dimanche, mars 25, 2018

Les carnets d'un acteur

Comme je m'étais trompée et que, étourdie que je suis, j'avais pris deux billets pour deux spectacles différents hier, que j'ai choisi Pommerat parce que c'était la dernière (et que le billet était nettement plus cher) mais que je tenais peut-être encore davantage, ou du moins autant, à voir le second, qui se jouait encore samedi et dimanche, ai racheté à l'heure du petit déjeuner un billet pour le théâtre des halles ce samedi, afin d'assister à la dernière création d'Alain Timàr, les carnets d'un acteur avec Charles Conzalès. Comme j'avais petites courses à faire le matin mais que, une fois lavée, huilée, crémée, massée, médicamentée, frictionnée, vêtue, carcasse a décidé petite colère, ai reconsidéré l'urgence, ai grimacé, me suis assise, ai regardé une série de très très courtes vidéos sur le site du théâtre http://www.theatredeshalles.com/pieces/coulisses-de-creation/ les coulisses de la création, deux entretiens avec Eric Gil technicien et régisseur plateau et Richard Rozenbaum régisseur général (une phrase), Charles Gonzalès parlant du théâtre et duspectacle pour dire que plaisir et Alain Timar disant «pas de message, pas de leçon dans ce spectacle mais l'histoire d'un personnage, en l'occurrence Charles... on a voulu Charles et moi-même vraiment entraîner le spectateur dans le vécu d ce personnage à travers ses fantasmes, à travers ses rêves, à travers ses peurs
et ainsi mise en sympathie ai vécu ma journée, en essayant de ne pas être trop lente et maladroite dans les petites activités domestiques..
avant de m'en suis aller le soir pour être, comme convenu, à la billetterie une demi-heure avant le spectacle
(avec le livre de Jim Harrison en cours de lecture dans mon sac), spectacle adapté et mis en scène par Alain Timar, ainsi présenté sur le site du théâtre
(une photo provenant de la page Facebook du théâtre)
inspiré de Les carnets du sous-sol et Le rêve d’un homme ridicule de Fédor Dostoïevski, extraits de textes de William Shakespeare et d’après les Psaumes (Livre I, 1 à 41) et le Qohelet (Livre 1 à 5)
Fédor est un acteur dans la force de l’âge. Fou de Shakespeare, il en fréquente assidument les pièces et les personnages. Il peut se mettre à les jouer là devant vous ou devant la salle vide, avec une singulière sensibilité et une intelligence hors du commun. Les autres, avec ironie, l’ont surnommé Will, en écho à William. Mais ils n’ont pas su ou pas voulu reconnaître son talent. Fédor a trouvé un petit travail comme homme à tout faire dans un théâtre… afin de gagner sa vie.
La représentation va commencer, le public n’est pas encore entré dans la salle. Fédor balaie le plateau, range les costumes et les accessoires. Il se met à songer. Il erre dans le théâtre. Poussé par un désir irrépressible, il se faufile, franchit le rideau rouge et les mots, malgré lui, surgissent de sa bouche. Il s’exprime enfin, donne corps et voix à son imaginaire en convoquant tous ces fantômes qui le hantent…
Il fallait pour aborder Dostoïevski, Shakespeare et Saïd un acteur de la stature et de la qualité de Charles Gonzalès. Ce qui bien entendu me mettait en appétit sans trop bien savoir de quoi.
Alors il y a Charles Gonzalès, mais pas tout à fait seul
il y a le ridicule qui faute de mieux se déclare ridicule, joue le ridicule (connu), qui dit aimer tous les autres mais pas sans hargne
il y a le fou comme le fou du roi
il y a celui qui se dit, sous le ridicule, et la voix violoncelle prend une profondeur douce
il y a le violoncelle mis au service de Shakespeare
il y a le texte qui parle du théâtre et de la condition humaine, du monde aussi
il y a le rideau rouge en tissu souple et soyeux qui, à un moment tombe, créant une sculpture rouge au centre de la scène d'où il s'extirpe, il y a dans une lumière noire (les lumières sont belles et sont presque un acteur) le tissu qu'on étend, glissant comme une eau, il y a le tissu rouge en pleine lumière sur lequel il joue pied nu, et qui s'accorde au texte, et puis qui est tiré, et c'est beau la façon dont il s'étrangle hors de scène
il y a un miroir qui avance vers lui et la petite silhouette qui s'y trouve prise, le miroir qui se retourne et au verso un homme en chapeau est là, projeté, qui dialogue avec Fédor, qui joue Shakespeare et qui est, vraiment et selon Fédor, mauvais (en emphase glacée)
il y a trois miroirs et les trois hommes, semblables, qui sont au verso jouent, dialoguent, sentencieux avec Fédor
il y a.... etc et Brigetoun aimerait avoir le texte, et les texte, et puis la ou les voix de Gonzalès. Bref j'ai plutôt aimé
retour par la rue du roi René et les monstres tapis dans la nuit sur un sol bouleversé où se tordre les pieds,
la surprise de voir que, là, il laissera place à une calade de belle facture

