dimanche, juillet 02, 2017

Depuis l'antre et mon coin de ville

épaules légèrement frissonnantes regarder le matin bleu depuis ma chambre
me reprocher de ne pas être sur la pelouse de Reuilly http://www.francetvinfo.fr/politique/ps/benoit-hamon-lance-le-mouvement-du-1er-juillet-pour-refaire-la-gauche_2264019.html (mais ne pas croire que ma présence aurait la moindre importance...)
Me laver les cheveux, un peu de ménage,
Ecouter beaux discours prononcés à Strasbourg par les puissants actuels en hommage à une Europe qui n'existe plus, (un peu même sentiment qu'en écoutant parler de Simone Veil avec le regard porté sur le féminisme actuel) – sentir mon âge
Lire, regarder, ce que je trouve sur la politique actuelle en achevant de purifier mon rire pour qu'il soit franc et non ricanant, même si pour cela je dois négliger les effets de ce théâtre minable sur le sort à venir du pays et des plus faibles d'entre nous
Mais me reste petite colère qui prend ce qui lui passe sous les yeux pour se distraire de son objet actuel comme en picorant chez les troubadours quand se faisaient critiques pour aller avec mes tentatives de photos (je continue à me maudire) dans l'après-midi
Ouvrir Campo santo de Sebald, et lire les quatre premiers textes (avant des essais) reliquats d'un livre projeté sur la Corse... avec, entre autre, après l'évocation des cimetières privés, ce regard extérieur rapporté par Stephen Wilson, dont je ne sais rien si ce n'est qu'il est un collègue anglais de Sebald, sur les voceratrici (qu'absurdement je ressens comme miennes) qui s'arrachaient les cheveux comme les furies antiques et s'égratignaient le visage, selon toute apparence hors d'elles de colère et de douleur aveugles, tandis que dehors les hommes se tenaient dans le couloir sombre et dans l'escalier, frappant le sol de la crosse de leurs fusils. Stephen Wilson souligne que des témoins oculaires, qui au XIXe siècle et jusque dans l'entre-deux-guerres ont assisté à de telles veillées funèbres, ont trouvé remarquable la façon dont les pleureuses d'une part entraient progressivement en transe, étaient prises de vertiges et perdaient conscience, et d'autre part ne donnaient absolument pas l'impression d'être envahies par une émotion sincère. Certains témoins, selon Stephen Wilson, vont jusqu'à parler d'une absence d'émotion frappante ou même de rigidité, quand la chanteuse, en dépit de la passion qui explose convulsivement dans les aigus, ne verse pas une larme. Devant un tel contrôle de soi, en apparence glacé, quelques commentateurs inclinaient à voir dans les plaintes des voceratrici un rituel vide, prescrit par la tradition, ce que confirme l'observation que pour rassembler un choeur de pleureuses il fallait déjà une bonne mesure de préparation pratique et, pour le chant lui-même, de discipline rationnelle (traduction de Patrick Charbonneau et Sibylle Muller) ce qui entraine chez Sebald, reprenant la parole Mais en vérité, il n'y a pas de contradiction.. un beau développement sur le deuil, puis sur le deuil moderne... et ses rites rapides. A cette époque, tous étaient indispensables, même ceux qui étaient morts. En revanche, dans les conurbations de la fin du XXe siècle, où chacun est remplaçable dans l'instant, et en fait superflu dès sa naissance, il importe de jeter sans cesse du lest... et recopiant cela il me vient à l'esprit que nous nous revanchons de nos émotions contenues en les exprimant, fort sincèrement, lors des morts célèbres, en pleurant l'image que nous avons de personnages qui nous sont en réalité étrangers.

8 commentaires:

jeandler a dit…

Bon, les lauriers roses sont bien fleuris et les jambes des femmes sont belles.

brigitte celerier a dit…

c'est déjà pas mal

Dominique Hasselmann a dit…

Jolie vidéo : l'appareil prend nettement ce qu'on lui dit de voir.

Personnes célèbres disparues : non, nous ne nous "revanchons pas", c'est le passé qui ressurgit et nos souvenirs aussi...

brigitte celerier a dit…

Dominique je voulais dire que nous nous revanchions de la discrétion de nos deuils personnels en l'exprimant pour ceux qui nous touchent de moins près

Dominique Hasselmann a dit…

@ brigetoun : d'accord !

Godart a dit…

Bon petit film d'entraînement, ça zoom, ça dé zoom, la technique s'installe peu à peu, la voix est claire et ferme.

Claudine a dit…

Peut être que le deuil des personnes célèbres disparues permet la dissociation des deuils personnels incandescents de l'expression de la tristesse, un déplacement salutaire, une soupape de sécurité pour bouffées chagrines

brigitte celerier a dit…

c'est ce que je crois comprendre