu anarchique, tant et si bien que les passants ne faisaient guère la différence avec une parade,

et m'attardant un moment - me croyais très en avance - place Saint Didier devant les éventaires de bouquinistes (ai trouvé avec joie un des livres qui ont disparu dans l'évacuation de la cave humide parisienne où étaient entassés – honte à moi, mais n'aurais pas eu la place, et j'étais hors d'état de faire un tri, les débarrasseurs l'ayant d'ailleurs fait en partie, remplissant un sac de leurs préférés – un des livres donc de cette épatante collection «Liberté» de Pauvert, Théophile en prison de ce cher Théophile de Viau qui a pris place dans mon sac pour les attentes
Mais qu'est-ce que la morale a à voir avec le pays d'où je suis ? N'est-il pas permis de réussir en partant de n'importe où ? Mon sort te paraît très enviable peut-être, alors qu'aujourd'hui, en prison, il me faudrait mourir de froid, si mon frère ne me procurait des vêtements chauds ?
Seulement en tournant le coin de la rue Laboureur ai vu, à travers les barreaux et les affiches, des gens assis et debout, près du mur de la livrée, regroupés comme un auditoire, par delà une rangée de vélo, et un attroupement sur mon trottoir devant la porte du jardin... On ne laissait plus rentrer personne. Mais au bout de quelques minutes une belle voix sonore a annoncé que le thème du jour était la colonisation et entamé un discours qui m'a semblé très vaguement familier, sans que j'arrive à mettre un nom sur son auteur (mes voisins interrogés n'en savaient pas plus que moi, je suppose – mais il ne m'est pas si familier – parce que j'ai cru reconnaître certaines phrases que c'était celui de Clémenceau en réponse à Jules Ferry) – un peu plus tard, dans ce qui est semble-t-il un collage de voix et de textes, c'était, de façon certaine le «discours» qui n'en est pas un mais qui est de poésie et force superbe, de Césaire
On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs «maîtres» provisoires mentent.
Donc que leurs maîtres sont faibles.
Et puisque aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres.
Colonisation et civilisation ?
ai fait quelques pas pour me sortir de la presse, écoutais, un bon moment, jusqu'à ce que carcasse finisse par imposer ses ennuis...
Je ne sais donc ce qui a suivi, parce que m'en suis revenue bien sagement vers l'antre, et comme n'étais guère mieux un peu avant seize heures, ai abandonné la vague intention de passer chez Golovine voir un ballet plein d'humour et d'énergie si j'en crois une vidéo et suis restée bien tranquille (me suis revanchée un peu en lisant le texte de Césaire https://www.socialgerie.net/spip.php?breve718) avant de partir en fin d'après-midi vers le seul spectacle originellement prévu,
longeant, pour éviter la presse pendant une bonne partie du trajet la rue Joseph Vernet, la lumière et l'ombre, les envols d'affiches qui, rue des Lices, dans le prolongement, où elles étaient en grappes de trois là où elles subsistaient, donnaient de fortes claques si je n'y prenais pas garde, m'obligeant à une amusante petite danse d'esquive (les marcheurs aussi, devenus plus nombreux, et les petites terrasses de restaurant colonisant le trottoir en bonne humeur)
Face à l'animation d'un début de spectacle au Verbe incarné, le hall de Saint Joseph avait tout d'une oasis de silence et de calme.
C'était la dernière du programme B (les deux séries de petites formes à 18 heures) avec (les photos des spectacles sont de Christophe Raynaud de Lage, rituellement, celles des saluts de Brigetoun) 
la même chose (beaucoup, beaucoup aimé, l'assemblage, en contrepoint ou accompagnement, du jeu et de la musique inventive)
de Joachim Latarjet (membre fondateur de Sentimental Bourreau et Sentimental Trois 8, directeur avec Alexandra Fleischer de la compagnie Oh ! Oui) et Nikolaus (issu puis enseignant du Centre national des arts du cirque, merveilleusement loupeur ou loufoque, adroitement gauche, jongleur virtuose)
ne saurais détailler mon plaisir à part l'intervention de Walser avec deux poèmes en allemand, en français et chantés, en reste au programme un tantinet allusif et imprécis figurant sur le programme
« Toute sa vie, Georges Carl a fait le même numéro. La même chose... Trois fois par jour, pendant plus de quarante ans, il a fait rire les gens aux mêmes endroits et pour les mêmes raisons. Pensait-il, à ce moment précis, qu'il était en train d'écrire un bout de l'histoire de l'univers ? Sans doute, sinon peut-être aurait-il changé de numéro, et donc de vie... Eh bien, pour nous, c'est la même chose. »
puis 
le rire pare-balles, de Julien Mabiala Bissila (acteur, forcé à l'errance pendant la guerre du Congo, auteur de Cave rouge, fondateur du Nguiri-Nguiri Théâtre) et Adèll Nodé-Langlois (danseuse et trapéziste, auteur de pièce, créatrice d'un personnage de clown Antigone, professeur) peut-être légèrement en retrait, un peu, à force de dérives loufoques, sur deux plans, texte jouant des mots et clownerie, même si la politique n'en est pas absente par rapport à mon attente, mais en accord (pour le discours) avec cette citation qui est la seule indication sur le programme (en fait il s'agit de Brazzaville, de De Gaulle, de la Françafrique en s'en défendant etc... et des spectacles caricatifs)
« Traverser le musée de l'intime nécessite du temps, qui souvent demeure insuffisant. Celui qui est pressé d'avoir un enfant, qu'il épouse une femme enceinte. Dans la vie, tu as beau être pressé, jamais ton derrière ne sera devant. » Philosophie africaine
Disons que j'étais en sympathie et plaisir, vrai, mais par moments un rien déroutée...
Me sentais en bonne forme, enfin bien meilleure, en sortant, mais n'avais qu'un projet un peu avant onze heures, et après avoir mis ceci en forme plus ou moins correcte, quoiqu'un rien abondante, après avoir envisagé le programme à venir... je décide de rester dans la paix de l'antre.

6 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Quel programme ! Admiration !!

brigitte celerier a dit…

très limité au contraire, une heure vingt de spectacle

Dominique Hasselmann a dit…

Une journée bien remplie...

J'aime bien ces musiciens dans les rues comme des promeneurs ordinaires... et plaisir de voir un des livres de la collection de chez Pauvert (celui-là, je ne l'ai pas !).

Si vous êtes en forme, continuez sur le même rythme (pas trop minuté )... :-)

jeandler a dit…

Quelle abondance ! La corne est pleine.

brigitte celerier a dit…

Dominique, là il va falloir intercaler un peu de maison... même si ménage euh, disons pas à fond, et corbeille repassage débordante (mais les gros efforts à part 4 heures dimanche soir sont pour la fin de la semaine prochaine et le début de la suivante.. me faut reprendre force même si jamais pesé aussi lourd à cette époque 39)

Pierre, peu de spectacle et marche lente avec arrêts égale photos (sourire)

Godart a dit…

Programme copieux, mais pas d'indigestion culturelle.