avant que l'on retombe sur le désert de la place Saint Didier qui, de nuit, devient magique.

14 commentaires:

casabotha a dit…

Carcasse tracasse...
Merci pour ces partages, on sent que vous déambulez, dans la ville, dans la culture, dans votre tête.

brigitte celerier a dit…

de moins en moins mais par chance encore un peu oui

Arlette A a dit…

Promeneuse de la nuit aux rêves démesurés comme les montres au coin des rues singulièrement desertes

brigitte celerier a dit…

Avignon a encore son rythme d'hiver et seule la place de l'horloge vit doucement la nuit

Claudine a dit…

beau rouge

Dominique Hasselmann a dit…

Sans doute un beau spectacle... Pour une fois, le plateau n'est pas encombré par des dizaines de personnages dont on ne sait plus qui est qui...

Mais Avignon se la joue "anniversaire de 68" ?

brigitte celerier a dit…

Claudine, n'est-ce-pas ? et le créateur des lumières a bien du talent

brigitte celerier a dit…

Dominique, je ne sais ce que fut 68 (du moins mai) à Avignon… juillet fut une remise en cause de Vilar, suivie d'un remords je crois d'après ce que 'avais lu à l'époque

Caroline Gérard a dit…

J'ai vu la pièce aussi. Pas un grand enthousiasme. Trop de texte foutoir. La lumière oui, magnifique et comme tu l'as remarqué : le rideau rouge. J'ai recueilli des impressions à l'issue du spectacle car je me suis interrogée sur ma capacité à supporter ce verbiage. Mais je me suis aperçue que je n'étais pas seule, de plus beaucoup ont détesté le jeu de l'acteur, ce qui n'es pas mon cas, me disant qu'il a fait une belle performance pour un texte pareil.

brigitte celerier a dit…

Caroline, c'est pour cela que j'aimerais avoir le texte pour en décider (un peu surprise en effet, mais résolument positive - sourire)

Lavande a dit…

"la surprise de voir que, là, il laissera place à une calade de belle facture": encore une rue impraticable pour les personnes en fauteuil roulant? Malheureusement l'esthétique n'est pas toujours en accord avec le confort de tous.

Lavande a dit…

En trente ans de fréquentation d'Avignon avec mon mari en fauteuil roulant (décédé maintenant) nous n'avons jamais pu prendre la rue des Teinturiers. Il faut basculer le fauteuil sur les roues arrière et les soubresauts sont pénibles pour l'intéressé et fatigants pour la personne qui pousse. En plus d'être privés de cette jolie rue,il faut prévoir un itinéraire "de contournement, toujours plus long.

Caroline Gérard a dit…

Lavande, je suis entièrement d'accord. Avec des talons, aussi. Le côté pseudo médiéval des calades quand on détruit l'extérieur d'Avignon avec des zones commerciales, je me dis qu'il n'y en a que pour le tourisme, décidément.

brigitte celerier a dit…

pour mes plantes de pied gonflées et douloureuses aussi, mais je ne pensais pas, pardon aux fauteuils, seulement aux vélos et tout ce qui peut m'en débarrasser et retrouver le plaisir de la déambulation insouciante est bienvenu..