mercredi, mars 07, 2018

Un marché, un toscan et des voisins

un sol mouillé, mais le plafond posé sur la ville était un peu moins sombre, une Brigetoun un tantinet retapée qui voulait se croire aussi solide que les jeunes petites fleurs des massifs (faut dire que celles-ci avaient un rien souffert du soleil glacial suivi de pluies navrantes) 
même si je sentais les vieilles dalles humides si étonnamment glissantes que me demandais (bon n'y croyais pas) si elles n'avaient pas subi un traitement spécial pour justifier leur remplacement en cours par les dalles beiges du désert auquel je ne me fais pas (à vrai dire au retour me suis trouvée assise, fort confortablement d'ailleurs, sur les dalles de la rue du Commerce)
Suis allée aux Halles parce que ce matin le panier à patates ne contenait plus qu'une demi pomme de terre de la Crau. Suis revenue avec des petites camargues... il y avait pas mal d'étals en vacances, pas beaucoup de clients, mais j'ai trouvé largement, et plus, de quoi me satisfaire pour un bon bout de temps
ai rencontré devant les poissons gisants mon avignonnaise préférée, et en sortant ai vu la victoire, pour un temps au moins, du ciel bleu.
J'ai plongé le nez dans les mensuels reçus, ai cru comprendre, ai tenté de résister à la navrante, 
et puis ai repris, en passant à côté de la belle annonciation de Bartolomeo Caporali - fin 15ème siècle– (j'aime le recueillement de ses vierges), mon errance dans le souvenir des salles du petit palais,
ai choisi, en restant en Ombrie et remontant dans le temps, telle est ma fantaisie, passant de Pérouse, sa ville, à Gubbio et, au début du quatrocento, Ottaviano Nelli (vers 1375, mort en 1444)
avec une vierge d'humilité,  glorifiée par le fond d'or, aussi douce que les deux arbres qui se penchent vers elle, assise sur un banc dans un jardin de fleurettes, très richement vêtue pour une vierge d'humilité, nous regardant, patiente, pendant que l'enfant, yeux levés vers son visage, se cramponne à un sein, sans doute, mais alors curieusement placé,
et un Saint Jérôme, masse barbue de gris sombre, riche manteau rouge sur bure, visage rond dont l'air un peu bourru pourrait être attribué à l'attention (si cet air bourru n'était pas l'attribut d'un certain nombre de saints incarnant la sagesse) soignant la patte d'un pauvre lion gueule ouverte sur une imploration, et ce généreux soignant a soigneusement posé sur une pierre son chapeau – le saint se rapprochant de notre humanité en se détachant, non plus devant un fond d'or mais contre un paysage encore assez gauche,  une pente plantée d'arbres, d'un olive foncé qui fait chanter le rouge, l'ensemble s'appuyant sur une église qui se glisse derrière le bas de la pente.
De là, les Marches, avec la solennité d'une vierge à l'enfant – main inconnue – 1ère moitié du 15ème siècle – avec Sainte Marguerite et Saint Dominique, un panneau sculptural, sombre et éclatant d'or et du rouge géranium du manteau de Madeleine , sculptural mais avec assouplissement, la vierge frontale tenant avec distraction l'enfant et les saints plantés, figés, témoins et garde d'honneur, les minuscules anges posés comme décor sur le trône que surplombait, mais je l'ai gommé, Dieu le Père.
Passant ensuite en Emilie, quatre oeuvres, les trois premières à Bologne
deux saints un rien déformés par ma petite taille, de Pietro Lianori (connu de 1446 à 1460) solides et terriens, Saint Hommebon (ai eu recours à Wikipedia, ne le connaissant pas et séduite par son nom, sachez qu'il était crémonais, tailleur et fils de tailleur, très honnête, très pieux, très généreux et mort en adoration, que les Bruxellois le rencontrent puisqu'il figure sur la maison des tailleurs de la grande place et qu'il est le patron des hommes d'affaire ce qui est une rude tache) et Saint Christophe
un Saint Pierre (avec Saint Jacques en pendant) d'un inconnu que j'aime pour la belle géométrie, les teintes sourdes, la sage paix qu'il dégage
et un détail de la flagellation de Saint André, oeuvre de Michele di Matteo (connu de 1416 à 1465), qui m'a séduite, et pas uniquement parce que les reflets le respectaient, mais aussi par le dessin ferme des mollets, les plis du manteau et de la femme en blanc grisé, l'aspect d'esquisse préparatoire…

Toujours en Emilie mais sans indication de ville, ni attribution une touchante vierge d'humilité avec des anges (fin du 15ème), les deux principaux anges, musiciens, appuyant la composition en prenant place aux extrémités de l'arc doublé d'anges esquissés, du même beige chaud que le fond, du même roux que l'ombre qui creuse l'arcade, ont été maltraités, malgré leurs belles boucles et leurs ailes d'or, par moi, le principal étant la stylisation (un petit côté extrême oriental) la massivité et la douceur de la vierge et la tendresse du geste et du regard de l'enfant, et puis la naïveté des rayons qui hérissent l'enfant et sa mère.
et puis, l'avais oublié dans les toscans, Borghese di Piero Borghese, (Pise et Lucques 1397 actif jusqu'en 1463) avec un panneau : Sainte Barbe 'sans sa palme de martyre mais avec la tour où son père l'emprisonna parce que ne voulais pas se marier) et Sainte Lucie(portant ses yeux sur un plateau mais en ayant gardé des rechanges pour le plaisir de notre regard) deux vierges nobles, élégantes et recueillies (un pendant montre Jean l'Evangéliste et Saint Etienne)

10 commentaires:

casabotha a dit…

L'attachement au sol même rincé alors on lève la tête sur les cadres qui ont capturé la beauté sur l'amour vadrouilleux dévalisant synaptiquement les riches convives de l'Olympe au débat de l'éternité morne.

Dominique Hasselmann a dit…

Rouge et or en majesté : comme dans une collection enfantine...

brigitte celerier a dit…

tant et tant de souvenirs cette collection !

Marie-christine Grimard a dit…

Merci pour le partage de cette très belle collection et désolée pour votre chute !

brigitte celerier a dit…

oh y avait pas de quoi, Marie Christine, sauf l'insistance de la jeune (enfin jeune à mes yeux) femme qui voulait m'aider à me lever, alors que n'avais pas mal, et attendais juste qu'elle s'éloigne pour me relever sans élégance (sourire)

Arlette A a dit…

Mais que faisais tu ,assise par terre... le quai du port de Toulon est traître aussi
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Les saints parlent si bien ...par tes mots dans leur niche d'or Merci

jeandler a dit…

Tant de saints aux murs ! Faut-il s'étonner que l'enfer soit tant glissant ?

Claudine a dit…

Les chutes pour tous avec ces dalles.
Belle exposition grâce aussi à vos commentaires.

brigitte celerier a dit…

Arlette, je regardais en riant la boutique de l'autre côté de la rue et j'étais bien ainsi

brigitte celerier a dit…

Pierre l'art fut longtemps religieux et puis ça tombe bien dans ce qui fut le palais du vice-légat