mardi, février 20, 2018

Grognassou

une brise tendre
les ombres douces sous bleu
sourire des rues
et une Brigetoun agacée, pour cause plus futile qu'il n'est pensable, parce que non contente de prendre un semblant de poids, elle devient de plus en plus léthargique et que pour le xième jour elle s'est re-réveillée tard, plus tard de jour en jour, se bousculant ainsi dans son entrée dans la nouvelle page de vie, dans le désir d'assimiler ce qui se passait, se disait, s'était dit, s'était écrit, et si possible d'y comprendre un peu, un tout petit peu, juste le peu nécessaire pour croire l'avoir en partie assimilé.
Pour trouver meilleure, ou non, raison à mon bougonnement intérieur, me suis souvenue (appuyée par des photos prises jeudi en allant aux halles ou le soir en revenant du théâtre) de mes sentiments rageurs d'alors, et les revivant j'ai plaidé contre cette réaction, que je juge épidermique, même si je soupçonne qu'elle est plutôt la difficulté d'une des temps anciens, d'une époque où le désert blanc, l'ordre, l'ouverture, n'étaient pas recherchés, d'un siècle ou début de siècle, maintenant trop ancien, où la vertu ne s'affichait pas avec tant de netteté dans le culte sans limite de la transparence que cela suffit, et où la recherche scrupuleuse de l'hygiène, bien trop absente souvent alors, ne se traduisait pas par une artificialisation et modification de la nature et de notre cadre, réaction furieuse le matin, lorsque regardant, commentant avec un ouvrier, l'étendue pâle et neutre qu'est devenue la partie élargie de la rue Bonneterie - j'espère que seront remises en place les deux rangées de bacs carrés portant des arbres boules qui bordaient les trottoirs, recréant ainsi des couloirs animant l'espace – , j'ai compris que, sous prétexte d'éviter des glissades – ma foi j'y suis sujette et je m'en accommode par une attention plus grande au sol, m'appropriant ses défauts – c'est toute la rue qui va être traitée ainsi.
Repassant par là le soir, au sortir du théâtre, j'ai salué le trou, la fontaine qui rompaient un peu cette plaque beige clair (pour le trou me suis demandé ce qui le remplacerait
mais c'est avec regret, l'annonce d'un deuil, que mes pieds ont suivi les dalles en camaïeu rose, leurs défauts, les bandes noires qui les interrompent irrégulièrement
et les dessins qu'y posent les petits pavés (là où l'attention nécessaire pour maintenir la stabilité des petits vieux devient inutile).
Voilà ma grogne s'est exprimée, comme pour l'aménagement de la rue des Fourbisseurs et de la place Saint Didier devenues piste cyclable et trop grand espace malgré les arbres conservés et leurs petits bancs circulaires, et normalement l'acceptation est arrivée.
Le ciel lui, au cours du jour, s'est peuplé de nuages de plus en plus proches jusqu'à devenir couverture blanche bosselée pour laisser filtrer joliment du bleu très clair, et dans la nuit descendue je vous présente mes excuses.

6 commentaires:

Claudine a dit…

Rogne à déguster à haute voix

Dominique Hasselmann a dit…

Le "sourire des rues"... belle expression.

Il est vrai que la "protection" à tout prix (arrachage des pavés, soi-disant pour éviter les glissages ou les soubresauts à pied, mais surtout pour empêcher le "dépavement" de sinistre mémoire...) aboutit à un "lissage" uniforme des rues, comme ces horribles "gendarmes couchés" qui, pour être vraiment efficaces, devraient mesurer un mètre de haut !

Nos "aménageurs" sont des docteurs tant-pis sans approche esthétique.
Bientôt on reconstruira le pont d'Avignon pour éviter cette coupure suicidaire...

Arlette A a dit…

Joliment dit et décrit ce parcours familièr
" Grognassou "un beau non pour un nounours pas toi, mais un autre "copaing"

Anonyme a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
brigitte celerier a dit…

Dominique ne leur donnez pas d'idée ? devrais censurer votre commentaire si jamais un décideur local passe ici (il m'arrive de rencontrer en vrai des gens qui disent passer par paumée de temps en temps)

brigitte celerier a dit…

oh que si Arlette ! sais très bien être grognassou (ai longtemps fais la gueule te dirait la famiglia)
mais j'aime beaucoup le mot copaing et aimerais l'être